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Une enclave de l’infini à la Galerie Popy Arvani

Une enclave de l’infini à la Galerie Popy Arvani

14 octobre 2013 | PAR Franck Jacquet

Jusqu’au 2 novembre prochain, la galerie Popy Arvani accueille un de ses habitués, Adrien Bonneterre sur le thème de l’infini. Le projet intitulé « Aurores sauvages » fut présenté dans le cadre du programme de la dernière Nuit Blanche. Un curieux insert de l’infini dans cette galerie, mais un insert qui ne manquera pas de susciter un vif intérêt.

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Visuel BonneterreL’infini est pour A. Bonneterre une démarche par glissements. L’exposition se propose donc de faire réfléchir à l’infini en ce qu’elle fait opérer des glissements d’œuvre en œuvre en objet, en panneau et en installation. Concrètement, une technique, un motif ou un thème permet de tracer des liens et d’évoluer dans ce qui est un cercle qui ne tourne pas en rond, mais qui fait progresser. L’infini est donc une démarche évolutive dans laquelle nos repères sont nos sens, sans que ceux-ci soient pour autant certains en ce qu’ils doivent sans cesse s’adapter. D’ailleurs, on retrouve ici le propos de l’exposition qui s’appuie sur l’antisubjectivisme radical de Spinoza. « Aurores sauvages » reprend en effet une citation de Tabucchi dans Le fil de l’horizon : « disons tout de même que Spinoza était sépharade, et comme tel il avait le fil de l’horizon empreint dans le regard. En fait, le fil de l’horizon est un lieu géométrique car il se déplace à mesure que nous nous déplaçons… ». C’est exactement ainsi que procède le parcours au sein de la galerie. D’une figure éclatée rappelant le fameux Cri, on passe à un ensemble rappelant un triptyque où un visage criant (?) vers le ciel est surplombé par ce qui semble être une couronne d’épines. Le tout est rigoureusement enserré dans une structure de panneaux…

Les doubles sens sont nombreux dans chaque objet mais aussi dans l’ensemble du parcours. En effet, le plasticien reprend ici ce qu’il avait esquissé dans ses expositions précédentes dans la galerie mais aussi dans l’exposition collective « Maelstrom » à Strasbourg. Ces doubles sens permettent de glisser encore et encore notamment en usant de techniques et de matériaux mixtes : led et mise en éclairage, toile, peinture, matériaux divers… Les murs eux-mêmes deviennent une partie de cet infini car, partiellement peints, ils tissent les liens. Au centre de la salle, une petite installation, comme si l’infini ici conçu tout de chair et par rapport à la corporéité des choses avait un cœur…

L’exposition est donc succincte, à la mesure du lieu, mais elle nous rappelle combien l’infini n’est pas simplement une réalité tangible. C’est une potentialité que toute œuvre ou tout dispositif établi à partir de quelques objets peut nous faire ressentir.

Visuel : Adrien Bonneterre, mixte sur toile, papier brûlé ; 2013.

Informations pratiques :
« Aurores sauvages », Galerie Popy Arvani, 7, rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris
Tél. : 0147009751Du mardi au samedi de 15h à 19h

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Franck Jacquet
Diplômé de Sciences Po et de l'ESCP - Enseigne en classes préparatoires publiques et privées et en école de commerce - Chercheur en théorie politique et en histoire, esthétique, notamment sur les nationalismes - Publie dans des revues scientifiques ou grand public (On the Field...), rédactions en ligne (Le nouveau cénacle...) - Se demande ce qu'il y après la Recherche (du temps perdu...)

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