Arts

Jacob A. Riis, la photographie comme outil social

19 mars 2010 | PAR Marie Lesbats

Après avoir été présentée au Musée des Beaux-Arts de Caen jusqu’au 25 janvier 2010, l’œuvre photographique et sociale de Jacob A. Riis (1849-1914) investit les cimaises de la Maison du Danemark à Paris. Une descente dans l’obscurité d’un New York invisible, peuplé d’hommes aux visages qui racontent des histoires.

Né à Ribe, au Danemark, Jacob A. Riis quitte son pays en 1870 pour New York. Après une période de pauvreté, il devient reporter de faits divers pour la police au journal New York Herald Tribune puis au New York Evening Sun.Très vite, Jacob A. Riis, révolté par les découvertes qu’il fait dans les bas-fonds du Lower East Side, au cœur de Manhattan, décide de faire connaître à ses concitoyens les conditions de vie déplorables des immigrants et rapporte cette sombre réalité lors de conférences, qu’il illustre de dessins d’architecture, de plans d’urbanisme ou de statistiques.

Mais les histoires se racontent avec des images. Les visages noircis, les objets jonchant le sol ou la misère n’apparaissent pas sur des plans de ville.Jacob A. Riis recourt alors à l’outil photographique. Il souhaite faire éclater la réalité aux yeux des classes moyennes. L’invention du flash en 1887 – méthode visant à faire exploser du magnésium au moyen d’une flamme d’alcool dans une poêle à frire – résout le problème d’éclairage lié aux sous-sols de la ville ou aux prises de vue nocturnes. Grâce à la projection de lanternes magiques lors de ses conférences, Riis parvient à éveiller l’opinion publique quant à la situation d’urgence de toute une population vivant à l’abri des regards new-yorkais. Son ouvrage How Other Half Lives publié en 1890 présente des photographies puissantes et évocatrices.

Souvent recadrées, usant des compositions propres aux arts picturaux, Riis accentue le message et le caractère dramatique des scènes dans un but de conscience mobilisatrice.
Les personnages posent, regardent le spectateur et le renvoient coupable de son aveuglement. Jacob A. Riis entreprend des tournées sur l’ensemble du territoire pour sortir les Etats-Unis de la passivité face à un fléau qui porte atteinte à la dignité humaine.En 1885, le chef de la police de la Ville de New York n’est autre que le futur Président des Etats-Unis, Théodore Roosevelt. Celui-ci qualifia Riis de « citoyen le plus utile de New York » et contribua au soutien puis au maintien de ses théories sociales en politique.

L’exposition présente 60 photographies modernes réalisées à partir de plaques de verre. Les tirages, pas toujours de bonne qualité, permettent cependant d’appréhender la misère. Le manque d’informations – on compte une introduction en début d’exposition – laisse le visiteur avec une pléiade d’interrogations. Par exemple, que font ces enfants, encapuchonnés et couverts, allongés sur des transats, alors que les fenêtres sont béantes ? Sont-ils dans une classe, dans un hôpital ? L’éclairage zénithal ne permet pas toujours de bien distinguer les détails des images qui s’avèrent pourtant d’une grande netteté.
Cette exposition, si elle ne permet de percevoir que partiellement l’œuvre de Riis, donne une bonne idée des reportages photographiques de ce pionner du photojournalisme en Amérique, qui donna l’impulsion sociale au travail de certains photographes américains, tels Lewis Hine ou Jessie Tarbox.

« Jacob A. Riis (1849-1914) », Collection du Musée de la Ville de New York, jusqu’au 2 mai 2010, Maison du Danemark, 2ème étage, 142 avenue des Champs-Elysées, Paris 8e,
Mardi au vendredi 13h à 19h, samedi, dimanche et jours fériés 13h à 18h, fermé le lundi. Entrée libre.

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Marie Lesbats

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