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Juifs d’Algérie, le MAJH accueille la mémoire vivante

Juifs d’Algérie, le MAJH accueille la mémoire vivante

28 septembre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’indépendance de l’Algérie a 50 ans, et entraîne avec elle un exil dans l’exil. Les juifs  doivent partir, non pas en tant que juifs mais en tant que français. Ils seront entre 120 et 160.00 à rejoindre naturellement la France, transformant durablement l’identité de la communauté. L’exposition présentée au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme apporte un éclairage limpide sur une histoire complexe.


On est accueillis par des besaces brodées, celles qui permettent aux hommes d’emmener leur châle de prière à la synagogue. Le symbole est posé : celui de la mobilité. Un plan interactif montre la présence sur tout le territoire. On zoom, on entre dans une maison à Oran. La nostalgie saisit le visiteur  immédiatement. Il faut dire, le parcours proposé mélange astucieusement les cartes émotionnelles et scientifiques. Beaucoup d’archives sont privées, elles ont été récoltées grâce à un appel aux dons qui a formidablement bien fonctionné, une centaine de familles a prêté des objets, des photos. A cela se mêlent des sources plus classiques : administratives, archéologiques, textiles…

On déambule de façon chronologique, en partant de l’antiquité à nos jours, mais le commissariat d’exposition a évité l’écueil d’une redondance par une trop forte linéarité, ici chaque salle offre un croisement thématique riche. Le grand apport de juifs d’Algérie est de saisir simplement que les juifs étaient présents bien avant l’expulsion d’Espagne en 1492 et bien avant l’arrivée française en1830. On trouve des traces archéologiques datant du IIIe siècle. Au VIIe cette communauté constitue à elle seule 90% de la population juive mondiale.

On comprend l’enracinement de cette communauté dans cette terre. Cependant, les juifs ne sont pas libres, souffrant du statut de mineurs, de « dhimmis ». C’est l’arrivée de la colonisation qui entraîne le chemin vers l’émancipation. La communauté française s’occupe du sort de ses frères. Les réseaux d’écoles se mettent en places : l’Alliance Israélite Universelle, L’ORT…

Le plus fascinant, et cela intervient particulièrement grâce à une galerie de peintures est de voir comment l’identité française est avalée. Les coiffures, les vêtements s’occidentalisent.  Au moment de l’affaire Dreyfus, les télégrammes affluent. C’est essentiellement le décret Crémieux, très bien mis en avant ici par le biais des textes de lois imprimés sur le mur que l’émancipation se fait. Le 24 octobre 1870 est voté : » L’indigène israélite est français ». La salle résonne immédiatement, dans sa scénographie avec l’application des lois de Vichy en Algérie, le décret est suspendu. Les lettres affluent au  Maréchal Pétain, montrant l’incompréhension de ceux qui se sentent intiment français, ayant participé avec ferveur à la Grande Guerre.

La guerre qui  tue, c’est celle d’Algérie. Et pourtant, les juifs ont comme les autres citoyens fait partie du contingent. L’exposition passe alors directement de 1945 à 1962 pour finir sur une très sympathique salle dédiée à la musique où à l’aide de casques on peut écouter Lili Boniche, Enrico Macias ou encore Reinette l’Oranaise.

De façon générale, et surtout par le choix de l’archive privée, l’exposition est nostalgique en posant la question : Qu’est-ce que les gens ont ramené en France ?  La réponse est massive : des objets religieux et des lieux de mémoire. On peut voir des rideaux fermant l’arche sainte, des décorations de rouleaux de la thora, mais aussi des clés de maisons et ces fameux disques. Le symbole avant tout.

On sort de là avec des connaissances supplémentaires et une joie de vivre certaine. L’image donnée n’est pas passéiste, elle est vivante. Reste une zone d’ombre qui tache cette belle exposition. Le silence sur la Guerre d’Algérie continue de montrer encore une fois, particulièrement accrue par l’anniversaire des cinquante ans, que le passé ne passe pas.

 

Visuels :

Antoine-Samuel ADAM-SALOMONIsaac Adolphe Crémieux
Paris, vers 1860
Photographie
Don d’Aline Emsalem et Marcel Bénichou
Paris, musée d’art et d’histoire du Judaïsme, 99.48.001
Photo Michel Urtado © Rmn

Souvenir du rabb

Tlemcen/ Algérie/ Afrique du Nord, XXe siècle

Don de Julie Garcia Beloulou en mémoire de ses parents Moïse et Marie Beloulou

© MAHJ

 

Maurice El Médioni (le premier au 2e rang) avec l’orchestre Bendaoud à l’Opéra d’Oran
1960
Archives familiales
© MAHJ

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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