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Damien MacDonald  – Les délices

Damien MacDonald – Les délices

15 mars 2017 | PAR La Rédaction

Du 3 février au 18 mars – prolongée jusqu’au 22 avril 2017, la galerie 24b présente cinq cent dessins du poète Damien MacDonald en hommage à Jérôme Bosch. Juste cela, cinq cents dessins à l’encre de chine, parfois encore en partie au crayon (une fois seulement peut-être) et nous voilà plongées dans l’épaisseur du temps – la finesse du trait – le remplissage de l’espace.

Pour ceux qui connaissent déjà la galerie 24b – qui avait accueilli la superbe exposition Dessiner l’invisible dont l’illustrateur était commissaire – il faut imaginer différents espaces, des escaliers, des recoins et des murs de pierres. Et la profusion. Cinq cents dessins pour cinq cents ans : un dessin par année c’est très peu, pour autant le nombre permet de faire masse, de donner corps à cette quantité de temps passé depuis la mort de l’inspirateur. Il y a quelque chose de très fort, pour la communauté invisible de ceux qui y sont sensibles, à imaginer la main au travail, le temps passé à faire, la fabrication des images. Il y a aussi, qui transparaît, une immense intuition sur la fonction de l’art, les passages temporels et mythiques qu’il ouvre, le temps et le lieu présent inévitable, nécessaire, mais également les échos puissants entre les artistes, les époques, les territoires. Nous imaginons alors, parce que cela déborde, la force mise dans la réflexion sur faire-art. Une réflexion ancienne, nourrie et expérimentée.

La plume de Damien MacDonald est d’une précision à toutes épreuves – d’un feuillet à l’autre, elle met en place un univers parallèle, onirique mais pas seulement, un univers connu, parcouru. Dans des paysages très épurés qui laissent une large place au papier blanc, quelques lignes qui défient parfois les lois universelles, nous voyons les chimères répondre aux fantasmes, les angoisses érotiques aux fusions amoureuses, les personnages comiques aux inquiétantes créatures, les hermaphrodites aux androgynes, les cerfs en robe de chambre aux baleines volantes, la maternité aux dévorations… C’est carnavalesque, ambigu, réconfortant. Ce réconfort est particulièrement remarquable tandis que l’on voyage dans l’œuvre : il y règne une grande, une immense douceur. Violence, peur, orgie, élévation spirituelle, meurtre, magma ; une même bienveillance pour l’ensemble de ces phénomènes. L’art ici ne redouble pas la violence ou la souffrance en la représentant mais l’intègre, l’ingère, l’insémine.

Les passionnés – d’art ancien et contemporain, de bandes-dessinées, de surréalisme, d’orient, d’anthropologie, de mystiques, de méditerranée, … – découvriront les passerelles multiples qui, au-delà de l’hommage, donnent à l’exposition un déploiement gigantesque. Les étourdis se retrouveront, tout étonnés, en balade dans leur imaginaire propre. Tous plus riches en sortant qu’ils n’étaient arrivés. Riches de liens et de liberté de visions, riches de folies et de sagesses, de drôlerie, d’irrévérences et de tendresses – riches d’humanités.

Marie Juliette Verga

Galerie 24b – cycle de dessin contemporain
… à suivre Albert Palma, Moonassi et Thomas Lemut.
A lire Art extemporain, écologie et économie de l’underground de Damien MacDonald, EBL éditions.


Galerie 24b
24 bis Rue Saint-Roch,
75001 Paris

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