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Adama, exposition de Dani Karavan : une œuvre entre sculpture, architecture et paysage

Adama, exposition de Dani Karavan : une œuvre entre sculpture, architecture et paysage

22 novembre 2018 | PAR La Rédaction

Dani Karavan travaille in situ, guidé par les sensations provoquées par son expérience de l’espace. Ses œuvres répondent au lieu, à son histoire, à sa topographie, témoignent des faits de l’histoire et entrent en relation avec l’environnement urbain et naturel dans lequel elles s’inscrivent. L’artiste affirme lui-même « Je crée des œuvres lorsque j’en reçois la commande ». Il renouvelle le champ de la sculpture en opérant un lien entre art, architecture, paysage et sculpture.

Par Pauline Lisowski

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À la galerie Jeanne Bucher Jaeger l’exposition « Adama », « Terre » en hébreu, réunit un riche ensemble d’œuvres réalisées avec ce matériau et témoigne de l’ampleur de ses sculptures monumentales qui convoquent la mémoire des paysages et des territoires où il est invité à créer.
Un mur de photographies dévoile l’ensemble de ses projets à travers le monde. Ses œuvres marquent l’identité au lieu et conduisent à une nouvelle perception de celui-ci, révélant ses caractéristiques et son histoire. L’Axe majeur, à Cergy-Pontoise, une œuvre « à la frontière entre la sculpture, le paysage, l’urbanisme et l’architecture » , commencée depuis 1980 et toujours en cours en 2018, invite à la promenade, poursuivant les tracés urbains historiques. Une maquette de 8 m de long témoigne de cette création monumentale, symbole d’une ville nouvelle. En la contemplant, le spectateur découvre son étendue et peut alors s’imaginer la parcourir et comprendre son emprise dans la ville.

Dani Karavan travaille avec de nombreux matériaux, aluminium, fer, bronze, bois, marbre, choisis en fonction des lieux et des projets. L’utilisation de la terre lui a permis de revenir sur les traces de constructions traditionnelles. Un ensemble de sculptures en béton de terre récentes, réalisées avec l’aide de l’artisan Rachid Mizrahi, et de la maquettiste de l’artiste, Anne Tamisier, suggèrent des colonnes, des stèles, des totems. À échelle humaine, ces œuvres nous incitent à en faire le tour pour y observer les diverses nuances d’ocre ou de rosé et leur texture qui se révèle grâce à la lumière. Des ouvertures nous appellent à renforcer notre attention à la matière et semblent renfermer une histoire. La terre renvoie directement à l’expérience d’un paysage, elle capte l’empreinte des personnes qui y vivent ou qui y ont vécu. Ces sculptures rappellent à la fois les villages en terre de l’enfance de l’artiste, où chaque maison était comme une « sculpture habitable », chaque pièce et mobilier étant de ce même matériau entièrement faits de terre, et certains vestiges de constructions cananéennes et israélites datant de plus de 1500 à 3000 ans.

Dani Karavan a utilisé les volumes de la galerie pour amplifier l’expérience visuelle et la sensation de matière qui émane de ses œuvres. Des piliers/miroirs reflètent les sculptures et donnent à voir une multiplicité de points de vue. Ce qui crée l’impression d’être au cœur même d’un village de terre.
À ces sculptures s’ajoutent des bas-reliefs en béton de terre crue aux formes géométriques.
L’exposition se vit comme l’exploration d’un paysage qui n’en finirait pas de livrer ses secrets, son histoire, ses traces.

Elle offre à voir la diversité du travail de cet artiste profondément humaniste, en quête d’un langage universel de paix, de tolérance et de communion entre les peuples. En effet, depuis plus de 50 ans, Dani Karavan poursuit inlassablement ses recherches sculpturales, d’œuvres monumentales jusqu’à, récemment, des sculptures de petits formats, qu’il nomme « musique de chambre », rendant encore plus palpable la vibration de la matière.

À travers l’ensemble de ses créations, l’artiste israélien n’a de cesse de replacer l’homme dans un rapport nouveau au paysage et au monde. Leur expérience conduit à la méditation, au recueillement, au besoin de se souvenir et à l’émotion que procure le spectacle de la nature.

Adama, une exposition à découvrir jusqu’au 19 janvier à la galerie Jeanne Bucher Jaeger.

(c) Gregory Copitet

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