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Sarcelles met la gravure à l’épreuve

Sarcelles met la gravure à l’épreuve

27 novembre 2019 | PAR Laetitia Larralde

Pour sa 19ème édition, la Biennale internationale de gravure de Sarcelles, avec le Japon à l’honneur, dresse un panorama de la gravure actuelle. A quinze minutes de train de Gare du nord, découvrez l’incroyable diversité d’un art méconnu.

Avec presque quarante ans d’existence, la Biennale de gravure de Sarcelles est toujours bouillonnante de créativité. Si vous pensez que la gravure est un art du passé, sombre, austère et dominé par de vieux messieurs le burin à la main, ici vous serez vite convaincus du contraire. L’exposition montre une grande variété de techniques et de styles avec 410 gravures pour 215 artistes. La section générale regroupe une sélection de soixante-six artistes majoritairement européens. Eau-forte, linogravure, xylogravure, manière noire, aquatinte ou même gravure sur plexiglas, les techniques sont traditionnelles mais les œuvres sont bien contemporaines.

Cette année, après la Colombie, le Japon est l’invité d’honneur. Les commissaires se sont rendus sur place pour aller à la rencontre des graveurs et des étudiants en école d’art et sont revenus avec le travail de vingt artistes et celui d’étudiants de quatre écoles de Tokyo et Kyoto, dont l’un remportera une résidence à l’Ecole d’art Janine Haddad de Sarcelles.
La sélection démontre que l’estampe japonaise ne s’est pas arrêtée avec l’ukiyo-e. Si la gravure sur bois est toujours enseignée – et heureusement, la technique japonaise étant exceptionnelle – les techniques européennes de taille douce se sont fait une place et servent une expression créative qui mêle les influences.

L’exposition hommage à Yozo Hamaguchi (1909-2000) en est la parfaite illustration. Né au Japon à une époque où la tension entre modernité et tradition était encore forte, Yozo Hamaguchi a beaucoup voyagé et étudié hors du Japon, avec des liens marqués avec la France et les Etats-Unis. Maître de la manière noire, qui consiste à grainer une plaque de cuivre pour obtenir des noirs profonds, il a perfectionné la technique en y ajoutant de la couleur. Ses fruits surgissent d’un noir velouté, des images à l’apparence simple et d’une grande technicité.
Autre artiste japonais à la pratique très différente, Takesada Matsutani, acteur du mouvement Gutai et installé en France, propose ici des estampes abstraites. Au-delà de la recherche formelle, il interroge la matière (l’encre et le papier), à l’origine de son art.

Parmi les anciens pays invités d’honneur, six d’entre eux sont devenus partenaires de la biennale : la Lituanie, Chypre, la Colombie, l’Inde, l’Italie et la Pologne. Tous ont un commissariat local qui sélectionne les artistes présentés, formant ainsi un réseau international et coopératif de graveurs. La Colombie se démarque en proposant une exposition sur le thème « le monde est un mouchoir ». Les mouchoirs, imprimés par les étudiants en art de Bogota en tirages uniques, flottent au-dessus de nos têtes dans une multiplicité de motifs, montrant la proximité que peut créer une pratique artistique entre les hommes et las pays.

La biennale de Sarcelles démontre que la gravure n’est pas un art resté figé dans le passé. Les gestes sont certes issus d’une longue tradition d’artisans et d’artistes, mais cet art qui engage le corps entier évolue en même temps que les mains des nouveaux artistes qui le reçoivent. La Biennale de Sarcelles nous montre l’universalité de la gravure au travers d’un beau panorama de la création mondiale.

Biennale internationale de la gravure de Sarcelles
Du 23 novembre au 8 décembre 2019
Entrée libre
Village de la Gravure – École d’art Janine Haddad
5 Route de Garges – 95200 Sarcelles

Visuels : 1 – affiche de l’exposition / 2 – Yozo Hamaguchi, Lemon quarter, 1976 © Droits réservés – Yamasa Corporation / 3- Gen Morimoto, Sluice hi 068 / 4 – Yozo Hamaguchi, Pomegranate, 1978 © Droits réservés – Yamasa Corporation / 5- Ohya Masaki, The days – Reflect

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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