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Derniers jours : Maurice Lemaître à la galerie Patrice Trigano

Derniers jours : Maurice Lemaître à la galerie Patrice Trigano

09 mai 2014 | PAR Maïlys Celeux-Lanval

Baladez-vous rue des Beaux Arts et écoutez les sons. Non, n’écoutez pas les paroles, oubliez les mots et ouvrez-vous aux sons, aux onomatopées, aux mélodies. Puis, entrez dans la galerie Patrice Trigano et découvrez l’un des plus grands artistes du Lettrisme, Maurice Lemaître (né en 1926).

Le Lettrisme est un mouvement pluridisciplinaire initié par Isidore Isou en 1946 qui vise à transformer le monde à travers les arts, les sciences sociales et les sciences naturelles. Il s’est tout d’abord concentré sur la poésie, dont les mots et les concepts semblaient dépassés pour atteindre « une nouvelle conception de la poésie tout entièrement réduite à la lettre et par conséquent annulant toute sémantique », pour finalement toucher à tous les domaines de la création puis finalement de la pensée. « Les écritures ou signes utilisés dans les oeuvres lettristes ne doivent pas être perçus comme véhiculant un message quelconque, mais seulement comme des œuvres relevant du domaine esthétique, devenant cette troisième voie, après le Figuratif et l’Abstraction. » (Frédéric Acquaviva)
Maurice Lemaître est l’un des plus anciens lettristes et explore encore aujourd’hui les principes de ce mouvement. Ses œuvres sont exposées à la galerie Trigano sans souci de chronologie, montrant la cohérence des œuvres quelle que soit leur date de création (on remarque toutefois une plus grande pertinence des œuvres anciennes, les plus récentes faisant parfois figure de pâle répétition). Écritures manuscrites ou dactylographiées, broderies, sculptures, collages, installations… Son art est explosif, touche-à-tout et très séduisant. Il rappelle parfois le Surréalisme dans sa manière de mélanger les motifs pour atteindre la grâce charmante des étranges mélanges (comme l’a si bien dit Lautréamont : « beau (…) comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ! »)
L’aspect esthétique de l’écriture qui se mélange aux formes et aux couleurs d’une image est très frappant : avant d’entendre les sons, on voit ces lignes irrégulières qui ondulent, la courbe du a discute avec la sévérité du t pour s’assembler finalement en un d heureux ; de près, de loin, l’écriture est empatée dans l’encre ou presque effacée, elle forme des milliers de petites étoiles (pour les lettres dactylographiées) ou alors de longues frises étroites (pour l’écriture manuscrite où les lettres sont soigneusement liées entre elles). On s’amusera à dire à voix haute les sons, pour oublier la langue et voir les o et les a qui s’entrechoquent dans une poésie nouvelle.
Cela ressemble au monde nouveau qu’a apporté le XXème siècle. Quand le surréaliste Francis Picabia (1879-1953) est arrivé à New York, il a été enchanté par la cohérence de l’art moderne et de la ville moderne, avec ses bruits, ses foules de gens, ses hautes tours, ses fenêtres illuminées… On retrouve cette mélodie urbaine chez Maurice Lemaître, où les choses se mélangent dans un monde nouveau, multiple, qui fait tic, tac et toc et qui explose de couleurs. Cela est fait avec la naïveté de l’observateur, avec la créativité de l’artiste et avec l’ambition de celui qui veut délivrer une nouvelle vision de l’art… On est sous le charme.

Maïlys Celeux-Lanval

Visuels ©Maurice Lemaître

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