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H. Cartier-Bresson / P. Strand : deux photographes dans le Mexique des années 30

H. Cartier-Bresson / P. Strand : deux photographes dans le Mexique des années 30

12 avril 2012 | PAR Sarah Barry

La fondation Henri Cartier-Bresson expose les clichés réalisés par sa vedette au Mexique en 1934, ainsi que ceux de l’Américain Paul Strand. Plus que quelques jours pour aller admirer cette confrontation entre deux photographes de grande renommée, qui se sont pris de passion pour le même univers au même moment.

« L’appareil photographique est pour moi un carnet de croquis, l’instrument de l’intuition et de la spontanéité, le maître de l’instant qui, en termes visuels, questionne et décide à la fois ». Ces mots signés H. Cartier-Bresson (1908-2004) illustrent bien le traitement qu’il fait du Mexique des années 30, à travers son objectif : ses clichés, réunis dans la première salle de l’exposition, sont des captures de moments fugaces, comme un rire, des images frétillantes de vie, des compositions intimes et spontanées. On parle à leur sujet de fluidité.

Pour ce qui est du travail de P. Strand (1890-1976), c’est l’immobilité qui s’impose. Exposées dans la salle au-dessus, ses photographies témoignent peut-être du fait qu’il était alors de 18 ans l’aîné de H. Cartier-Bresson : une vision plus mûre, plus posée, plus réfléchie le caractérise.  P. Strand conçoit d’ailleurs un Portfolio, « Photographs of Mexico », pour lequel il choisit avec circonspection vingt images qui sont reproduites en photogravures et vernies à la main. Il propose donc une approche documentaire, dans laquelle on découvre les habitants du Mexique, leur univers cultuel, à l’image de leur statuaire religieuse, les paysages et les constructions dans lesquels ils évoluent. Sans en tirer un jugement de valeur, on peut dire que ses photographies ont quelque chose de plus pensé, en quelque sorte de plus artistique, de plus abouti. On ressent le recul pris par le photographe, l’omniprésence d’un regard extérieur dans ces images figées, aux figures graves.

Les deux hommes se rencontrent à New York en 1935, tandis que, considérant l’éventualité d’abandonner la photographie pour le cinéma, H. Cartier-Bresson rejoint le groupe Nykino dont P. Strand est membre. Au sujet de son cadet, l’Américain dira : « Beaucoup d’images de Cartier-Bresson sont vraiment des captures de moments exceptionnels, comme par exemple sa fameuse photographie des enfants qui jouent dans les ruines d’une ville espagnole ; c’est comme une danse, qui pourrait être interrompue à tout moment par la chute d’un nouvel obus. Mais chez moi c’est une autre sorte de moment ». P. Strand semble envisager la création photographique selon une élaboration lente et méditée ; son moment décisif est celui où il décide de photographier une scène, non celui où il la capture effectivement. La petite exposition de la fondation HCB transcrit très nettement cette différence entre deux manières créatives, en ne choisissant pas une confrontation directe d’oeuvre à oeuvre, mais en nous plongeant dans l’univers de l’un, puis de l’autre, de façon à nous faire vivre leurs différences et leurs similitudes en deux temps forts.

Visuels : (c) Sarah Barry

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Sarah Barry

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