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Swoon encapsule le temps et l’humanité dans une fresque magistrale en cale de Fluctuart

Swoon encapsule le temps et l’humanité dans une fresque magistrale en cale de Fluctuart

19 juin 2019 | PAR Yaël Hirsch

Alors que Fluctuart, le musée flottant du street art de Paris, ouvre ses portes cette semaine (voir notre interview d’un des fondateurs, Nicolas Laugero Lasserre), l’artiste américaine Swoon vient de repartir, après une résidence de trois semaines, laissant derrière elle un montage rétrospectif pionnier et sublime de son œuvre. Une exposition puissante à voir jusqu’au 22 septembre.

Le soleil mordore la terrasse et l’eau qui entre au centre de la superbe péniche qui abrite Fluctuart. Et le halo s’empare pleinement de « la cale » du bateau où l’exposition inaugurale Time Capsule nous donne rendez-vous avec l’extraordinaire.

Première artiste exposée à Fluctuart, l’américaine Swoon est venue créer in situ pour installer son éblouissant Time Capsule. Une suite d’œuvres qui recrée de manière chronologique son parcours de 2009 à 2013, dont certaines sont tirées de la première rétrospective de Swoon, « The Canyon : 1999-2017 », ayant eu lieu en 2017 au CAC (Contemporary Arts Center) de Cincinnati et qui invente la suite pour une itinérance en Europe qui passera par le MUCA de Munich en octobre.

Celle qui a su déstabiliser la biennale de Venise 2009 en y arrivant sur un radeau propose dans l’ensemble de l’étage immergé de la péniche un ensemble bouleversant où brillent les silhouettes et les visages d’une humanité fragile, mobile, diverse et fière. Le fin papier découpé se mêle aux éclats de matrices en linoléum et aux papiers gravés par ses matrices pour rappeler un peu l’expressionnisme allemand mais revu par une street artiste américaine ouverte sur notre planète d’aujourd’hui, si diverse et finalement si accessible. Le trait est fort, la liberté impérieuse et l’humain est autant haïtien (elle a aidé après la catastrophe) que mexicain, malaisien ou américain.

Dans la première partie, après un mas de bateau en 3D qui fait un étrange effet de miroir, l’on trouve des portraits solitaires et essentiels (premières « rencontres » dont le père) chez une artiste qui a surmonté les addictions d’une famille plongée dans la drogue, l’alcool et la folie. Puis l’on passe génialement par un couloir de métro reconstitué avant de découvrir une humanité qui fonctionne par groupes, debout, assise mais en dialogue, volontiers autour de l’horizon et de  l’avenir.

Les couleurs sont le noir, le blanc, la terre et un jaune d’œuf plein d’espoir. Il y a même des animaux dans cette arche de Noé aux traits abrupts et à la philosophie tendre où l’enfance, mutine, triomphe.

Une fresque street à 360 degrés qui permet de faire un grand tour avec une artiste essentielle encore jamais exposée comme elle le mérite en France. A voir absolument avant sa prochaine escale en Allemagne. 

visuels : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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