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Rétrospective Martial Raysse au centre Pompidou : l’éternel insatisfait

Rétrospective Martial Raysse au centre Pompidou : l’éternel insatisfait

13 mai 2014 | PAR Géraldine Bretault

Vingt-cinq ans après la dernière rétrospective de Martial Raysse, le centre Pompidou lui ouvre à nouveau grand ses portes et dévoile ses dernières œuvres monumentales. Retour sur cinquante ans de création et sur une carrière riche en rebondissements.

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S’il y a une étiquette qu’on aurait du mal à coller à Raysse, c’est bien celle du conformisme. Quel que soit l’angle sous lequel on aborde cette vaste exposition, ainsi que les nombreuses références contemporaines et anciennes qu’on peut y déceler, force est de reconnaître l’originalité de l’artiste, jamais vraiment là où on l’attend, semblant nous répéter d’une salle à l’autre « et allez voir plus loin si j’y suis. »

Le hasard veut que Martial Raysse, autodidacte, ait fait ses premières armes dans la ville de Nice, à une époque où l’effervescence artistique internationale se décline localement sous la forme de l’Ecole de Nice, autour des figures d’Arman et de Ben. Mais voilà, quand les futurs Nouveaux Réalistes auscultent les rebuts de la société de consommation florissante, Raysse préfère acheter des objets clinquants et flambants neufs au Prisunic, « ce nouveau musée de l’art moderne ».

Étrange paradoxe chez cet homme qui refuse en bloc tout passéisme ou nostalgie, et qui pourtant n’aura de cesse de se confronter à l’histoire de l’art sous tous ses aspects, explorant les chefs-d’œuvre (Made in Japan) comme les grands genres (Tableaux horribles) ou les différents médiums (sculpture, peinture, collage, installation, cinéma et bientôt vidéo).

Vous avez dit Pop ? Lorsque les artistes du monde entier empruntent au même moment une voie commune pour explorer l’iconographie moderne issue de la publicité et des magazines, Raysse leur embraye leur pas avec une fraîcheur et un humour jamais démentis. Seulement ses pin-ups sont piquées de mouches comme autant de précieuses ridicules, et la popularité grandissante du mouvement l’agace bien vite : il est temps d’aller voir ailleurs.

Alors ce sera le minimalisme (à travers l’emploi de néons colorés), ou le cinéma, que Raysse explore de manière très originale à même la toile, inscrivant un Arman désopilant et gesticulant dans un tableau qui reprend le thème séculier de la Suzanne au bain.

Tandis que le Nouveau Réalisme s’épanouit en France, Raysse a déjà pris ses cliques et ses claques, vivant un temps le rêve américain d’abord à New York, puis à Los Angeles. Là, le cinéma expérimental semble prendre le pas sur sa production, mais c’est sans compter sur les événements de Mai 1968.

Rentré expressément en France, Raysse est déçu par la tournure que prennent les événements, qui n’aboutiront pas au Grand Soir espéré. C’est alors qu’il s’engage dans des modes de vie alternatifs, au beau milieu de communautés hippies. S’il y a un film à ne pas manquer dans l’exposition, c’est le long métrage Le Grand Départ, de 1972, véritable moment charnière de l’exposition comme de l’œuvre de Raysse : il retrace à la fois les pérégrinations psychédéliques d’une époque propice aux expérimentations en tout genre, que Rayse retranscrit à merveille en jouant avec le négatif en couleur, comme il porte en germe les toiles à venir, autour de sa galerie de personnages plus carnavalesques les uns que les autres. Un film homérique, où l’odyssée pourtant ne débouche que sur un paradis infernal.

Dès lors, Raysse refusera de jouer le jeu médiatique ou commercial. Les critiques ne comprennent pas son retour à la peinture ? Qu’à cela ne tienne, il se retire à la campagne et remet sa toile sur le chevalet pour revisiter l’histoire de la peinture, quasiment depuis le mythe de la caverne de Platon : au sortir de sa grotte à lui, c’est la lumière méditerranéenne qui l’éblouit, et de se bâtir alors un mythe personnel mêlant librement légendes populaires et héros des mythologies antiques.

Pour découvrir les grands cycles peints de la seconde moitié de sa carrière, la déambulation se fait délibérément sans filets : peu de cartels, et pas de notices dans le catalogue. Présent ce matin au vernissage presse de l’exposition, Raysse persistait à se dérober : « Toute ma vie est sur ces murs, je n’ai rien à ajouter » ; « Assez avec les années soixante, mes meilleures toiles se trouvent dans les dernières salles ». « Je me donne un mal fou pour ne pas refaire la même chose ». « Il faut aller de l’avant ».

« Assemblagiste », « composeur » seront les épiphètes récurrentes employées par la commissaire Catherine Grenier au sujet d’un personnage jamais à cours de provocation, d’ironie, d’irrévérence. Que l’on aime ou pas son style pictural, il finit par vous emporter par la puissance de l’imaginaire de son auteur, passé maître dans l’art des faux-semblants, trop occupé à dénoncer la vaste mascarade qui agite ses contemporains, mais non sans empathie ni chaleur.

Visuels : © Museum Ludwig, Cologne ; Centre Pompidou, adagp Paris 2014

Infos pratiques

Les Cygnes
Théâtre du Palais Royal
centrepompidou

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