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Helmut Newton, star au Grand Palais

Helmut Newton, star au Grand Palais

27 mars 2012 | PAR Elodie Rustant

Lumière sur le Grand Palais qui vient d’inaugurer ce qui s’annonce être l’exposition vedette de ce printemps : Helmut Newton, coqueluche de la photographie de mode.

Helmut Newton, de son vrai nom Helmut Neustädter, est né à Berlin le 31 octobre 1920. A l’âge de 12 ans, il achète son premier appareil photo, un Box Tengor Agfa, et utilise la pellicule dans le métro berlinois. Tout d’abord attiré par le métier de cameraman, il découvre véritablement l’univers de la photographie lorsque sa mère le place comme apprenti auprès de la photographe Yva, connue pour son travail sur la mode et le nu. Juif allemand, Helmut Newton fuit l’Allemagne avec sa mère. Ce départ constituera le point de départ d’une vie marquée par les voyages. Il s’installe successivement à Singapour – où il travaillera pour le très chic Singapore Straits Times – en Australie où il rencontre sa compagne, l’actrice June Brunell, puis à Londres, Paris, New York, etc. Son ascension dans l’univers de la mode fut très chaotique. Renvoyé du magazine Elle, Newton travaille ensuite pour Jardin des modes. C’est surtout sa collaboration avec Francine Crescent, rédactrice en chef de Vogue, qui lui permet d’accéder à la célébrité qu’on lui connaît aujourd’hui. Sa première exposition monographique est inaugurée en 1975 à la galerie Nikon à Paris et le musée d’Art Moderne de la Ville de Paris lui consacre une grande rétrospective en 1984. Il décède d’une crise cardiaque au volant de sa Cadillac le 23 janvier 2004, 14 ans après avoir reçu le prestigieux Grand Prix de la Photographie. La fondation Helmut Newton ouvre ses portes dans sa ville natale en juin 2004.

Ce sont ses portraits de nus qui sont le plus souvent évoqués lorsque l’on parle d’Helmut Newton. Il est vrai que le photographe a bouleversé les codes de représentation de la femme dans ses clichés. La femme Newton est une créature à la plastique renversante et à la sexualité affirmée. Le fameux concept du « porno chic », dont on nous a rebattu les oreilles il y a une dizaine d’années avec les publicités de marque de luxe au goût assez douteux, remonte en réalité à 1976. C’est au sujet du sulfureux ouvrage de Newton White Women / Femmes secrètes que l’on utilise pour la première fois ce terme.

Mannequin au buste entravé par des liens, poupées ligotées, parties intimes non dissimulées, Newton ose afficher une sexualité débridée et des corps sans aucune pudeur. « J’adore la vulgarité. Je suis très attiré par le mauvais goût, plus excitant que le prétendu bon goût qui n’est que la normalisation du regard », se plaît même à dire le photographe, provocateur.

Mais si ces photographies frôlent parfois le cliché pornographique, jamais le sujet féminin n’est traité comme pur objet de désir lascif ou offert à un regard masculin. La femme Newton est puissante, sa musculature athlétique, sa nudité toujours perchée sur de hauts talons lui conférant une stature dynamique. A l’image du célèbre dyptique Sie Kommen (Elles arrivent) où les quatre femmes marchent droit vers le spectateur, habillées puis nues. La notion de « sexy » ne rentre pas ici en compte. C’est le corps assumé que photographie Newton, « L’Héroïsme de la chair », comme l’appelle Pascal Bruckner.

L’humour est déterminant dans le travail du photographe. Lorsque des jambes écartées s’offrent à nous, ce sont celles d’une volaille déplumée et rôtie qu’une main (de femme !), chargée de bijoux, écarte avec une obscénité affirmée. Arrive ensuite le déconcertant portrait de Jean-Marie Le Pen prenant la pose entre ses deux dobermans avec une fierté si assumée qu’elle en devient comique.

Newton met à nu ses modèles au sens propre comme au figuré parfois avec une certaine cruauté. Elisabeth Taylor dans sa pose de diva ne peut dissimuler sa vieillesse naissante marquant inextricablement le début de son déclin. Sous l’objectif du photographe, Margaret Thatcher ressemble à un rapace. La Dame de fer fut d’ailleurs furieuse du cliché de celui qui proclamait : « Je suis un voyeur professionnel. »
Si l’exposition ne fait pas l’impasse sur les nus de Newton, elle nous entraîne aussi au-delà de ce concept sur un terrain plus personnel de son travail.

Sa passion pour le cinéma transparaît sur sa série Murder empreinte d’une plastique du polar noir. Cette fois encore, la femme est dominatrice, meurtrière même. Sans ménagement, elle chevauche l’homme qu’elle est en train d’étouffer avec un oreiller. Sur un autre cliché, ce sont les interminables jambes de la meurtrière chaussées d’élégants escarpins qui sont visibles dans un décor très hitchcockien. La victime masculine n’est qu’un corps disloqué à terre. « Ce n’est pas une photo de mode. C’est une photo sortie d’un film », s’exclame Newton à propos d’un de ses clichés.

« Une bonne photographie de mode doit ressembler à tout sauf à une photographie de mode (…) », lit-on sur l’un des murs.

Initiatrice, provocatrice et unique, telle est la photographie selon Newton.

Photographies :
Buste aux liens, Ramatuelle, 1980 © Helmut Newton Estate
Stern, Los Angeles, 1980 © Helmut Newton Estate
Vogue, France, Paris, 1994 © Helmut Newton Estate

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Elodie Rustant

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