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Jeff Wall version intime

Jeff Wall version intime

18 septembre 2015 | PAR Marie Crouzet

Du 9 septembre au 20 décembre 2015, la fondation Cartier-Bresson présente une exposition de l’artiste canadien Jeff Wall. Reconnu dans l’art contemporain pour ses caissons lumineux grand formats, l’artiste choisi de présenter ici ses « Smaller Pictures ». Composée de 34 tirages et caissons lumineux provenant principalement de sa collection personnelle, l’exposition propose de découvrir une nouvelle facette du travail de l’artiste plus directe et plus réaliste mais où le dialogue entre les images est parfois un peu difficile à saisir.

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© Jeff Wall / Courtesy of the artist

Dès l’entrée dans l’exposition, on se demande si la contrainte du lieu (la fondation Henri Cartier Bresson est un espace relativement exigüe) explique le choix de Jeff Wall de présenter uniquement des œuvres de petits formats. A cette supposition, le photographe répond par la négative. Bien que rendu célèbre dès les années 70 grâce à ses dispositifs lumineux grand format, il ne le pratique plus depuis 8 ans, et dès les années 90 il a commencé à développer d’autres techniques qu’il a choisi de présenter à Paris pour cette rentrée. Toutefois, que les amateurs du travail de l’artiste ne se désespèrent pas, les caissons lumineux, bien que de petites tailles, ont une place centrale dans la première partie de l’exposition.

Au 1er étage, plusieurs morceaux choisis par l’artiste présente des images de sa vie quotidienne,  moments banals ou absurdes dont il a été le témoin. Au fond de la salle trône The giant, photographie la plus ancienne de l’exposition (début des années 80) qui présente une statue humaine d’un géant au milieu d’une bibliothèque. Cette image va marquer l’évolution de l’artiste dans son rapport à la taille de ses œuvres. Pour présenter un géant, le format de l’image ne sera jamais assez grand. Il lui faut donc penser l’œuvre autrement. Le photographe se libère alors de cette contrainte  et décide de faire évoluer sa pratique de la photographie en présentant l’œuvre dans un format beaucoup plus petit. A cette même époque, il travaille dans son studio et remarque un coin de lavabo qui est là depuis 15 ans et auquel il n’a jamais prêté attention. Les lignes et les couleurs se croisent et forment une composition intéressante qu’il veut saisir. Prise sur le vif, le photographe visualise tout de suite cette image dans un format qui, bien que petit, est en taille réelle. Beaucoup des « Smallers Pictures » sont en fait en taille réelle et, en cela, dialogue directement avec le travail grand format de l’artiste.

Au deuxième étage, les caissons lumineux laissent place à plusieurs travaux méconnus de l’artiste comme ses tirages noirs et blancs et ses photographies prises avec son téléphone. Pour comprendre le travail de Jeff Wall, il est indispensable de savoir qu’il est  un grand passionné d’histoire de l’art et plus particulièrement de peinture. Dans la salle, deux images noir et blanc de tronc d’arbre se font face. À y regarder de plus près, bien que le format soit différent, l’image est la même. La plus petite a été tiré en 1996 et la deuxième dans un format infiniment plus grand quelques années plus tard. Lorsqu’on lui pose la question de ce choix, Jeff Wall parle d’Edgar Degas. « Il avait l’impression que ses tableaux n’étaient jamais finis. Il reprenait ses toiles à des diners chez des amis pour les retravailler. Moi, c’est pareil ». Cette photographie d’écorce n’est pour lui pas complétement exploitée et il décide de la tirer dans un format plus grand pour qu’elle retrouve sa taille réelle. Le rapport du spectateur à l’image devient différent alors même que le négatif est identique. Autre élément surprenant dans cette deuxième partie d’exposition, les images que l’artiste appellent « les flous ». Toutes photographiées avec un vieux Nokia ces images présentent des clichés de rue extrêmement pixelisés. The Search qui montre une femme par terre semblant chercher quelque chose, est l’une des plus frappante de cette série. Le photographe passait par là, voit la scène et n’a que son téléphone portable sur lui. La scène est tellement prenante qu’il sort son téléphone, sûr de tenir là un sujet. Il dira de cette image que « c’est la composition qui m’a permis de faire la photo. C’est toujours une question de composition ». En cela, le travail de Jeff Wall, toujours extrêmement construit et réfléchi, donne matière à réflexion. On peut cependant regretter l’absence de guide ou cartel qui permettrait d’offrir certaines clefs de lecture à un accrochage parfois souvent compliqué à décrypter.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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