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Un poème de vie, d’amour et de mort : L’œuvre d’Edvard Munch est exposée au Musée d’Orsay

Un poème de vie, d’amour et de mort : L’œuvre d’Edvard Munch est exposée au Musée d’Orsay

21 septembre 2022 | PAR Jean-Marie Chamouard

 

 

Le Musée d’Orsay consacre une exposition du 20 Septembre 2022 au 22 janvier 2023 au peintre norvégien Edvard Munch (1863 -1944). Cette exposition riche de plus de quatre vingt dix peintures, dessins et gravures offre une vision globale de son œuvre, une œuvre qui jouera un rôle majeur dans l’histoire de l’art de la fin du 19ème et du début du 20ème.

 

Edvard Munch : une œuvre considérable.

« Ma décision est arrêtée, je serais peintre », écrit Edvard Munch à seize ans. Une vocation précoce, malgré l’hostilité de son père, un austère médecin militaire. Malgré une enfance et une jeunesse  endeuillées par la mort de sa mère puis de sa sœur aînée.  Largement autodidacte, il ne suivra  des cours de dessin que pendant quelques mois mais il sera influencé par les artistes qu’il fréquentera lors de ses séjours à Paris et Berlin. Son œuvre va prendre une place croissante dans les mouvements artistiques d’alors, le symbolisme nordique et l’expressionnisme. Une œuvre qui reste partiellement méconnue en dehors de son tableau le plus célèbre : « Le Cri » mais dont nous ne verrons qu’une lithographie. Les commissaires Claire Bernardi et Estelle Bégué ont voulu offrir une vision globale de la peinture mais aussi des dessins et des gravures de Munch. L’exposition est aérée, les peintures sont bien  mises en valeur. Les textes  permettent aux visiteurs de comprendre la cohérence de l’œuvre, la pensée du peintre. Une œuvre soutenue par une vision du monde très personnelle qu’il va développer dans sa Frise de la vie. Son style, très original, privilégie l’expression de ses émotions, de ses états d’âme. La représentation des sentiments humains est donc un des fils conducteurs de l’exposition. 

 

Explorer l’âme humaine :

Munch écrivait dans son journal intime en 1889 : « Nous voulons autre chose que la simple photographie de la nature. Nous voudrions un art qui nous prend, qui nous émeut, qui naîtrait du cœur ». Les émotions de l’artiste étaient souvent intenses et le visiteur voyage dans son âme tourmentée. Dès le début de l’exposition le tableau « Heure du soir »est émouvant : une femme regarde un paysage paisible mais parait triste, résignée surtout. Munch dévoile ses fragilités et ses doutes existentiels dans ses autoportraits. Des autoportraits saisissants : « Le promeneur nocturne » parait totalement égaré, par sa posture, ses vêtements, son regard. Dans « Nuit blanche » le chaos dans la cuisine, la lourde fatigue en témoignent: le tourment intérieur est palpable. 

La chevelure féminine symbole de l’amour 

Une salle y est consacrée avec de nombreux dessins. Pour Munch la longue chevelure symbolise ce qui relie ou ce qui sépare les humains entre eux. Dans la lithographie « Madone » les ondulations des cheveux sont rassurantes, séduisantes. Mais pour Munch l’amour peut être destructeur comme dans « Vampire ».  Les deux amants sont enlacés enveloppés dans une abondante  chevelure rouge, une forme menaçante est derrière eux …c’est oppressant.

La mort :

« La maladie, la folie et la mort sont les anges noirs qui se sont penchés sur mon berceau ». De par son histoire familiale, l’angoisse face à la mort et à la maladie traverse l’œuvre de Munch. « L’enfant malade » est une réminiscence de la mort de sa sœur Sophie. L’enfant a les cheveux en désordre, le visage émacié, la mère vêtue de noir est écrasée de la douleur. L’angoisse est communicative… « Près du lit de mort » représente  la mort de Sophie : le réalisme est saisissant, les silhouettes noires se penchent douloureusement sur le lit de l’enfant. La mort aussi dans le dernier autoportrait, représentant un vieillard dont les habits se transforment en squelette.

De si belles couleurs

Ces couleurs contrastent avec le caractère sombre de certains tableaux. Des couleurs vives chaudes lumineuses, servies par les lignes courbes, par une simplification du dessin. La nature devient source de joie. Dans « les jeunes filles  sur le pont », les robes blanches ou rouges se détachent du pont (peint dans un dégradé de rose) et du reflet de l’eau. Superbe ! « Neige fraîche sur l’avenue » nous offre un blanc est éclatant contrastant avec le  gris-rose et le vert des arbres aux lignes épurées. 

La nature au cœur de la pensée et de l’œuvre de Munch

Pour Munch la vie est un cycle en perpétuelle transformation et au cœur de la vie, la nature, qui joue un rôle clé dans la perception des ses émotions. Il était fasciné par les paysages du fjord d’Oslo. Il a peint de nombreux paysages dans la fin de sa carrière en particulier dans sa fresque pour l’université de Kristia- nia.  La nature est une source de réconfort, comme dans le tableau « Le Soleil », un tableau  prodigieux qui n’est que lumière. L’exposition se termine par « Nuit Etoilée » deux silhouettes et un visage se projettent sur la neige dans une nuit hivernale. Un tableau au cœur de  la pensée de l’artiste : l’homme doit s’inscrire dans la nature, l’homme doit fusionner avec la nature. Un tableau qui conclue fort justement une exposition qui permet une belle rencontre entre ce grand artiste et le public

 

NB visuel :  le tableau « Les jeunes filles sur le pont »

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Jean-Marie Chamouard

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