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Edwart Vignot et Fang Yen Wen à la galerie Zlotowski à Paris

Edwart Vignot et Fang Yen Wen à la galerie Zlotowski à Paris

13 décembre 2015 | PAR Christophe Dard

Jusqu’au 19 décembre 2015, la galerie Zlotowski présente le travail de deux photographes, Edwart Vignot et Fang Yen Wen. Malgré de nombreuses différences, d’origine et de style notamment, leurs oeuvres sont en réalité beaucoup plus proches qu’il n’y paraît. Leurs clichés montrent que tous les objets, les paysages, les motifs les plus insignifiants et les personnes, y compris celles rejetées en dehors de la société ou en proie à l’oubli, ont un intérêt artistique.

 

Edwart Vignot, La Photo'Zenfant, 2015, 24x38 cm
Edwart Vignot, La Photo’Zenfant, 2015, 24×38 cm

 

Fang Yen Wen, Untitled, 2015, 40x60 cm
Fang Yen Wen, Untitled, 2015, 40×60 cm

 

Ils ont 25 ans d’écart, l’un est européen, l’autre asiatique. Ils n’ont pas suivi la même formation et n’ont pas le même parcours. Pourtant, Edwart Vignot et Fang Yen Wen, exposés tous les deux jusqu’au 19 décembre à la galerie Zlotowski à Paris, ont un point commun, une curiosité qui leur donne une aisance d’inspirations pour capter de nombreux sujets. Edwart Vignot décèle de l’art jusque dans le cours grisâtre du bitume alors que Fang Yen Wen montre que dans son enthousiasme forcené, la modernité laisse de côté les plus faibles et nous transforme en ombres déshumanisées bien que certains veulent encore goûter à la liberté.

 

Edwart Vignot, Le hasard fait bien les choses

Edwart Vignot jongle avec les références puisées dans ses connaissances d’historien de l’art et de spécialiste des dessins anciens. Auteur, journaliste, acteur et réalisateur, passé par la pub et chez Christie’s, Vignot touche à tous les supports, la vidéo et la photographie. De cette curiosité et de cette culture émane une pluralité de formes et de motifs qui semblent être des marqueurs sur la grande frise de l’histoire de l’art. Des formes colorées rappellent les collages des cubistes, des dadaïstes et des surréalistes, le rideau froissé évoque les plis langoureux des tissus de la Renaissance et de l’ère baroque. L’araignée semble s’être échappée des lithographies symbolistes du 19ème siècle tandis que certaines compositions ont la pose calme et sereine des natures mortes.

 

Michelangelo Drapery, 2013, 18x24 cm
Michelangelo Drapery, 2013, 18×24 cm

 

La grande force de Vignot est de retirer à l’histoire de l’art sa lourdeur intellectuelle et de nous rendre accessible cette grande aventure par une incursion dans notre quotidien. Les trottoirs sont des berges, un sac poubelle devient un chat qui fait sa toilette.
Chez Vignot l’art est simple et partout. Ensuite il suffit de prendre son imagination par la main et de la conduire vers la création. Mais à partir de là c’est le hasard qui fait bien les choses…

 

Fang Yen Wen, Shinra Le vaste monde

Fang Yen Wen vit à Taïpei, la capitale de Taïwan. A seulement 21 ans, ce photographe a la maturité de l’observateur des changements rapides qui touchent notre société. Attentif au rythme éffrené qui affecte le monde urbain, Fang Yen Wen capte derrière son objectif la solitude et la tristesse qui tombent sur les plus sensibles aux métamorphoses galopantes de la modernité. Les artisans et les marchands survivent dans leurs échoppes surchargées d’objets et prêts à s’écrouler mais savent que le vent d’un projet immobilier va souffler dans leur dos et les pousser aux marges de la société. Photographiés à leur insu dans leurs activités, ces inconnus ont la méfiance et l’hostilité des plus fragiles. Le clair-obscur met en lumière la pauvreté et en même temps les parties les plus sombres des clichés rappellent que la détresse a une intimité inavouable.

 

Untitled, 2014, 40x60 cm
Untitled, 2014, 40×60 cm

 

Fang Yen Wen photographie aussi la géométrie des métropoles japonaises, une extrême rigueur trop impressionnante et trop parfaite pour se rabaisser à l’homme devenu robot et fantôme au cœur de l’immensité.
Enfin, Fang Yen Wen réalise une autre série de photographies présentée dans l’exposition, sur la révolution taïwanaise des Tournesols en mars 2014. Si la violence est évidente par la présence de la police et des barricades érigées, certaines de ces scènes sont également drôles. Les visages des manifestants pris en tenaille par les forces de l’ordre hurlent et semblent rire en même temps.
Dans le chaos de la modernité et de l’injustice, Fang Yen Wen réhabilite l’oubli, l’abandon et la révolte. Il ne donne pas de nom à ses photographies mais toute l’humanité de la compassion est présente.

Christophe Dard

 

INFORMATIONS PRATIQUES :
Edwart Vignot Le hasard fait bien les choses
Fang Yen Wen Shinra Le vaste monde
Jusqu’au 19 décembre 2015
Galerie Zlotowski
20 rue de Seine 75006 Paris
Ouvert du lundi au samedi de 10h30 à 13h et de 14h à 19h
www.galeriezlotowski.fr
01 43 26 93 94

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Christophe Dard
Diplômé d'un Master d'histoire contemporaine et d'une école de radio, Christophe est journaliste, passé notamment par Europe 1. Il travaille depuis 2013 pour Toute la Culture. Compte Instagram : https://www.instagram.com/christophe_dard/?hl=fr

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