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Un rêve de collection à la Fondation Bemberg

Un rêve de collection à la Fondation Bemberg

30 juillet 2020 | PAR Laetitia Larralde

Pour sa dernière exposition avant fermeture pour travaux, la Fondation Bemberg continue son exploration du thème de la collection et des collectionneurs. Partez à la découverte d’Anne Gruner Schlumberger et de sa collection de la Fondation des Treilles.

Les collections particulières se constituent de façon différente de celles des musées. Elles suivent les goûts et l’histoire personnelle du collectionneur, et finissent par en dessiner un portrait sensible. Les cent trente œuvres des vingt artistes sélectionnées ici mettent l’accent sur le goût d’Anne Gruner Schlumberger pour l’onirisme et le surréalisme avec des peintures, sculptures, dessins et gravures.

Anne Gruner Schlumberger, tout comme ses deux sœurs, s’est très vite consacrée au soutien et à la diffusion de la culture. Commençant par la création de bibliothèques, en Grèce et en France, cette élève d’Henri Laurens s’est ensuite tournée vers la collection et le mécénat. Uniquement guidée par ses rencontres et ses affinités, elle a acheté ce qu’elle aimait, et soutenu les artistes avec qui elle a noué des liens durables. Elle ne s’est pas limitée à une période ou un style : les statues gréco-romaines côtoient les masques africains, la mode et le mobilier l’inspirent autant que l’art contemporain, donnant une collection ouverte sur le monde.

En 1964 naît la Fondation des Treilles, imaginée à partir d’une propriété varoise héritée de sa tante. Elle achète les terres alentours, et aidée de Michel Serres et Georges-Henri Rivière, elle travaille le paysage avec l’architecte Pierre Barbe et le paysagiste Henri Fisch pour en faire un lieu de calme où chacun pourrait se consacrer à ses études. Le domaine est parsemé de maisons d’hôtes indépendantes, qu’elle décore avec les œuvres de sa collection et un mélange de mobilier provençal et moderne. Là, elle recevait pour des résidences ou des colloques des scientifiques, des musiciens, des artistes, mélangeant savants et érudits de tous les domaines pour une version moderne des salons.

La scénographie de Constance Guisset nous plonge d’emblée dans l’univers du domaine des Treilles. De grandes photos panoramiques tapissent les murs des paysages provençaux et des œuvres de Takis ou Ernst installées dans les jardins. Autour, les murs et plafonds reprennent les teintes du paysage, dans des harmonies particulièrement réussies : le bleu du ciel, le vert des oliviers, le brun des arbres, le jaune des herbes séchées sous le soleil… On est transportés dans cette propriété préservée.

Le parcours, centré sur l’art moderne, est pensé par rassemblements d’œuvres et d’artistes par affinités. Autour de deux pôles consacrés à Victor Brauner et Max Ernst qu’Anne Gruner Schlumberger aimait particulièrement, on découvre des plats de Picasso, les moutons de Lalanne, un livre d’artiste de Fernand Dubuis et Jean Tardieux, les sculptures de Takis… Dans le cabinet des dessins se trouvent les dessins qu’Henri Laurens avait donnés à son élève, en bonne place autour de ses amis Braque, Picasso ou Léger. Si on ajoute encore les œuvres de Dubuffet, Klee, Arp ou Giacometti, on se rend compte que le goût de la collectionneuse était particulièrement sûr.

Fidèle dans ses goûts et ses affinités, Anne Gruner Schlumberger n’a jamais écouté qu’elle-même. Peu importe si sa famille questionne ses choix, si elle doit revendre puis racheter une toile car elle y pense tout le temps : l’art, la science, la culture sont sa vie, son inspiration. Et aujourd’hui, plus de vingt-cinq ans après sa disparition, la Fondation des Treilles continue sur la voie qu’elle lui avait tracée, comme elle avait redessiné celles du domaine, suivant son instinct, marchant devant les machines de terrassement.

 

De l’autre côté du rêve, collections de la Fondation des Treilles
Du 26 juin au 1er novembre 2020
Fondation Bemberg – Toulouse

Visuels : 1- Victor BRAUNER, Là-bas III, 1949. Huile et cire sur toile, 100 x 81 cm. Signée en bas à droite et datée XII. 1949, titrée en bas à gauche, Inv. 990.71 – cl. Jacqueline Hyde ©ADAGP, 2020 / 2-3 – Fondation Bemberg-vue in situ Collection des Treilles © Constance Guisset Studio / 4- Pablo PICASSO, Visage aux feuilles, 1956 – Terre de faïence blanche à décor estampé en relief ø 42cm – Empreinte originale, au revers : épreuve 10/100, poinc?on C 108 Vallauris, Ateliers Madoura Inv. 005.61 – Acquise à la galerie Madoura, Vallauris, 1961 – Picasso Administration, 2020 / 5- Max ERNST, Forêt-Oiseau, 1927 – Huile sur toile 100 x 80 cm – Signée en bas à droite, signée et datée au dos : Max Ernst, 1927 – Inv. 990.95 cl. Jacqueline Hyde ©ADAGP, 2020

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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