Expos

Saâdane Afif, Jacques Charlier et quatre ethnographes imaginaires sont à suivre dans leurs jeux de langue et de forme à La Panacée.

Saâdane Afif, Jacques Charlier et quatre ethnographes imaginaires sont à suivre dans leurs jeux de langue et de forme à La Panacée.

30 octobre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 14 janvier 2018, la Centre d’Art Contemporain de Montpellier propose trois expositions très diverses mais qui interrogent toutes nos symboles et les langages.

[rating=4]

Fleuron de l’avant-garde française Saâdane Afif est venu donner une conférence à La Panacée au printemps dernier où il affirmait « Toutes les Œuvres sont des extraterrestres ». Pour cette exposition articulée autour de trois projets : la mise en perspective (et en action via des performances) du texte d’Afred Jarry (Donner la Réplique), Là-Bas, qui interroge l’ici et maintenant à travers des poèmes multilingues et « Héritages » qui interroge l’artisanat de l’être, il illustre ce propos. Non seulement en donnant à voir et à vivre des œuvres jamais complètes, toujours à vivre et à achever pour le visiteur, mais également des œuvres qui demeurent étrangères et qui résistent à l’absorption terrestre. Des installations qui mettent en place des objets aussi solides que des flyers, des panneau indicateurs ou des chaises pour mieux perdre et déranger celui qui entre dans cet univers. Chacun des trois projet déroute et où il faut viser juste pour entendre les performances autour du texte de Jarry.

En face, dans l’aile opposée du Musée, c’est un tout autre jeu que le plasticien belge Jacques Charlier demande au public de jouer. C’est par une « première peinture à l’huile » datant de 1955 (et réalisée en 2000) que cet artiste dada et rebelle commence sa propre rétrospective. Commence alors un jeu où il présente un travail de plus 50 ans sans se laisser institutionnaliser : Un banc de photo de ses vernissages joue la carte de l’auto-dérision et de la starisation à la fois. Des installation post-surréalistes aux titres à la Raymond Roussel rappellent l’héritage de Picabia, des œuvres monochromes entre sculpture et peinture semblent se moquer de l’art abstrait, quelques collages dadaïstes mettent l’univers en boite (« Les boites aux lettres vides me dépriment »), des dessins rappellent le côté belge et bdphiles de sa force et plusieurs séries de performances dont ils ne restent que des photos interrogent l’espace et sa mutation industrielle (« Zone absolue », « Service technique provincial »). Bref, vous l’aurez compris, Jacques Charlier est un touche-à-tout génial et inclassable, qui varie de technique et de support selon le message ou le phénomène qu’il interroge. Et il se paie même le luxe d’exposer des photos récentes ailleurs à Montpellier, à la galerie Aperto, en parallèle de cette rétrospective. La preuve par neuf que l’humour est le meilleur moyen de refuser de se laisser archiver.

Troisième et dernier volet de cette série hivernale d’expositions « Plurivers, quatre études d’ethnologie imaginaires », présente quatre artistes au media et aux univers très divers mais qui tente tous de recréer un monde : que ce soient les islandais graphiques de Charles Avery (coup de cœur), la civilisation Lhuros inventée par Norman Daly à travers les objets témoins de son existence, les détournements mémoriels des Heritage Studies de Irman Issa ou les œuvres design que le genevois Mai-Thu Perret prête à une civilisation féminine et mexicaine, la légende d’un peuple est à chaque fois réinventée pour mettre en exergue ce qui fait le propre de l’homme.

Vieux briscard incontournable, jeune flèche montante ou quatre artistes à découvrir quasiment en pépinière, les plasticiens exposés cette saison à La Panacée nous poussent tous à nous interroger sur les symboles établis. Un panorama vivifiant d’œuvre qui exercent leur inquiétante étrangeté comme une fenêtre d’analyse sur nos mondes.

visuels : visite de l’exposition (c) YH

Lady Gaga et Joe Biden font équipe pour «It’s On Us», une campagne de lutte contre les agressions sexuelles
Décès de Jacques Sauvageot, l’un des leaders de Mai 68
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *