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Van Gogh, La nuit étoilée : une (ré)création à l’Atelier des Lumières

Van Gogh, La nuit étoilée : une (ré)création à l’Atelier des Lumières

21 février 2019 | PAR Lou Baudillon

À partir de demain ouvrira Van Gogh, La nuit étoilée, nouvelle création de l’Atelier des Lumières, qui au-delà de l’aspect immersif et la qualité évidente du travail fourni pour interpréter l’oeuvre de Van Gogh, pose de vraies questions sur la définition d’une exposition et plus généralement de l’art. 

 

Depuis le succès des Carrières de Lumières en 2012, Bruno Monnier à la présidence de Culture Espaces ouvre en 2018 un second espace d’ « art numérique », à Paris cette fois, dans une ancienne fonderie du XIXème. Le principe de cet Atelier des Lumières : proposer une expérience immersive et numérique dans l’oeuvre d’un artiste. Avec une première création consacrée à Gustav Klimt, le lieu présentera, à partir de demain, celle (avec beaucoup de restriction tout de même, une vingtaine d’oeuvres) de Vincent Van Gogh, autre figure de l’art populaire auprès du public. La démarche semble avant tout consacrer une expérience. L’immersion a tendance à prendre et offre indéniablement un autre regard sur la peinture de Van Gogh. La déambulation dans l’espace industriel aux multiples recoins, la musique et les effets numériques aident sans doute à apprécier l’oeuvre autrement, et le côté spectaculaire de type « son & lumière » incite un public peu habitué aux salles de musée à entrer en contact avec l’art, en tout cas avec son esthétisme. L’utilisation du numérique permet ainsi de jouer avec le sensoriel et les matières picturales et pose également la question d’une alternative aux déplacements de plus en plus coûteux et difficiles des oeuvres pour les expositions. 

 

L’Atelier des Lumières est d’après Bruno Monnier un « Centre d’art numérique (…) aux expositions immersives ». Mais exposer des « images » d’oeuvres d’art en se concentrant surtout sur leur esthétique visuelle peut sérieusement questionner sur la définition de l’art. En effet, s’il y a un effort de présenter plusieurs aspects de l’artiste (le passage à Paris ou à Arles de l’artiste par exemple), l’accent est mis sur le « sensible et sensoriel plutôt que (le) chronologique » d’après Gianfranco Ianuzzi, le directeur artistique. L’aspect scientifique des oeuvres est ainsi délaissé, malgré la nouveauté pour cette année de vouloir une exposition plus pédagogique, en rendant visibles les détails de 50 oeuvres phares de l’artiste (titres, dates et lieux actuels) accompagnés de commentaires détaillés disponibles en revanche sur une application mobile, qu’il faudra télécharger (gratuitement). 

Il s’agit assurément d’« une autre voie », (selon les mots de B. Monnier) mais on peut douter qu’elle soit « complémentaire de celle des musées » . 

En proposant une attraction (touristique ?) qui fait du bruit et de la lumière, et qui marche (on rappelle le succès des Carrières de Lumières aux Baux-de-provence depuis 2012, et la volonté pour Bruno Monnier d’exploiter le concept ailleurs, comme par exemple en Corée du Sud fin 2018 avec Le Bunker des Lumières), la démarche laisse apparaître une grosse part de commercial. 

Elle rappelle les nombreuses tentatives de se servir de la création et du nom des artistes hissé au rang de marque comme pour la collaboration Jeff Koons x Louis Vuitton, proposant des sacs imprimés de reproductions d’œuvres de Grands Maîtres (dont Van Gogh d’ailleurs). 

Des questions se posent donc : Comment être en accord avec la volonté de l’artiste dans une société aussi transformée ? Cette expérience permet-elle de faire revivre l’oeuvre et l’artiste en s’adaptant à notre ère numérique ? Peut-on considérer cette expérience immersive comme une création artistique ? Cette expérience ayant un coût, quasiment le même que pour une entrée au musée et pose donc la question de sa légitimité. La création numérique est cependant là, dans La halle – espace principal de l’Atelier – avec le programme long consacré à Van Gogh mais également un programme court Japon rêvé, images du monde flottant. Cette exposition numérique, du « sur-mesure » (G. Ianuzzi) allie lumières, images et bande-son, malgré une perpétuelle recherche de spectaculaire (avec des effets utilisés à outrance de type fondu ou zoom) pouvant gâcher l’appréciation paisible de l’oeuvre. 

Le Studio, salle accessoire de l’Atelier, « donne carte blanche à des artistes du numérique » en proposant en ce moment une création originale par Thomas Vanz avec Verse.  

 

 

Van Gogh, La nuit étoilée est à découvrir dès demain, jusqu’au 31 décembre 2019 à l’Atelier des Lumières (38, rue St Maur 75011), ouvert du lundi au jeudi de 10h à 18h. Nocturnes les vendredis et samedis jusqu’à 22h et les dimanches jusqu’à 19h.

 

Visuels : ©Visuel officiel ©LB

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Lou Baudillon

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