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Pierre et Gilles enflamment le printemps parisien avec l’exposition « Héros » à la galerie Daniel Templon

Pierre et Gilles enflamment le printemps parisien avec l’exposition « Héros » à la galerie Daniel Templon

11 avril 2014 | PAR La Rédaction

Si vous décidez d’aller vous rafraîchir dans une galerie, éreintés par les premières chaleurs des beaux jours, n’allez pas à la galerie Daniel Templon. Celle-ci abrite une série inédite du duo d’artistes Pierre et Gilles appelée « Héros » et présentant des figures mythologiques et mythiques – de Prométhée et Achille à Batman, en passant par un jeune représentant du Printemps arabe et un couple de jeunes mariés gays, héros des temps modernes. Et, ô chaleur, que de magnifiques corps musclés et brillants, placés au cœur de décors fantaisistes et colorés… On rougit, on soupire, on s’évente. Et on découvre, l’eau à la bouche, la réécriture de l’héroïsme par le duo d’artistes le plus glamour de l’art contemporain.

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Pierre (Commoy) et Gilles (Blanchard) travaillent ensemble depuis 1976. Reconnus depuis plusieurs décennies et exposés dans les plus grands musées du monde, ils créent une œuvre hybride entre photographie et peinture – et même, presque, installation, avec un travail sur les cadres, souvent ornés de perles d’enfant, de clous, de moulures baroques. Leur motif : le portrait. Leur décor : créé chez eux, grandeur nature. Leurs icônes : acteurs pornos, prostituées, actrices, athlètes… Multipliant les références à l’histoire de l’art, à la culture pop et traditionnelle, leurs images soignées sont éclatantes de joie, de vie, d’ode à la beauté. Une beauté certes souvent kitsch et flirtant avec le mauvais goût, mais toujours amusante, toujours rebondissante et échappant au sérieux. L’audace de Pierre et Gilles réside dans un défi permanent face à l’esthétique intellectuelle. Leurs références sont d’avantage des clins d’œil hilares que de sages citations admiratives.

Vous serez accueillis dans l’exposition par le regard brûlant d’un Torero (2011) aux fesses nues, incarné par le hardeur Brice Farmer. On ne sait que dire devant ses yeux verts captivants… Mais attention à ne pas vous laisser charmer ! Car on distingue au premier plan l’ombre de deux cornes de taureau : ainsi le spectateur est mis dans la peau de l’animal, et nul ne sait – comme dit le catalogue de l’exposition – si l’on s’apprête à foncer sur le torero ou si c’est lui qui aura profité de notre moment de contemplation pour nous tuer. Le ton de l’exposition est donné : le portrait est situé dans un décor tout de violet, de rouge, d’orange, avec des dés, des cœurs et autres éléments dorés flottant autour du modèle aux muscles saillants. Une superbe entrée en matière qui semble dire « attendez-vous à tout, sauf à rester de marbre ». Et en effet, la salle consacrée aux Héros est particulièrement surprenante, avec un Prométhée (2013) au comble du kitsch, homme nu (Luizo Vega), bronzé, comme sortant d’une intense séance de sport, accroché à un rocher noir où un aigle lui dévore le foie, le tout sur fond de ciel rose, orange et jaune… Ce qui nous rappelle un passage de l’interview au début du catalogue, où Gilles raconte son apprentissage aux Beaux-Arts : « Un jour, un professeur m’a dit « Oh, cette harmonie de couleur est horrible, jaune citron et noir, c’est effrayant ! » J’ai répondu « Peut-être, mais moi j’aime bien. » Et j’ai décidé de tenir tête aux professeurs s’agissant de mes goûts, en leur disant : « Vous n’aimez pas, moi j’aime ! » Après, j’ai continué à faire ce que je voulais même si les gens le repoussaient. »

Oreste (2013) incarné par l’athlète Staiv Gentis, montre la mélancolie du héros – qui a tué sa mère et son amant (qui avaient eux-mêmes tué son père) – dans un camaïeu de bruns chauds, où tout le décor semble s’harmoniser avec la couleur de son corps… La simplicité du motif répond à l’extrême complexité de l’histoire qui la précède, et ce avec une beauté particulière, fascinante. Pierre et Gilles s’inscrivent en toute logique dans la continuité des mythologies grecques, qui, avouons-le, sont sooo drama queen.

Sans vous dévoiler toutes les œuvres de cette exposition à aller voir absolument, sachez que vous y croiserez Zahia, Arielle Dombasle (dont les courbes vous laisseront un souvenir humide), un jeune boucher – qui ressemble d’avantage à un patissier, la viande étant disposée sur un présentoir à gâteaux, le tout entouré de roses –, un homme Lost in paradise (2013) sur lequel dégouline une mixture blanche assez suggestive ou encore la très belle Isabelle Huppert en Ophélie (2012) noyée. En bref, une véritable galerie de curiosités colorées, pop et lumineuses, qui vont parfaitement avec les beaux jours parisiens !

Catalogue de l’exposition Héros, Catherine Grenier, 96 pages, 30 euros.

Maïlys Celeux-Lanval

Infos pratiques

Galerie Bernheim-Jeune
Galerie Gérard Thuillier
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