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Interview : L’Origine du Nouveau Monde de Pilar Albarracin

Interview : L’Origine du Nouveau Monde de Pilar Albarracin

13 juin 2012 | PAR Ariane Kupferman Sutthavong

Le mont de Vénus célébré à la Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois, c’est jusqu’au 28 juillet 2012. L’artiste sévillaine Pilar Albarracin, lauréate du prix Altadis en 2002-2003, y présente sa dernière exposition “El origen del nuevo mundo”, une oeuvre puissante, subtile mais également drôle qui questionne les objets quotidiens et intimes occultant notre sexe. Des culottes-mandalas? On n’y aurait pas pensé, elle l’a fait. Souriante, campée sur ses escarpins terriblement hauts, Pilar Albarracin répond à nos questions.

Toute la Culture : Comment êtes- vous parvenue à ce projet? Êtes-vous partie du tableau de Gustave Courbet, L’Origine du Monde, que vous citez?

Pilar Albarracin : C’est un sujet qui m’a longtemps passionnée, le genre, vous savez. Ça m’est venu naturellement, au fil de discussions. Il n’y a pas vraiment eu de début à l’idée ; oui, j’ai été inspirée par Courbet, mais également par les théories Lacaniennes, et puis c’est quelque chose que je voulais faire depuis un moment déjà.

T.L.C. : Pourquoi la culotte? Votre exposition se revendique comme féministe, on aurait pu penser, par exemple, au soutien-gorge comme un élément symbolique du mouvement? Les féministes qui brûlaient les leurs dans les années 60, ça aurait pu vous inspirer également?

P.A. : C’est un autre symbole, la culotte. Pour moi, c’est beaucoup plus fort car c’est ce qui fait écran entre la réalité et l’intériorité de la femme, le cosmos… C’est d’ailleurs pour cela que j’ai choisi de réaliser ce projet sous la forme de mandalas. Derrière la culotte, derrière la vulve, il y a une unité, une circularité que je voulais représenter. C’est quelque chose de caché, mystérieux que l’on traite avec une mysticité étonnante.

T.L.C. : D’où viennent ces culottes? Comment les avez-vous récoltées?

P.A. : Ce sont des dons. Je voulais la plus grande diversité possible dans mon choix de matériaux. Il n’y a pas une femme, mais plusieurs femmes. Je voulais des culottes appartenant à des femmes très différentes, d’âges différents, d’origine sociale différente… Au début, ça n’a pas été facile d’en obtenir ; les femmes ne voulaient pas me les remettre. Ce ne sont pas de simples objets mais presque des reliques, personnelles, intimes. Chacune d’entre elle représente une histoire pour sa propriétaire. J’ai demandé à mes amies, mes voisines… Mais au bout d’un moment, je me suis retrouvée avec des sacs de culottes accrochés, chaque jour, à ma porte d’entrée. J’ai dû dire “stop, s’il-vous-plaît, j’en ai assez, j’en ai trop !”. C’était drôle de voir les employées des musées et des galeries avec lesquels j’ai collaboré se réunir, faire le tri parmi leurs sous-vêtements avant de me les donner.

TCL : Ces culottes sont cousues sur vos toiles. C’est une technique à forte connotation féminine, ancienne, pouvant paraître presque en contradiction avec le message de votre exposition, non?

P.A. : Pas du tout ! C’est vrai que la couture, c’est quelque chose de très féminin, qui s’est transmis de mère en fille des générations durant. Aujourd’hui, nous, on court dans tous les sens, on est très actives, avec, souvent, une vie professionnelle établie. C’est agréable, pourtant de se poser un peu et de coudre. J’ai réalisé ce travail avec mes assistantes, mes amies. On se racontait nos vies, nos histoires. C’était un moment très agréable, très girly, mais pas du tout réducteur quant au statut de la femme. Et puis, vous savez, les premières féministes américaines se réunissaient, elles aussi, pour établir leurs théories tout en effectuant leurs travaux de patchwork.

T.L.C. : Votre exposition comporte également une installation vidéo intitulée “Point de Fuite”. Outre la référence à l’art, le point vers lequel l’oeil est attiré, quel message vouliez-vous faire passer?

P.A. : La caméra essaie de trouver un accès, de se faufiler, un peu à la manière de notre oeil, oui. En même temps, le sujet est très intime et met le public dans une position de voyeur. Comme c’est gênant et qu’on n’ose pas le regarder en face, on tente de se raccrocher à autre chose…

T.L.C. : Au son, par exemple?

P.A. : Oui, c’est cela ! Seulement, dans cette vidéo, les paroles des femmes que l’on entend sont inaudibles, ou plutôt incompréhensibles. Le son est distortionné. On ne peut alors pas se raccrocher à cela et on est forcé de contempler ce qu’on cherche à éviter. C’est un peu cela, le sujet de mon travail, mettre les gens en face de ce qu’ils n’osent pas voir, ce qu’ils n’osent pas regarder.

Visuels :

Mandala (rouge), 2012 : Photo (c) Aurélien Mole

Vue d’exposition El Origen del Nuevo Mundo, Galerie GP & N Vallois, Paris (09.06 – 28.07. 2012) : Photo (c) Aurélien Mole
Sans Titre, Photographie couleur, 2009.

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Ariane Kupferman Sutthavong

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