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[Interview] Larry Clark : « Je ne vais pas mourir, parce que je suis bien trop fort « 

[Interview] Larry Clark : « Je ne vais pas mourir, parce que je suis bien trop fort « 

23 décembre 2016 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 24 décembre, le réalisateur et photographe américain réédite l’expérience qui avait eu lieu au Silencio l’an dernier. Il vend pour 100 euros des photos originales venues de son Studio : il s’agit d’épreuves uniques au format 9×13 que Larry Clark extrait de sa grande valise dans un style informel, à la Galerie Rue Antoine. La vente a lieu au son de la guitare de Jonathan Velasquez, en présence du maître un peu affaibli par une grosse opération récente mais galvanisé par la transmission de son œuvre. Les horaires sont de 10h à 20h avec une extension jusqu’à 22h le jour de Noël. A cette occasion nous avons rencontré Larry Clark, un grand artiste septuagénaire toujours fasciné par la jeunesse. Malgré l’ambiance rétrospective de l’événement, il continue de déployer plusieurs nouveaux projets.

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Comment avez-vous commencé à vendre vos photos originales de manière si …originale?
Il y a trois ans, j’ai eu une opération du dos, j’ai été au bloc opératoire pendant 7 heures et j’aurais pu mourir. En rentrant, je me suis demandé quoi faire de toutes ces photos dans mes archives. Je me suis dit que mes enfants ne pourraient rien en faire et j’ai pensé à tous ces jeunes avec qui j’ai travaillé ou qui apprécient mon travail et qui ne peuvent pas se payer une de mes photos, maintenant qu’elle sont à minimum 35000 dollars. Je me suis donc dit que je mettrais mes photos à leur portée en vendant chacune des photos que j’avais prises et laissées dans mon studio. Vendre des vraies photos historiques, ça a pu rendre certains galeristes fous, ils disaient que c’était contre la loi. Mais c’est un succès fantastique. Nous sommes à la 5e vente, la deuxième à Paris et nous sommes passés par Tokyo, Londres et New-York. La première fois à Paris, c’était bien mais le temps était limité à 15 minutes et là j’ai voulu quelque chose de plus festif, moi je sors au fur et à mesure les 20 000 clichés de mes valises et les gens présents à la galerie fouillent dans la masse des images autant qu’ils veulent. Je ne vais pas mourir, parce que je suis bien trop fort. Mais c’est le dernier événement de vente de photos comme celui-ci : c’est formidable mais cela prend beaucoup de temps et d’énergie et j’ai des projets à avancer!

A la galerie Rue Antoine, il y a vraiment une ambiance de fête pendant qu’on regarde et achète vos photos?
Oui, c’est une fête, avec beaucoup d’ambiance. Jonathan Velazquez joue de la guitare. Aussi, mes deux Marfa Girls préférées, tellement jolies, sont de la partie ! L’esprit est libre ! Je voulais que les gens puissent venir passer du temps à tâter mes photos, à les regarder et peut-être à en emporter une seule comme souvenir. Toutes les photos sont là pour 100 balles : les réussies, les ratées, les importantes, les discrètes… toutes. Et ça marche, on gagne de l’argent, j’en fais profiter mes amis, ceux qui m’accompagnent dans cette aventure, mais je veux aussi reverser une partie des gains à l’association que je soutiens depuis 20 ans : PETA qui s’implique dans la défense des animaux avec des gens merveilleux.

C’est aussi l’occasion de partager vos souvenirs. Il y en a beaucoup qui remontent avec ces photos des 30 dernières années?
Oui, ce sont des séries qui vont de 1992 à 2014. On trouve tout depuis avant Kids (film clé de l’œuvre de Larry Clark sorti en 1995, ndlr) : mes photos de tournages, celles que j’ai prises en Afrique, c’est beaucoup ! Il y a des piles de photos en désordre et je les ai toutes prises du studio. Comment elles arrivent sur la table et se vendent, c’est totalement aléatoire sur les 30 dernières années .Les photos sont toutes disposées en vrac : il y a une belle fille, une scène de rue, un portrait de Jonathan (Velazquez) que j’ai suivi de l’enfance à l’adolescence et que j’ai photographié tous les jours pendant 3 ans, et aussi Tiffany nue. On peut passer d’un sourire d’enfant à une photo de vagin ! Il y a quand même beaucoup de nus, la moitié d’entre eux avec des modèles, l’autre des stars du porno, qui sont les personnes les meilleures que j’ai rencontrées. Les modèles sont un peu plus princesses, mais bon, elles sont quand même magnifiques !

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Vous continuez à travailler avec des jeunes. Qu’avez-vous changé depuis Tulsa dans les années 1970?
Mon enfance n’a pas été heureuse et je voulais être n’importe qui mais pas moi. C’est peut-être pour cela que j’aime passer du temps avec eux, leur parler, comprendre leur vie et travailler avec eux plus comme une sorte de psychologue que comme un réalisateur en plein casting. Je ne leur demande jamais de réciter le texte qu’ils ont appris pour les auditions. La meilleure question pour commencer une conversation, c’est qu’est ce que tu fais pour t’amuser. Et je comprends ce qui les intéresse, on n’est plus au temps de la télé. On est au temps du web où ils se filment eux-mêmes et se regardent eux-mêmes et leurs amis. C’est incroyable pour moi, c’est passionnant.

Deux ventes sur cinq, dont la dernière, ont donc lieu à Paris. Avez-vous découvert la capitale avec votre film Smell of us (2015), ou avant?
Cela remonte à longtemps avant. Je viens à Paris depuis 1982, j’y expose depuis 30 ans et j’ai eu cette grande rétrospective au Musée d’Art Moderne, il y a 6 ans (en 2010, la grande rétrospective dédiée à Larry Clark, Kiss the Past Hello avait défrayé la chronique après son interdiction aux moins de 18 ans, lire notre article). C’était une magnifique exposition. Même si on a essayé de nous censurer et que les gens ont essayé de dire que j’ai pris des photos de gens trop jeunes pour être montrés, le fait que juste le lendemain de cette polémique, Libération fasse sa couverture une des photos qui ont fait scandale de jeunes en train de s’embrasser, c’était fantastique. Et l’exposition a eu un énorme succès : alors qu’il y avait eu 883 000 visiteurs pour l’exposition Matthew Barney au Musée d’Art Moderne, on a encore dépassé ce record en faisant 1,3 million d’entrées.

Après cette vente de Noël et un film pour Dior, on parle aussi d’une exposition au Salo, le nouveau club de la rue Montmartre. Vous avez encore d’autres projets à Paris?
J’ai tourné le premier Marfa Girls au Texas (le film est sorti en 212) et j’ai encore deux volets du film en projet : Marfa 2 est tourné à Tokyo, mais j’aimerais beaucoup tourner Marfa 3, le dernier, à Paris. Et après, je veux me promener en Espagne, en Allemagne, en Italie, dans tous les pays européens et je vais faire un tour des belles choses, de la bonne nourriture.

Dans votre vie, à part l’épisode parisien au Musée d’Art Moderns, vous êtes vous jamais senti censuré?
Oui, je peux photographier, je peux peindre, je peux faire mes propres films, je peux faire ce que veux !

Galerie Rue Antoine – 10 rue Antoine Paris 18° – – rueantoine.com
visuel : YH et affiche officielle

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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