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Galerie Maubert : Les évasions de Nicolas Daubanes

Galerie Maubert : Les évasions de Nicolas Daubanes

28 mars 2017 | PAR Camille Bardin

Jusqu’au 8 avril 2017 la galerie Maubert présente le travail de Nicolas Daubanes. Une oeuvre expressément complète à la fois sensible et intelligible qui nous plonge avec justesse dans l’univers carcéral. A découvrir. 

Ouvrir des portes à jamais condamnées. Voici tout l’enjeu du travail de Nicolas Daubanes présenté à la galerie Maubert jusqu’au 8 avril 2017. Se plongeant régulièrement dans l’univers carcéral, notamment au sein de la prison des Baumettes à Marseille, Nicolas Daubanes dresse avec lucidité et loin de tout misérabilisme le portrait de destins brisés et de rêves vaporeux, maculés de désespoir.

Loin des fantasmes, Nicolas Daubanes pénètre les prisons et participe à des ateliers avec divers détenus, allant des jeunes femmes mineures aux résidants de maisons d’arrêt sujets aux peines les plus lourdes. La liberté, la détention, les rêves déchus et les expectatives sont autant de thèmes abordés avec eux. Fort de cette relation, Nicolas Daubanes propose une quantité de production d’une rare complexité. A l’instar du trousseau en céramique dentaire réalisé à partir de la véritable clé de la cellule des détenues rencontrées. Brisée, elle devient le symbole d’une vie faite de désillusions, une arme tranchante et les vestiges d’un corps éteint.

La vie de rêve

Mais Nicolas Daubanes ne s’arrête pas là. Le Perpignanais s’intéresse au quotidien de ces hommes et femmes. Et notamment à la cantine ou au fait de cantiner c’est à dire acheter des produits supplémentaires pour compléter ses repas. La nourriture obtenue est ensuite transformée par les détenus. Par exemple le chocolat du yaourt liégeois est utilisé comme ingrédient  dans la réalisation d’un semblant de gâteau. Pour l’alcool le processus est plus complexe : il faut faire fermenter des fruits dans un récipient dont l’hermétisme est rendu possible grâce à l’obstruction par un préservatif. Soumis à une réaction chimique, le capuchon en caoutchouc se gonfle. C’est cette opération que Nicolas Daubanes reproduit pour l’exposition Les mains sales. Seule différence, les discrètes bouteilles deviennent des bidons et les préservatifs sont remplacés par des palmiers ou des poupées en plastique. Cynique symbole de La vie de rêve des détenus grisés par cette puissante mixture.

La vulnérabilité

Et comme si le travail de Nicolas Daubanes n’était pas déjà assez complet, l’artiste propose des dessins muraux grands de plus de trois mètres réalisés à la poudre d’acier aimantée. Une méthode pointilleuse qui permet par exemple de faire apparaitre des façades de lieus de rétention ou encore un triptyque reprenant des phrases des derniers condamnés à mort pour crime contre l’humanité. Une technique précaire pour un dessin délébile et terriblement fragile.

Une fragilité que l’on retrouve enfin dans son oeuvre Sabotage, une sculpture effondrée pour laquelle il reprend les principes de construction utilisés par les résistants pendant la Seconde Guerre Mondiale : une mixture de béton et de fer empoisonnée par le sucre qui affaiblie les bâtisses et finie par les faire s’écrouler. Comme les corps en souffrance, affaiblis par les écueils de la vie.

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