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LET’S MOVE: CE QUE L’ART CINETIQUE A DE PLUS ORGANIQUE

LET’S MOVE: CE QUE L’ART CINETIQUE A DE PLUS ORGANIQUE

16 décembre 2015 | PAR Araso

Que l’on ne s’y trompe pas: la Patinoire Royale de Bruxelles est bien une galerie d’art et non un musée. Car le superbe espace d’exposition de 3000 m2 intégralement aménagé par l’architecte d’intérieur Pierre Yovanovitch, dans ce qui était dès 1877 une patinoire indoor sur roulettes, pourrait laisser penser le contraire. Ouverte depuis Avril 2015, La Patinoire Royale consacre sa seconde exposition à l’art cinétique historique, de 1955 à la fin des années 1980, avec près de 100 oeuvres représentant le travail de 26 artistes. Cet opus prend pour point de départ l’exposition de la galerie Denise René à Paris en 1955, intitulée Le Mouvement. Une première exposition d’art historique en Belgique qui pose un accent tout en munificence sur ce que l’art cinétique possède de vibratoire et d’organique.

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En 1955, l’exposition Le Mouvement reçoit un accueil mitigé. Les peintres abstraits considèrent l’art cinétique comme une hérésie tandis que les surréalistes et les dadaïstes y voient une approche iconoclaste du tableau, le génie démystifié. Ce mouvement est annonciateur de la grande tendance des années 1960 que sera la société de participation. Bousculé dans son rôle passif et extérieur d’observateur le public est invité à faire exister l’oeuvre.

Avec Soto, face à ce spectaculaire alignement de pics horizontal, vertical et transversal, on ne sait plus, qui tapisse l’entrée de la Patinoire, on est en pleine poétique de la vibration, au coeur de l’effet moiré. Lecteur d’Heisenberg, d’Einstein, d’ouvrages de vulgarisation scientifique, Soto part du postulat que derrière la matière existe une vibration. Il travaille la notion de volume en état instable. Son art est un art-science, d’une poésie troublante, un art naturaliste qui rappelle à la fois les tremblements de la lumière sur un plan d’eau et l’enchevêtrement de lignes qui ponctuent l’environnement dans lequel nous vivons.

Il existe plusieurs façons d’engendrer l’effet moiré. Asis y parvient par l’usage de compositions géométriques et de grilles, trompant l’oeil et faisant jouer le spectateur de ses déplacements. Son relief à boules, que le visiteur est incité à effleurer pour créer des vibrations aléatoires, invite à une interaction tactile avec l’oeuvre. L’objet d’art est désacralisé, le tabou de la transgression est brisé.

Dans la même lignée, Cruz-Diez, à la fois proche de Soto et maître de la couleur, joue avec les reflets tout en transparences dans de somptueuses transchromies, où la couleur rencontre la lumière et à nouveau la couleur. Avec les chromosaturations (exposition forte de l’oeil à une seule couleur) et les physichromies (superposition et/ou juxtaposition de lamelles de couleur), elles constituent les techniques signatures de l’artiste.

Avec ses sculptures permutationnelles, Sobrino créé des jeux autour du procédé de montage et de démontage qui révèle au visiteur sa face ludique. Pris dans ces jeux de miroirs qui ouvrent de nouvelles perspectives et répliquent son reflet à l’infini, celui-ci se retrouve au coeur d’une mise en abîme de l’oeil et de l’âme. L’héritier de Brancusi fait entrer l’environnement dans l’objet.

Avec Color Sound, Karl Gerstner- autre grand théoricien chromatique, explore la résonance auditive de la couleur. L’oeil en tant qu’organe est au centre des préoccupations des artistes cinétiques et de leurs études. Il n’est pas pensé en tant qu’organe isolé mais bien en tant que partie d’un corps pensant et ressentant, et ce postulat fait émerger de nouvelles expérimentations dans le champ artistique qui sont magnifiquement mis en valeur dans l’exposition.

Morellet quant à lui fait un travail de recherche sur la perception de la lumière. Le résultat est un ensemble de travaux d’une agressivité revendiquée en radicale opposition avec le côté contemplatif de l’oeuvre d’art. Malaise assuré devant ces pièces stroboscopiques par ce précurseur du minimalisme qui entend tirer le spectateur de sa torpeur bourgeoise, en pleine société de consommation.

Enfin, l’exposition consacre un superbe espace au travail de Julio Le Parc, à son oeuvre matricielle toute en déformations de traces – oeuvre à expérimenter par excellence, ainsi qu’à ses travaux plus poétiques où l’on retrouve le naturalisme des reflets sur l’eau, sur les arbres: une vibration organique.

Let’s move! à La Patinoire Royale, Rue Veydt 15, 1060 Saint-Gilles, Bruxelles, jusqu’au 26 mars 2016.

Visuels © Sophie Lawani-Wesley

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