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William Gedney à Montpellier, le charme discret de la photographie

William Gedney à Montpellier, le charme discret de la photographie

14 septembre 2017 | PAR Alexis Duval

Il ne reste plus que quelques jours pour découvrir la passionnante exposition que le Pavillon populaire consacre au photographe américain William Gedney, esthète oublié du noir et blanc.

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Diane Arbus, Berenice Abbott, Walker Evans, Robert Mapplethorpe, Cindy Sherman, Richard Avedon, Garry Winogrand… Ces dix dernières années, les expositions consacrées à des grands noms de la photographie américaine n’ont pas manqué en France. Rares sont toutefois les occasions de prendre des chemins de traverse et de découvrir une oeuvre méconnue. Jusqu’au 17 septembre, le Pavillon populaire de Montpellier offre cette chance à ses visiteurs en consacrant ses murs à William Gedney (1932-1989).

L’élégant lieu d’exposition situé en plein coeur de la métropole languedocienne a la bonne idée de rendre hommage à un talent oublié du noir et blanc dans plusieurs espaces aux murs monochromes. La sélection de clichés collectées dans les archives déposées à la Duke University de Durham, en Caroline du Nord, donne à voir le travail d’un homme passé maître dans l’art de montrer la sensualité quotidienne, sans artifice. Sa série sur les adolescents prise dans le Kentucky rural en 1964 et 1972 et celle sur les étudiants réalisée à San Francisco entre 1965 et 1967 attestent de cette même attention envers la beauté spontanée.

Torses nus pour la première, visages d’hommes racés au milieu de la foule des hippies californiens pour la seconde… William Gedney a capté des instants de grâce en vivant en immersion auprès des communautés dont il voulait rendre compte. « Photographier, pour Gedney, c’est refuser la distance, au profit d’une proximité mesurée et pudique, dans une juste position d’observateur concerné », écrit Gilles Mora, directeur artistique du Pavillon populaire et coauteur du catalogue de l’exposition.

Empathie pour l’Amérique en marge

Walker Evans, qui, cette année, a fait l’objet d’une formidable et foisonnante rétrospective au Centre Pompidou à Paris, a de ce point de vue largement inspiré le travail de Gedney. Pour rendre compte des conséquences de la Grande Dépression des années 1930, il avait notamment partagé la vie d’habitants du Midwest. Parmi eux, Allie Mae Burroughs, dont le portrait est devenu son plus célèbre. Ce positionnement par rapport à ce qu’il veut montrer, cette empathie pour l’Amérique en marge, cette tentative de captation de ce qui en constitue la nature et la culture, sont communs aux deux artistes.

En plus de ses excursions sur le territoire états-unien, William Gedney s’est aussi intéressé à l’Inde. Des voyages qu’il a effectués entre 1969 et 1971 puis en 1980, il a tiré certaines de ses oeuvres les plus touchantes et les plus accomplies. En posant un regard tendre, il donne à voir des scènes quotidiennes sans tomber dans le pittoresque ou la complaisance. Ses photographies de nuit, notamment, sont extraordinaires car elles continuent de vibrer des vestiges du jour trépidant. Son sens naturel du noir et blanc garantit une plongée fascinante dans cette terre de contrastes qu’est le sous-continent.

L’artiste, qui a longtemps caché son homosexualité, a suivi plusieurs marches des fiertés, dont celle de New York et de San Francisco. Si ce ne sont pas ses clichés les plus originaux, ils n’en restent pas moins touchants du fait de la lecture biographique qu’on peut en faire. Mort des suites du sida en 1989, William Gedney laisse derrière lui une oeuvre unique et protéiforme, dont la beauté réside dans le refus de la sophistication et la quête perpétuelle de gracieuse simplicité.

William Gedney, « Only The Lonely. 1955-1984 », au Pavillon populaire, esplanade Charles-de-Gaulle, Montpellier (Hérault). Jusqu’au 17 septembre. Ouvert du mardi au dimanche, 11 h-13 h, 14h -19h. Entrée gratuite.

Photos : Alexis Duval.

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