Expos
« Wilfredo Lam » au Centre Pompidou : une envoûtante poétique de l’ailleurs

« Wilfredo Lam » au Centre Pompidou : une envoûtante poétique de l’ailleurs

30 septembre 2015 | PAR Géraldine Bretault

Dans le sillage du précédent accrochage de ses collections, intitulé Modernité(s) plurielle(s), le Centre Pompidou propose une rétrospective de l’œuvre de Wilfredo Lam, qui invite à resituer l’artiste sino-cubain à sa juste place : ni au centre, ni à la périphérie, celle d’un « artiste-monde ».

[rating=5]

D’emblée, la petite salle d’introduction affiche un équilibre entre les différents médiums qui ne se démentira plus tout au long du parcours : de grands portraits de Wilfredo Lam ouvrent chaque section chronologique, tandis que des vitrines étayent le propos en proposant une sélection dense mais précise de documents personnels et liés à l’œuvre. Un parcours à la fois simple, puisque scandé par les grandes étapes de l’exil-errance de l’artiste, et multiple, puisque la déambulation est totalement libre, le vaste espace de la galerie 2 fonctionnant comme une seule et même salle ponctuée d’alcôves, de temps de repli.

C’est donc à travers une muséographie aussi réfléchie qu’élégante que la commissaire Catherine David a entrepris de nous conter la vie d’un des peintres majeurs du XXe siècle, pour le monde non-occidental. Ce qui revenait à entreprendre un lent et méticuleux travail de déconstruction : non, Wilfredo Lam n’est pas qu’un élève de Picasso, oui, de grands artistes ont mené des carrières passionnantes en dehors d’un eurocentrisme étriqué.

La carrière de Wilfredo Lam est au contraire marquée par des ruptures liées tant à la grande Histoire qu’à des drames personnels. Né à Cuba, il arrive en Espagne dans les années 1920, pour assister à la montée du franquisme. Dans cette première patrie d’adoption, où il découvre les grands maîtres du Prado comme les avant-gardes expressionnistes, il perdra sa femme et son premier fils. Paris sera donc autant le lieu d’une résilience que d’une ouverture à d’autres influences, du cénacle intellectuel des surréalistes à la peinture aux accents primitifs de Picasso. Si le Catalan a indéniablement influencé Wilfredo Lam, les cadavres exquis des surréalistes lui ouvrent la voie de l’imaginaire.

Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale, qui l’a vu transiter par les Antilles avant de regagner Cuba, que Wilfredo va élargir son champ d’inspiration, et brasser tous ses motifs d’élection pour recomposer un monde unique, le sien. Devant ses toiles, tour à tour colorées ou sombres, l’œil est invité à une pérégrination sinueuse, croisant au détour de formes géométriques la lame contondante d’un couteau, des masques d’origines diverses, des autels dédiés au culte de la Santeria, la végétation cubaine. La beauté des supports subjugue : bien souvent, Wilfredo préférait peindre sur papier, qu’il marouflait ensuite sur de la toile. Les textures fascinent, renvoyant à la singularité de son travail sur céramique.

Le parcours invite à tourner et retourner autour des îlots ouverts, pour découvrir peu à peu l’étendue des ramifications d’une œuvre déployée tout contre la littérature : il n’est que de voir les admirables gravures composées pour illustrer René Char, ou encore l’intense relation nouée avec Aimé Césaire, dont la série de poèmes Annonciation lui a été suggérée par une série d’eaux fortes de  Wilfredo Lam.

Une (re-)découverte magistrale.

 

 

 

Visuels @ : Wilfredo Lam @ Estate Jesse A. Fernandez
Les noces @ Jörg P. Anders @ Adagp, Paris 2015
Apostroph’ Apocalypse @ Bertrand Prévost @ Adagp, Paris 2015
La Rumeur de la Terre @ Solomon R. Guggenheim @ Adagp, Paris 2015
La Brousse @ Galerie Gmurzynska @ Adagp, Paris 2015

Infos pratiques

Les Cygnes
Théâtre du Palais Royal
centrepompidou

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *