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« Une Brève Histoire de l’Avenir au Louvre » au Louvre : une scénographie des hommes passés

« Une Brève Histoire de l’Avenir au Louvre » au Louvre : une scénographie des hommes passés

22 septembre 2015 | PAR Yaël Hirsch

Pendant de l’exposition 2050 des Musées des Arts Royaux de Belgique (voir notre article), l’exposition Une brève histoire de l’avenir au Louvre s’inspire, elle aussi, du livre passéo-prophétique de Jacques Attali (Fayard, 2006). Sténographiée avec majesté par Juan Felipe Alarçon, elle juxtapose art contemporain, pièces historiques et vestiges archéologique dans une symphonie sur l’homme disparate et regardant tout à fait vers le passé. A voir à partir du 24 septembre.

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Là où l’exposition 2050 s’appuyait sur les intuitions du livre de Jacques Attali et vérifiait si quelques grands artistes contemporains partageaient les mêmes, pour un résultat qui donnait à voir ce que l’on craignait de l’avenir il y a une quinzaine d’années, le Louvre reste fidèle à sa vocation et regarde frontalement vers les Pyramides du passé humain dans cette Brève histoire de l’avenir. Bien cadré sous la phrase de Jacques Attali qui veut que « Pour comprendre ce que peut être l’avenir, il me faut raconter à grands traits l’histoire du passé », le parcours s’apparente à un portrait à la serpe de près de 3 millions d’années de présences humaines. C’est par une grande installation sur l’Histoire, signée Geoffrey Farmer, qu’on entre dans cette visite touffues. Commence alors une vision très historienne de « L’ordonnancement du monde » (étape 1) avec des liens fort entre un art de la trace très contemporain (Kris Martin, Mark Manders) et l’anthropologie (Crâne Asmat de Papouasie). Une fois les yeux ouverts (la Parabole des aveugles de Pieter Bruegel) « Notre histoire » est également celle d’une civilisation au sens le plus large, dont on admire la toile des aspects organisationnels (Tapisserie d’Aubusson selon motif de Fernand Léger, grandes toiles d’araignées supervisées par l’artiste Tomas Saraceno) et le caractère comptable (écriture, scribes, monnaies des tribus) ainsi que les échappées belles (paradis naturels et artificiels avec la Gazing Ball sculpturale de Jeff Koons).

Evidemment, dans cette fresque sur l’homme, la violence est très présente avec les armes des « Empires » (étape 2) où le Louvre déploie casques et boucliers des 4 coins du monde. Mais à la violence, l’homme oppose encore et toujours sa capacité de classer et ordonner le monde (Diary of Clouds de Ugo Rondinone) et, sous l’égide de René Char (« Hâte-toi de transmettre ») on cartographie et on créé des monastères (magnifiques collections du musée), ouvrant la voie au rêve à l’élargissement de l’horizon (étape 3 avec de saisissants arrangements floraux, à la fois raisonnés et utopiques de Camille Henrot, quelques cieux brouillés à l’huile de Constable et les paysages exotiques).

On entre alors en étape 4 où « Révolution industrielle » et terrible 20e siècle se condensent en petites touches d’art : le grain dur de Daumier, « Le creuset brisé » de Constantin Meunier emprunté pour l’occasion à Bruxelles,  les photos de Lewis Hine (une réfugiée syrienne du début du siècle). Des « chroniques inquiètes » et grimaçantes (mur de Rirkrit Tiravanija, « Jeune fille à la fleur »menacée par les armes de Marc Riboud, magnifique mur de peintures de Cheri Samba…) font face à face avec un désir tout aussi inquiétant de liberté (Travaux de la statue par Bartholdi) d’un homme pas encore cyborg (ce serait vraiment une vision du futur!) mais un peu mécanique quand même (Raul Hausmann) et surtout très ramassé (Martin Parr).

Petit clin d’oeil tout de même et quasi seul pont vers l’expo 2050 de Bruxelles le 11 septembre 2001 est évoqué, avec « la chute des géants » où Beuys côtoie assez joliment Rodin et on arrive enfin au futur (Colonnes de Ai Weiwei), qui prend la forme mythique et définitivement sibylline des devins (La Sybille des Cumes  de Zampieri). Autant dire que pour l’avenir on reste un peu sur notre faim.

Dans cette Brève histoire de l’avenir qui présente sous 100 aspects une humanité conjuguée au passé et à un universel un peu superficiel, l’agencement majestueux et la beauté des pièces présentées ne dissipent malheureusement pas tout à fait l’impression brouillon de l’exposition. Le peu de lien et de liant avec l’interprétation bruxelloise du livre de Jacques Attali interpelle. Et même si l’on accepte que les deux variations libres sur le texte nous parlent, en fait, du passé, l’on se demande simplement si l’objet n’est pas trop vaste. Une échappée belle, qui permet un arrangement esthétique de vestiges et d’œuvres, à voir une à une.

visuels :

Couverture : Geoffrey Farmer (né en 1967), Boneyard. 2013-2015. Papiers, découpés, bois, colle. New York, Casey Kaplan Gallery © Courtesy of Geoffrey Farmer and Casey Kaplan, New York/ Photo: Jean Vong
1. Tomás Saraceno, 2015, Soie d’araignée, fibre de carbone, éclairage, trépied. Atelier de l’artiste© Tomás Saraceno
2. Ugo Rondinone (né en 1964), Diary of Clouds, 2007-2008, Bois et cire, 224 × 667 × 30 cm, Atelier de l’artiste, acquis en 2010 avec l’aide de l’UBS Kulturstiftung Aargau, Aargauer Kunsthaus, S6796 © Galerie Eva Presenhuber © Ugo Rondinone
3. Chéri Samba (né en 1956, La Destruction du monde par l’homme 2015. Acrylique et paillettes sur toile, 13 × 200 cm, Paris, courtesy de la galerie MAGNIN-A © Kleinefenn / Courtesy Galerie MAGNIN-A, Paris © Chéri Samba
4. Domenico Zampieri, dit le Dominiquin (1581-1641), La Sibylle de Cumes, 1616-1617, Huile sur toile, 123 × 89 cm, Commande de Scipione Borghese en 1616-1617, Rome, Galleria Borghese © Foto Scala, Firenze – su concessione Ministero Beni e Attività Culturali
5. Monnaie de Guinée. Culture malinké, XXe siècle. Fer. Anciennes collections du musée de l’Homme. Paris, musée du quai Branly © Musée du quai Branly, foto Claude Germain/Scala, Firenze

Infos pratiques

Théâtre de la Mackellerie
Galerie Polka
Musée du Louvre

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