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Tamara de Lempicka bête de modernisme à la Pinacothèque

Tamara de Lempicka bête de modernisme à la Pinacothèque

17 avril 2013 | PAR Yaël Hirsch

Du 18 avril au 8 septembre 2013, les deux ailes de la Pinacothèque de Paris se déploient entre objets art nouveau et égérie art déco. Si la première partie est assez légère, la mise en exergue de l’œuvre de Tamara de Lempicka à travers des tableaux et des dessins peu connus venant de collections particulières est absolument renversante. Un incontournable des expositions de ce printemps parisien.

art nouveau pinacothèqueDans la première partie de la Pinacothèque ce sont donc les arts décoratifs et le « style français » qui sont à l’honneur. Didactique, cette exposition donne à voir bon nombre de créateurs importants et les explique thématiquement. Tout commence, comme il se doit, par une copie de la célèbre affiche d’Alphonse Mucha « La dame aux camélias » (1896). Puis défilent des objets décoratifs: vases, bijoux, lampes ou amphores signés Eugène Grasset, Muller frères, Emile Gallé ou Paul Berthon. Hector Guimard est également à l’honneur avec de très beaux bronzes sculptés. La deuxième partie de l’exposition s’intéresse à l’importance de l’érotisme dans l’inspiration art nouveau, notamment à travers la figure de la danseuse Loïe Fuller et des gravures représentant le « mal » (incarné par des femmes simplement dénudées) Georges de Feure et Eugène Grasset. Malgré les cartels historiques fouillés et certaines pièces absolument ravissantes (les appliques « Blés » Lalique ou les candélabres « Iris » signées Maurice Bouval (1898, ci-contre)), l’ensemble est trop disparate et trop dispersé pour véritablement fonctionner. « Art nouveau , la révolution décorative » est une jolie ballade de chineur de luxe mais certainement pas un évènement qui fait date dans la réflexion sur les arts décoratifs.

En face, en revanche, les nombreuses œuvres de Lolita Lempicka sont rassemblées dans une rétrospective qui poursuit fidèlement son excellent angle : « La reine de l’Art déco ». Une exposition qui marque véritablement une étape dans la connaissance de l’art de son art et de l’époque qu’il représente. Exclusivement constituée de prêts de collectionneurs, celle-ci est d’une richesse époustouflante se paie le luxe de ne pas montrer les spécimens des collections du Musée national d’art moderne, dont certains, comme le fameux portrait au bras manquant de son premier mari, Thadeus Lempicki, sont à voir au Musée des années 1930 de Boulogne.

Autre nouveauté de cette exposition : après une introduction qui sert de transition entre art nouveau et art déco, où Marc Restellini partage sa fascination pour « une sexualité transgressive beaucoup plus poussée » (sous titre : que les nus bucoliques de l’art nouveau), le directeur de la Pinacothèque laisse libre champ à la spécialiste de Lempicka, l’historienne de l’art Gioia Mori. Non seulement l’exposition multiplie les toiles méconnues, non seulement elle les explique et les contextualise, réussissant le fameux pari du chronologico-thématique, mais en plus, elle ouvre sans pédanteries à des questions importantes comme celle de la « mode ».

nu building lempickaTotalement mystérieuse, date (1895 ? 1898?) et lieu (Varsovie? Saint-Pétersbourg?) de naissance compris, Lempicka a développé un art entre classicisme et avant-garde, que ses nus de femmes devant des orages d’aciers verticaux (voir « Nu au building », 1930 ci-contre) expriment bien. Self-made star des années folles parisiennes, cette grande ambitieuse qui volait tout aux hommes, avait tout compris au pouvoir de la communication. Mais une fois exilée aux États-Unis, au début des années 1940 l’apatride n’a pas réussi son grand coup de pub; elle est redevenue « La baronesse au pinceau » et est morte au Brésil à plus de 80 ans quasiment sans reconnaissance…

Une trajectoire que Gioia Mori interroge avec une grande finesse, n’oubliant pas de nuancer son propos et de faire au passage des remarques très fines sur le manichéisme anges/démons dans ses portraits de femmes, la représentation de l’homosexualité et surtout la manière dont l’artiste savait se glisser dans les codes de son temps, que ce soit en peignant une robe Rochas ou en vantant les mérites d’une station de ski de la bonne manière. Le long parcours se termine sur un film muer où l’on voit Lempicka en grande conférence dans un parc.

Pinacothèque 28, place de la Madeleine et 8 rue Vignon 75009 Paris (Métro Madeleine).
Horaire : Tous les jours de 10h30 à 18h30.
Nocturnes tous les mercredis et vendredis jusqu’à 21h.
La nocturne du vendredi est réservée en priorité aux groupes.
Contact: 01 42 68 02 01
Tarif : 22 euros pour les 2 expos (TR : 18 euros).

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

One thought on “Tamara de Lempicka bête de modernisme à la Pinacothèque”

Commentaire(s)

  • Franck

    Bon ok pour le côté « on chine » mais franchement i’m y a une assez belle amplitude à l’expo et surtout elle est très copieuse sur Grasset et Berthon, assez rare !
    Le reproche à faire est plutôt : pourquoi ne pas appeler cette expo l’art nouveau dans les foyers francilien et nancéien? Franchement on ne comprend pas que l’art nouveau ne se conçoit globalement qu’en écho avec une pléiade de foyers qui communiquent. Seul le médiatique cas Mucha le montre…

    mai 1, 2013 at 15 h 48 min

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