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[Interview] Olivier Dassault: « la beauté est immanente au monde et c’est à l’œil du photographe qu’il revient de la découvrir »

[Interview] Olivier Dassault: « la beauté est immanente au monde et c’est à l’œil du photographe qu’il revient de la découvrir »

20 novembre 2015 | PAR Christophe Dard

La galerie Maeght présente jusqu’au 9 décembre 2015 «Langage de murs», la nouvelle exposition de photographies d’Olivier Dassault.
A l’image de sa riche carrière et de sa personnalité, la démarche artistique d’Olivier Dassault est curieuse du monde environnant, soucieuse de regarder les détails, ces choses que l’on ignore et qui pourtant ne sont pas à prendre à la légère, notamment pour leurs qualités plastiques.

 

Olivier Dassault, Faïence Catalane, 2015. 40 x 26 cm. © Studio Olivier Dassault / Galerie Maeght, Paris
Olivier Dassault, Faïence Catalane, 2015. 40 x 26 cm. © Studio Olivier Dassault / Galerie Maeght, Paris

 

Le grand public connaît le capitaine d’industrie, le mathématicien, le pilote, l’ingénieur de l’École de l’air, le docteur en informatique et le député de l’Oise. Mais Olivier Dassault est également un artiste, peintre et surtout photographe. Il expose depuis 1977 dans le monde entier, il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages de photographie et il est à l’honneur d’une exposition proposée jusqu’au 9 décembre 2015 à la galerie Maeght à Paris, intitulée « Langage de murs ».
Ses prises de vue ont généralement pour cadre la ville, cette entité qui ne trouve jamais le sommeil et dans laquelle se perdent des visages, la vitesse et les lumières artificielles.
Mais pour cette série inédite, Olivier Dassault s’intéresse aux murs, ces besogneux bâtisseurs du monde. Loin d’être un motif anodin, le mur a une histoire et ses blessures et ce sont ces détails que fixe l’objectif d’Olivier Dassault, par le biais de l’argentique et sans aucune retouche.
Sous l’effet des différentes recherches plastiques (duplication du sujet, tirage sur des supports différents, formats monumentaux ou beaucoup plus petits), le résultat est stupéfiant. Les images sont de véritables tableaux qui rappellent le cubisme, l’art cinétique et l’abstraction.

Toute la Culture a rencontré Olivier Dassault.

 

Olivier Dassault, Sapine, 2015. 40x28 cm. © Studio Olivier Dassault / Galerie Maeght, Paris
Olivier Dassault, Sapine, 2015. 40 x 28 cm. © Studio Olivier Dassault / Galerie Maeght, Paris

 

Olivier Dassault, quand avez-vous décidé de vous tourner vers cette passion pour la photographie?
Olivier Dassault : La photographie m’est venue assez naturellement car j’étais dans un environnement remarquablement favorable. Très tôt ma mère m’a ouvert les yeux sur les beautés du monde en me faisant parcourir les musées de France puis d’Europe, mon père m’a offert mon premier appareil photo argentique et mon grand-père mes premières expériences de photographe professionnel pour les couvertures de Jours de France. Avec le recul, j’estime que ma famille m’a permis de révéler ce goût pour la photographie que j’avais en moi.

 

Quel message souhaitez-vous délivrer dans vos clichés? Celui d’une société industrielle et urbaine en perpétuelle évolution?
Olivier Dassault : Si mes photos doivent transmettre quelque chose, c’est que le beau existe partout, qu’il n’est pas toujours visible et qu’il doit être révélé. Les codes du beau et de l’esthétique ont évolué à travers les siècles. A mes yeux la beauté est immanente au monde et c’est à l’œil du photographe qu’il revient de la découvrir pour la restituer et ainsi la partager avec le monde. Dans notre monde, souvent d’apparence si laid, j’aime profondément cette idée qu’en réalité la beauté est partout et que c’est à nous d’apprendre à la voir.

 

Olivier Dassault, Prototype II, 2015. 60 x 42 cm. © Studio Olivier Dassault / Galerie Maeght, Paris
Olivier Dassault, Prototype II, 2015. 60 x 42 cm. © Studio Olivier Dassault / Galerie Maeght, Paris

 

Est-ce une manière de montrer que les mêmes les villes, les usines, les chantiers, ces symboles de la modernité parfois décriés, sont des motifs d’art?
Olivier Dassault : L’art est partout, «en art point de frontières» comme disait Hugo, il suffit de savoir regarder. Tout au long de sa vie, le photographe affûte son œil au contact du réel pour découvrir ce que le monde nous cache, volontairement ou involontairement. Rien n’est un motif d’art en soi, c’est l’interprétation qu’en réalise l’artiste, le travail de son sujet, qui permet d’en extraire l’essence et de basculer du commun à l’exceptionnel. C’est pour cela que j’utilise la surimpression, elle est mon alambic, permettant de distiller mon sujet pour en extraire sa précieuse magnificence.

 

Les photographies sont étonnantes. On y voit de l’abstraction, du cubisme, de l’art cinétique… Cela est volontaire ?
Olivier Dassault : A côté de la photographie, la peinture a toujours occupé une place très importante. J’aime peindre et découvrir de nouvelles oeuvres. Au fur et à mesure que la photographie a pris de plus en plus d’importance dans ma vie, j’ai peu à peu transformé mon appareil en pinceau pour permettre de peindre ce que je voyais. Mes photos sont des tableaux que je construis avec de la lumière. Chacun est unique, chacun est une œuvre en soi.

 

Olivier Dassault, Meeting, 2015. 100 x 61 cm. © Studio Olivier Dassault / Galerie Maeght, Paris
Olivier Dassault, Meeting, 2015. 100 x 61 cm. © Studio Olivier Dassault / Galerie Maeght, Paris

 

En parlant de ces mouvements artistiques, quels sont vos arts préférés et vos périodes favorites?
Olivier Dassault : Mes photographies reflètent mes influences: Vasarely, Schöffer, Mondrian, Braque, Picasso, Botticelli ou encore Soulages pour n’en citer que quelques-uns.
Mon appareil me permet de vivre plusieurs vies de peintre. Grâce à lui mes périodes fauve, impressionniste ou surréaliste se succèdent, s’entremêlent pour mieux se mélanger ou parfois se séparer. Photographie, peinture, musique, sculpture antique… j’aime l’art sous toutes ses formes. Je réfléchis actuellement à la transposition de certaines de mes photographies en trois dimensions, grâce aux nouvelles imprimantes actuelles. Je suis persuadé qu’il y a encore beaucoup à découvrir dans cette voie. Peut-être qu’une nouvelle discipline artistique est en train de naître sous nos yeux, qui sait?

Propos recueillis par Christophe Dard.

 

INFORMATIONS PRATIQUES :
Olivier Dassault « Langage de murs »
Jusqu’au 5 décembre 2015
42, rue du Bac 75007 Paris
Ouverte le lundi de 10h à 18h et du mardi au samedi de 9h30 à 19h
01 45 48 45 15
www.maeght.com/galeries

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Christophe Dard
Diplômé d'un Master d'histoire contemporaine et d'une école de radio, Christophe est journaliste, passé notamment par Europe 1. Il travaille depuis 2013 pour Toute la Culture. Compte Instagram : https://www.instagram.com/christophe_dard/?hl=fr

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