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Une vraie rétrospective Roman Vishniac au MAHJ

Une vraie rétrospective Roman Vishniac au MAHJ

17 septembre 2014 | PAR Yaël Hirsch

Le photographe Roman Vishniac est surtout connu pour ses clichés des juifs d’Europe de l’est des années 1930, pris sur commande du JOINT (grande association d’aide juive) et qui ont été exposés à New-York où il avait déménagé après la guerre, comme derniers témoignages de populations décimées. Pensée par l’International Center of Photography de New-York, l’exposition présentée jusqu’au 25 janvier 2015 par le Musée d’Art et d’Histoire du judaïsme dévoile d’autres aspects de l’oeuvre du photographe: Et l’on y découvre notamment sa tendance à représenter ce qui l’entoure avec de la tendresse dans l’œil.

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Résolument chronologique et commençant comme c’est désormais l’habitude au MAHJ à l’étage, cette vraie rétrospective de travail de Roman Vishniak montre sa jeunesse à Berlin (il est né en Russie près de Saint-Pétersbourg mais a déménagé en Allemagne à 20 ans), son attrait pour un certain surréalisme ou en tout cas expressionnisme qu’on retrouve sur les affiches et sa manière d’immortaliser les gens dans la rue. Au fur et à mesure qu’on avance dans les années 1930, on sent la menace qui se précise.

Et puis commence la fameuse série des portraits de juifs vivant dans une grande pauvreté en Europe de l’est, en Pologne à Varsovie mais aussi à la campagne et dans de plus petites villes. Au fur et à mesure que lui-même s’exile, Vishniak semble suivre les organisations de secours aux immigrés, qu’elles soient agraires et emplies de machines géométriques aux Pays-Bas (1939), évolutives en fonction de l’avancée des allemands entre deux monuments français de Paris ou du Sud (toujours 1939) ou qu’il s’agisse de créatures nocturnes et de réfugiés à New-York où le photographe a élu domicile à partir de 1941.

Après la Guerre, l’exposition montre qu’il est très conscient de la valeur de ses photos des années 1930 et du témoignage qu’elles livrent sur la vie des juifs orientaux avant la Shoah, il immortalise également les ruines du Berlin où il a vécu 20 ans, deux ans à peine après son « année zéro ». Et deux séries montrent qu’avant même de se préoccuper des juifs, le photographe s’intéressait à ce qui l’entourait : ainsi des photographies sur l’Amérique en guerre, et celles, microscopiques, que cet ancien étudiant en biologie et en zoologie a pu faire de la nature toute proche et qui étonnent et détonnent des grands yeux effarés et affamés des enfants des ghettos polonais. Une exposition aussi complète que terrible, où malgré la richesse et la diversité des sujets traités par le photographe et présentés, on ne peut s’empêcher de penser et repenser au sort des enfants et travailleurs juifs orientaux qui ont fait sa réputation.

© Mara Vishniac Kohn. Courtesy International Center of Photography

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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