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[Interview] Les Garçons Sauvages « nous n’institutionnalisons rien »

[Interview] Les Garçons Sauvages « nous n’institutionnalisons rien »

23 octobre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Du 12 au 28 novembre, l’agence créative Les Garçons Sauvages, avec la participation du studio graphique My name is investissent  la Galerie Art Ligue  pour une exposition,  Constant Elevation ( du nom d’un titre du groupe de rap Gravediggaz) du photographe Geoffroy de Boismenu. Rencontre avec Les Garçons Sauvages :  Lionel Vivier et Stephane Ibars, 

Qui sont les Garçons Sauvages ?
Les garçons sauvages est une agence créative fondée par deux amis (Lionel Vivier fondateur et designer des marques de prêt à porter Sixpack France et Dead Hommes, et Stéphane Ibars de la Collection Lambert en Avignon). L’idée de cette agence qui n’a aucune existence physique est de développer des situations artistiques dans un champ très large allant de la direction artistique à l’exposition ou l’édition. Ces situations ont toutes en commun des rencontres avec des artistes, graphistes, musiciens, créateurs, qui se nourrissent les unes les autres et jouent avec les territoires qu’elles investissent.

Vous êtes commissaires de l’exposition Constant Elevation, comment s’est déroulé pour vous le choix de l’artiste ?

Constant Elevation est à l’image de cela. Nous travaillions sur un projet de direction artistique dans le cadre d’une collaboration entre Sixpack France et Reebok. Nous avions fait appel comme souvent au studio graphique My name is qui eux-même nous avaient proposé Geoffroy pour les photographies. Je connaissais toute une autre part de son travail mais je savais qu’il avait photographié toute la scène rap présente dans l’exposition.

Nous pensions au départ construire une exposition qui ferait suite au projet réalisé avec Reebok, mais dès nos premières rencontres avec Geoffroy, notre première collaboration devait aboutir sur encore autre chose. Il nous a montré les photos de Gravediggaz ,Public Enemy, Outkast, Pete Rock mais nous a surtout parlé d’une série de photos abîmées suite à un dégât des eaux dans son atelier. Quand nous avons ouvert la boîte qui les contenait on se sentait  face à des objets issus de fouilles archéologiques, de documents intimes trouvés aux pieds d’un immeuble détruit. Ces images qui devaient servir à la base à des publications dans des grands magazines ou à des pochettes d’albums devenaient d’une manière extrêmement symbolique les traces d’un passé culturel.

Quelle sera la scénographie de cet événement ?

Nous avons donc élaboré au gré des discussions un processus d’installation évolutif.

Il s’est d’abord agi de montrer les photographies abîmées dans des vitrines, protégées, presque sacralisées, comme des documents anthropologiques rares. Puis de les scanner pour produire de nouvelles images que nous voulions confronter à d’autres photographies plus classiques. Enfin le studio My name is est venu puiser dans l’histoire de cette boite de photographies abîmées en extirpant et en réagençant certains éléments graphiques de la boite ou des planches contact pour en faire un papier peint sur lequel nous accrochons certaines œuvres.

L’idée était que cette boîte de photographies abîmées était non seulement le réceptacle des traces d’une histoire passées, mais aussi la matière à produire de nouvelles images.

Cette idée de postproduction presque infinie, comme elle l’a été pratiquée par certains des artistes les plus intéressants depuis les années 90, fait parti des fondamentaux qui nourrissent nos projets.

Exposer le Hip Hop est-ce une volonté d’institutionnalisation de ce mouvement, qui dans les années 90 était une forme de revendication ?

Justement nous n’institutionnalisons rien. Le procédé que nous venons d’évoquer permet à la fois d’historiciser le passé et de le projeter dans le présent et l’avenir.

Cette démarche nous place, même si c’était d’abord très instinctif, dans ce que Giorgio Agamben définit comme le contemporain ; ce qui donne davantage d’ampleur à l’aventure encore. Mettre en scène, même sous vitrine, ces photographies abîmées, permet davantage de révéler la force des images  et donc la rudesse du rap en tant que mouvement contreculturel. Pas de l’enfermer dans de l’institutionnel. C’est même ce frottement en particulier qui nous intéressait.

Si vous deviez choisir une œuvre de Geoffroy de Boismenu, laquelle ?

En ce qui me concerne j’envisage le travail de Geoffroy au travers son aspect sériel. J’aime sa série sur le rap de manière globale, comme un tout, comme j’aime son projet de road-trip en Irlande ou un livre de photos plus intimes, issues de son environnement familial.

C’est un photographe dont la posture est très singulière. Il navigue dans plusieurs champs, se déplaçant dans plusieurs territoires avec l’intelligence de ne jamais dire explicitement où il se trouve. C’est le travers de beaucoup de photographes que de vouloir montrer de manière trop bruyante quel champ ils investissent sans que ça ne soit forcément essentiel. J’aime la liberté de Geoffroy et son engagement sans bornes dans les projets. Sa personnalité colle d’ailleurs parfaitement à cette exposition assez coup de poing.

 Visuel : My name is

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

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