Expos

« Savants et Croyants » au Musée des Antiquités de Rouen, une exposition majeure sur la vie des juifs au Moyen-Age

« Savants et Croyants » au Musée des Antiquités de Rouen, une exposition majeure sur la vie des juifs au Moyen-Age

25 mai 2018 | PAR Yaël Hirsch

C’est sous le signe du Talmud et de l’Astrolabe que s’ouvre cette première grande exposition générale sur le judaïsme médiéval septentrional au Musée des Antiquités de Rouen.

Les commissaires de l’exposition Nicolas Hatot (voir notre interview) et Judith Olszowy-Schlanger ont réuni 70 pièces d’une trentaine de collection pour les exposer de manière dense dans 60m² dans le cadre d’une exposition que la rareté et la complexité d’interprétation a mené à recevoir le label « d’intérêt national » et est en partenariat avec la maison sublime (11e siècle) .

En effet, dans le contexte de l’expulsion des juifs par Philippe Auguste (1182) d’un royaume dont la Normandie ne faisait pas encore partie, de leur rappel et de leur expulsion par Philippe le Bel (1306), toute une série de mythes anti juifs se répandent, très présents dans les documents chretiens. Dans ce contexte, il est très difficile de se faire une juste idée de cette population. Deux pièces viennent d’entrée de jeu rappeler cette histoire et cette difficulté. Dans une première vitrine, l’on trouve deux livres qui prouvent cet anti-judaïsme: un manuscrit chrétien écrit à Jumieges, racontant un infantilise par un verrier et un Rituel de prière de Pessah retrouvé dans les archives royales, spoliation du XIVe siècle.

Par  ces cliches, l’exposition propose de raconter la vie des juifs du nord au Moyen-Age en quatre parties : à travers l’histoire de la région, celle du savoir, la vie quotidienne de la communiste et le culte. Rappelant que les Textes religieux ont été arrêtes avant le début du Moyen Age avec la Michna et le Talmud de Babylone, l’évènement se concentre dans sa première partie sur le lien entre la Normandie et l’Angleterre, avec une lettre de recommandation venue de la Genizah du Caire et un chirographe venu de Westminster. La section d’après parle d’éducation qui commençait tôt notamment chez les hommes juifs, avec notamment venant de Cologne, une ardoise écrite en hébreu mais racontant un roman de chevalerie chrétien et qui est l’un des premiers documents écrits en Yiddish. On y trouve également des textes religieux : un Talmud venu d’Arras avec les commentaires de Rachi de Troyes à gauche et à droite ceux de Eliezer de Touques, un commentateur lui même natif de Rouen. A côté, le Marzor Vitry venu des collections de l’Alliance Universelle, impressionne, tandis que le magnifique livre très décoré « North French Hebrew Miscellany » contient tout ce dont un juif a besoin. Dans c versant religieux du savoir l’on trouve notamment une des plus anciennes versions du MishnéTorah de Maimonide prêté par Cambridge et provenant du Nord de la France (1243). Mais en face Il y a également des textes scientifiques, notamment d’astrologie. Si le fameux traité De Astro Labio de Abraham Ibn Ezra n’y est pas, l’ on peut voir un astrolabe cadran avec son étui en cuir d’origine.

Le procès du Talmud par Nicolas Donin (1240) qui se termine par un des premiers autodafés est signifié par un parchemin d’époque. La figure de Nicolas de Lyre, commentateur chrétien, qui lisait et interprétait la Bible en hébreu est évoquée par un vitrail.

Alors que Les juifs parlaient deux langues : l’hébreu pour les rituels et l’anglo-normand pour le vernaculaire, la vie de la communauté est également présente à travers des documents qui mentionnent la Yeshiva, les rabbins et des bâtonnets d’enregistrements fiscaux. Les rites funéraires sont traités avec des stèles du cimetières juif de la rue Sarrasin. Le mariage est un chapitre important avec des anneaux avec des insignes en hébreu, dont celui du trésor de Colmar et un contrat de mariage, ainsi que des jeux, notamment un extraordinaire pion de tric-trac pourpre venu du Louvre. Et bien sûr le culte et la synagogue sont présents et clôturent même l’exposition avec un rouleau d’époque et de la région réutilisé en Italie, une ménorah, un pupitre où l’on posait la Torah, à une lampe de la cathédrale d’Erfurt parlant de messianisme, les gobelets du Trésor d’Erfurt utilisés pour le Kiddoush et des objets rituels du Shabbat. Toute la vie d’une communauté à retrouver avant le 16 septembre à Rouen.

visuels : visite de l’exposition (c) YH

INFORMATIONS PRATIQUES
Jusqu’au 16 septembre-Ouvert du mardi au samedi de 13h30 à 17h30 et le dimanche de 14h à 18h.
Musée des Antiquités
198, rue Beauvoisine ou rue Louis Ricard
76 000 Rouen
Tél. : 02 76 30 39 50
E-mail : [email protected]

Infos pratiques

Musée de l’illustration jeunesse
Le Nez Rouge Face au 13, Quai de l’Oise, 75019 Paris
Christophe Dard
Diplômé d'un Master d'histoire contemporaine et d'une école de radio, Christophe est journaliste, passé notamment par Europe 1. Il travaille depuis 2013 pour Toute la Culture.Compte Instagram : https://www.instagram.com/christophe_dard/?hl=fr

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *