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Vermeer désacralisé, Vermeer sublimé ?

Vermeer désacralisé, Vermeer sublimé ?

20 février 2017 | PAR Géraldine Bretault

Le Louvre est très présent dans les médias ces jours-ci… après le pire (l’attentat du 3 février dernier), le meilleur tant attendu : une exposition Vermeer, véritable événement dont la dernière occurrence remontait à 1966, et qui promet d’attirer les foules malgré ce contexte délicat.

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L’exposition « Vermeer et les maîtres de la peinture de genre » pose une question plus ambiguë qu’elle n’en a l’air : apprécie-t-on mieux le « génie » d’un artiste en l’isolant de ses contemporains, ou au contraire est-ce de la comparaison que naît l’appréciation ? Rappelons que parmi les peintres très prolifiques de son temps (nous parlons du 3e quart du XVIIe siècle), Vermeer était déjà une rareté, ayant produit une cinquantaine de toiles à peine de son vivant, dont 36 nous sont parvenues.

Une douzaine sont présentées au Louvre, aux côtés de toiles peintes sur les mêmes thèmes par des artistes de la même génération, ou presque, tels Dou, Ter Borch, Miéris, Metsu… C’est le pari de Blaise Ducos, commissaire de l’exposition : montrer que la production de Vermeer, ces scènes intimistes à la fois banales et hautement symboliques, répondait à une clientèle d’amateurs avisés, qui recherchaient et appréciaient justement ces variations sur un même thème. Les peintres des principales villes des Provinces-Unies (Utrecht, Delft, Amsterdam, Leyde…) rivalisent et ne s’en cachent pas, puisant chez l’un et chez l’autre pour donner leur version originale d’un des sujets alors en vogue : la lettre d’amour, la toilette, la leçon de musique, le visiteur, le charlatan…

Un phénomène qui trouve ses racines du côté de l’enrichissement des Hollandais suite à l’indépendance de leur nation protestante hors du joug de l’Espagne catholique, laissant émerger une bourgeoisie d’affaire prospère et avide de paraître. Ces nombreux tableaux d’intérieur composent une sorte de mise en abîme de leur quotidien, où la clarté de la lumière et la simplicité apparente du motif se doublent de mises en garde moralisantes, comme par exemple à travers les sujets religieux des tableaux accrochés à l’arrière-plan.

Alors, Proust avait-il raison de s’extasier sur le fameux petit coin de mur jaune de la Vue de Delft (non présenté ici) ? Oui et mille fois oui, car si il y a fort à parier que l’appréciation des œuvres sera bel et bien ardue en raison de leurs petites dimensions et face aux foules attendues, la démonstration du génie du « sphinx de Delft » s’impose opère par défaut : c’est précisément ce que Vermeer élude, ce qu’il omet, qui lui permet d’atteindre la quintessence de son art – en d’autres termes, c’est le renoncement à la précision photographique du détail – mais pas complètement -, l’insistance sur certains rendus de matières, mais le flou sur d’autres, bref, la qualité sélective de son pinceau, qui porte la banalité de ses sujets au pinacle et distingue, pour l’éternité, ce peintre du contingent de ses contemporains.

 

 

Visuels : ©

Johannes Vermeer, La Lettre, vers 1670. Huile sur toile. 72,2 x 59,7 cm. Dublin, National Gallery of Ireland, Sir Alfred et Lady Beit, 1987 (Beit Collection) © Dublin, National Gallery of Ireland

Gabriel Metsu, Jeune femme lisant une lettre, 1664- 1666. Huile sur panneau. 52,5 x 40,2 cm, Dublin, National Gallery of Ireland, Sir Alfred and Lady Beit, 1987 (Beit Collection) © Dublin, National Gallery of Ireland

Johannes Vermeer, Jeune femme assise au virginal, vers 1671-1674. Huile sur toile. 51,5 x 45,5cm. Londres, The National Gallery © National Gallery, London

Infos pratiques

Théâtre de la Mackellerie
Galerie Polka
Musée du Louvre

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