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Une carte blanche rock et monumentale à Anne Imhof au Palais de Tokyo

Une carte blanche rock et monumentale à Anne Imhof au Palais de Tokyo

03 juin 2021 | PAR Yaël Hirsch

Après Philippe Parreno (2013), Tino Sehgal (2015) ou Tomas Saraceno (2017), c’est autour de l’artiste allemande Anne Imhof, Lion d’or à Venise en 2017, d’investir sous la forme d’une carte blanche tout l’espace du Palais de Tokyo. Nature morte est le parangon d’une oeuvre monumentale qui propose une déambulation extraordinaire dans une oeuvre totale. L’on attend avec impatience les performances à l’automne…

Une nature morte en attente de portraits

Son Faust avait fait sensation et raflé le lion d’or à Venise en 2017 (lire notre article). Anne Imhof joue des architectures et des transparences pour mettre en avant, dans des oeuvres totales – qu’on aurait presque envie de qualifier de « wagnériennes » – des performances expressionnistes et rock qui nous dérangent et nous rendent voyeurs. Sur les 4 niveaux et dans les milliers de mètres carrés du Palais de Tokyo, malgré quelques vidéos et une musique signée Eliza Douglas, en attendant les performances de l’automne, c’est bien à une Nature Morte que l’on a affaire.

Un labyrinthe de références et invités 

Les oeuvres de l’artiste et de ses 30 invités sont accrochées ou reflétées dans un grand circuit de Plexiglas fumé qui est comme le labyrinthe, une fois le Minotaure abattu. Le déroulé est thématique en fonction de l’espace et c’est total, un peu rock, et très beau, notamment au rez-de-chaussée et au rez-de-jardin immense où le plafond a été dénudé pour participer à une architecture gargantuesque et épique. Parmi les invités, les ombres de Wolfgang Tilleman, une auto dépecée de Mohamed Bourouissa et les métaux de Rosemarie Trockel et les petits formats de Cyprien Gaillard résonnent aussi bien avec avec des oeuvres de Joan Mitchell, Cy Twombly, Francis Pivabia, ou, au sous-sol des maîtres aussi classiques que Eugène Delacroix, Théodore Géricault et Giovanni Battista Piranesi.

Polke et l’intime du dessin

L’acmé de l’exposition se situe au rez-de-jardin, au coeur du labyrinthe, avec les oeuvres monumentales de Sigmar Polke, entre vitraux et peintures. Et la touche de découverte est celle des dessins d’Anne Ihmhof qu’on découvre dans les méandres de l’ancienne cinémathèque à la fois abrupte et intime, auprès des maîtres classiques. Le sous-sol de la friche est, lui, architectural et l’on redevient voyeur à suivre ceux et celles qui s’y promènent avec fascination. 

La carte blanche  d’Anne Imhof rempli tout à fait le contrat du monumental et du collectif, avec une belle mise en perspective de l’espace et de celui qui y déambule. Nature encore un peu morte, que l’on craint autant que l’on souhaite voir vibrer, cette épopées est absolument magistrale. 

 

visuels (c) Photos de l’exposition YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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