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Wilhelm Uhde au LAM (Villeneuve d’Ascq)

Wilhelm Uhde au LAM (Villeneuve d’Ascq)

04 octobre 2017 | PAR Maïlys Celeux-Lanval

« S’interpréter soi-même par sa collection, voilà ce dont il s’agit » affirme Wilhelm Uhde (1874-1947), amateur d’art mis en valeur à travers un bel accrochage au LAM de Villeneuve d’Ascq, à voir du 29 septembre 2017 au 7 janvier 2018. En théorisant un art en dehors du réel, il réussit à réunir dans une même collection Georges Braque et le Douanier Rousseau, Pablo Picasso et Séraphine de Senlis, affirmant qu’il existe entre eux un lien tangible. De fait, le fil rouge tient à cette déclinaison sur une centaine d’œuvres de nuances de gris, accordées à des camaïeux de bruns et de verts. On est bien en automne ici, au milieu du grand parc du musée mouillé de pluie…

Pierres de Paris, nuages lourds, cathédrale blanchâtre, cubisme terne : le collectionneur Wilhelm Uhde aime le gris. Il lui trouve toute une richesse chromatique, une palette de sensations, qui pourtant ne fait pas l’unanimité auprès des artistes et des critiques – pour certains, ce n’est même pas une couleur.

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L’homme est pourtant loin d’être un triste sire. Débarqué d’Allemagne où il étudiait sans engouement le droit, il arrive à Paris, ville de folies, en 1904, et se rue dans les cafés. Là, il se fait des amis, écrit, rencontre des artistes qui changeront sa vie. Petit à petit, il développe un goût affirmé pour différents mouvements, quitte à choquer par son manque de limites ; il achète des toiles cubistes (Georges Braque), fauvistes (Raoul Dufy), se tourne vers Sonia Delaunay et vers Amédée Ozenfant. Il collecte des peintures et des dessins de chapelles opposées, mais qu’il relie entre elles – déjà – par un lien magique, sentimental.

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Car Wilhelm Uhde est un romantique, qui compare les tableaux qu’il aime à des « amis » et qui investit l’art de sentiments ; ses rencontres artistiques sont également humaines, et bien des choix d’achats sont motivés moins par les qualités esthétiques d’une œuvre que par le doux caractère du peintre.

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Les « croûtes » d’artistes décriés côtoient donc les chefs d’œuvres, dans ce qui pourrait passer pour un drôle de désordre ; mais l’exploit de cette exposition est de rendre lisible la cohérence que Wilhelm Uhde accordait à sa collection. On comprend parfaitement ses rencontres – avec le Douanier Rousseau en 1907 (il organise d’ailleurs sa première exposition, voyant dans son travail un goût qui va « dans le sens de l’abstraction et de l’intensification », mais oublie d’indiquer l’adresse de la galerie sur le carton d’invitation !), avec Séraphine de Senlis en 1912, son employée de maison dont il remarque, ébloui, les natures mortes « faites de beauté et devenues réalité », et enfin avec Helmut Kolle, dont il tombe amoureux durant la Première Guerre mondiale et finance les tableaux, admiratif des épaisses figures masculines que Kolle peint dans toutes sortes de positions.

En bref, des fleurs, des paysages, des hommes : pour cet homosexuel pourchassé par les Allemands, la peinture est un refuge, un sacerdoce.

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Pour le comprendre, on se plonge dans les tableaux saturés de fruits, de magnolias et de dahlias de Séraphine de Senlis et d’André Bauchant, dans les fesses charnues de Camille Bombois, puis dans les compositions abstraites de Jean Deyrolle. Dans le silence des salles blanches, beiges et vertes, le parcours nous invite au recueillement face à des œuvres aux couleurs souvent éteintes, mais allumées d’un feu intérieur. Nous l’avons dit, Wilhelm Uhde voyait dans ces différentes démarches un même élan, du genre qui rend visible l’invisible, qui défie le réel et propose un ailleurs. Rêveuses parfois, cauchemardesques, habitées (Séraphine de Senlis peignait après avoir entendu la vierge), les peintures de ces « Primitifs modernes » – le mot est de lui – résonnent chromatiquement avec le décor automnal que l’on aperçoit en sortant de la dernière salle. Le charme agit.

Informations pratiques : 
Wilhelm Uhde et les primitifs modernes
Au LAM
Du 29 septembre 2017 au 7 janvier 2018

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