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« The Doldrums », la mise en lumière d’une société consumériste au CAPC de Bordeaux

« The Doldrums », la mise en lumière d’une société consumériste au CAPC de Bordeaux

03 novembre 2020 | PAR La Rédaction

Repoussée une première fois à cause du premier confinement, de nouveau mise au repos forcé en raison du second confinement, « The Doldrums », l’exposition de l’œuvre de l’artiste anglaise de 35 ans, Samara Scott, visible en trois étages dans la nef du CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux, entraîne une prise de conscience fascinante sur nos habitudes de consommation. Une réalité renforcée par la crise sanitaire liée au Coronavirus. Nous avons pu recueillir le ressenti de certains visiteurs, venus assister à l’exposition, entre le 18 septembre et le 29 octobre 2020.

Par Clémentine Rivière, étudiante à l’EFJ Bordeaux*

« Je suis content que tout soit ici plutôt que dans la mer » raconte, furtivement, un visiteur de l’exposition. Au premier étage du musée d’art contemporain de Bordeaux (CAPC), l’œuvre de Samara Scott, prend tout son sens. Les objets que nous percevions depuis le rez-de-chaussée, étalés sur un voile blanc, sont enfin dévoilés : des bâches, des plastiques, des voiles recouvrant de part et d’autre le bâtiment de pierre. Des collages, un mégot de cigarette et même une pizza non consommée. « Vous voyez, ils sont ici les gobelets » montre un homme, à ses deux petites filles. Cette image de déchets, contraste avec les couleurs utilisées par l’artiste : Bleu, vert, jaune, orange, rouge. Tout a été peint. « On a besoin d’espoir en cette période hostile » déclare, sourire aux lèvres, une mère en compagnie de sa fille. Avant d’ajouter, « au départ, quand j’ai vu l’image de l’exposition, je n’avais pas remarqué les objets posés. Je pensais que c’étaient des peintures ». En contemplant cet artifice de couleurs, nous avons presque l’impression qu’une kermesse a brutalement été désertée. Une scène à la fois apocalyptique et enivrante, qui nous ra-mène inévitablement au confinement.

« J’ai comme la sensation d’être sous l’eau »

Le confinement a bouleversé notre routine mais a engendré une prise de conscience générale de nos habitudes de consommation et les conséquences que cela engendre sur l’environnement. Parmi tous ces déchets, l’on aperçoit également des tickets de l’exposition. Était-ce un choix de l’artiste ? Vraisemblablement non, nous confirme François Poisay, en charge du pôle Expositions au sein du CAPC. Ils ont été rajoutés par des visiteurs. Un geste, qui « dénature son travail » regrette ce dernier et, interroge sur la prise de conscience de certains quant à la pollution de l’environnement. « Nous surveillons surtout la pizza pour savoir quand on va la manger » ironise François Poisay.

Du premier étage, il est possible d’entendre les rires d’adolescents intrigués, levant les yeux pour deviner les objets. Ils déambulent sous ce plafond artificiel de 1000 m2 qui habille le bâti-ment. Le voile illumine la pièce. « J’ai comme la sensation d’être sous l’eau, avec les débris que nous utilisons chaque jour » imagine un étudiant. Une petite fille, seule, dans l’immense hall, semble minuscule face à la quantité de déchets. Une vision captivante.

Samara Scott refuse d’y voir un message écologiste et se dit elle-même consommatrice. Elle dé-nonce ainsi son propre comportement, tout en laissant perplexe les visiteurs. « Étrange » peut-on régulièrement entendre. « Dommage qu’il n’y ait pas d’explications sur son œuvre. Pourquoi elle a fait ça ? Combien de temps ça lui a pris ? » s’interroge une jeune femme. Sur le toit-terrasse, nous prenons de la hauteur, mais surtout conscience du travail de l’artiste. Celle-ci a d’ailleurs mis un mois à préparer l’exposition. Portant chaque objet à bout de bras. Certainement la volonté de porter le poids de la consommation. « Elle a fait ça avec une telle force physique ! Elle s’est débrouillée toute seule, nous on a juste tendu les fils » déclare François Poisay, impressionné.

À la fois contemporaine et intemporelle, cette exposition d’une artiste engagée et passionnée, parle inévitablement aux jeunes et aux écologistes. Ces derniers n’hésitent plus à prendre la parole pour dénoncer une société à bout de souffle, en raison du consumérisme et de la pollution. D’aucuns espèrent sans doute que les confinements successifs auront un impact positif en ce sens.

L’exposition de Samara Scott sera de nouveau accessible lors de la réouverture du CAPC, fermé jusqu’à nouvel ordre. L’équipe du musée prépare, pour ces prochaines semaines, des activités et rendez-vous en ligne, à suivre sur leur site internet et leurs réseaux sociaux.

Visuels : Clémentine Rivière

* Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat entre l’École du Nouveau Journalisme de Bordeaux (EFJ) et Toute la Culture, à la suite d’un atelier de journalisme culturel.

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