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Rencontre avec Jean Cartier et Sylvain Pinta,  commissaires scientifiques de Trésors céramiques au MUDO-Musée de l’Oise

Rencontre avec Jean Cartier et Sylvain Pinta, commissaires scientifiques de Trésors céramiques au MUDO-Musée de l’Oise

01 octobre 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

A l’occasion de l’exposition Trésors céramiques de l’Oise qui se tient au MUDO-Musée de l’Oise jusqu’au 15 mars 2019, Toute La Culture a rencontré Jean Cartier, Président du Groupe de recherches et d’études de la céramique du Beauvaisis et Sylvain Pinta, responsable des collections céramiques au MUDO-Musée de l’Oise, tous les deux commissaires scientifiques de l’événement.

Est-ce la terre de l’Oise qui en a fait historiquement un des hauts lieux de la céramique ?
Les argiles de la Boutonnière du pays de Bray sont reconnues pour leur variété mais surtout pour leurs grandes qualités plastiques. Au XIVe siècle, cette terre cuite à haute température (plus de 1250 °C) se vitrifie naturellement sans ajout d’éléments fusibles : le grès apparaît alors dans le Beauvaisis. Cette découverte s’est faite parallèlement à celle des potiers rhénans de Siegburg. Au XVIe siècle Bernard de Palissy célèbre les qualités des terres de Beauvais. Au XIXe  siècle, c’est toujours pour ces qualités que le peintre Jules Ziegler s’installe à Voisinlieu, dans un faubourg de Beauvais, pour introduire en France le grès salé.

De quand date et comment a débuté la collection céramique au MUDO?
La collection de céramique se constitue dès la création du musée en 1843 par la Société Académique de l’Oise. C’est une des rares collections à avoir été sauvée lors de la destruction du musée pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle s’est étoffée tout au long des XIXe et XXe siècles au gré de dons, de legs ou d’achats notamment par les legs de Gaston Mourgues de Carrère, de Jeanne Delaherche, par les dons de la famille Gréber et de Pierre Pissareff, par les découvertes archéologiques réalisées notamment par le Groupe de recherches et d’études de la céramique du Beauvaisis depuis la Seconde Guerre mondiale ou la constitution d’une collection de céramique architecturale.

Pouvez-vous nous parler d’Auguste Delaherche?
Après des études à l’Ecole nationale des arts décoratifs à Paris, Auguste Delaherche s’adonne à la céramique dès 1883 dans l’atelier de Ludovic Pilleux, à l’Italienne (Goincourt), près de Beauvais. Alors qu’il est dessinateur et chef de service depuis un an dans les ateliers de galvanoplastie de Christofle, Auguste Delaherche rencontre le céramiste, Ernest Chaplet, dont il reprend l’atelier situé rue Blomet à Paris. La même année, il rencontre un vif succès à l’exposition de l’Union centrale des Arts décoratif où il reçoit une médaille d’or, confirmé lors de l’Exposition universelle de 1889 à Paris. Il figure parmi les premiers céramistes occidentaux à percer le secret du rouge sang de bœuf. Dès 1894, il établit dans l’Oise son nouvel atelier à Armentières (Lachapelle-aux-Pots) et abandonne rapidement le motif végétal ou animalier pour se consacrer aux émaux qui constituent alors le décor de ses céramiques. Après la Grande Guerre, l’artiste va créer notamment de merveilleuses porcelaines gravées ou ajourées inspirées de son jardin, et de 1923 à 1927, son chef d’œuvre, La Cheminée aux Paons, aujourd’hui conservée dans les collections du MUDO-Musée de l’Oise sera visible en 2020.

Quels sont les grands noms de la céramique du 20e siècle ?
Avec Auguste Delaherche, la dynastie Gréber dont Charles, Pierre et Françoise restent dans le cœur des Beauvaisiens. André Bouché et Pierre Pissareff ont également marqué le XXe siècle, en véritables gardiens de la mémoire céramique, entre les souvenirs des ateliers brayons du XIXe siècle et la nouvelle génération de potiers arrivée à la fin des années 1960 avec Jean-Michel Savary, Jean-Luc Nigon ou Jean-Luc Noël.

A l’heure actuelle le MUDO continue-t-il à développer ses collections de céramiques ? Faites-vous appel à des artistes contemporains ?
L’Oise, terre de céramique, est particulièrement sensible à ce médium artistique. Ce samedi 22 septembre 2018, le musée de l’Oise a ainsi pu compléter ses collections par l’acquisition lors d’une vente publique à l’Hôtel des Ventes de Vernon de trois céramiques créées par Auguste Delaherche à ses tout débuts, en 1883, à l’Italienne (Goincourt). Ces dernières années, de rares céramiques du Beauvaisis des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles ont complété les collections dont certaines sont comparables à des pièces entrées dans les collections dès 1843.

L’entrée est gratuite. Quelles sont les autres politiques mises en place pour encourager la venue de publics nombreux ? Quelles sont les actions de médiation et quelles sont les politiques menées auprès des jeunes ?
Le service des publics propose de nombreux rendez-vous gratuits pour découvrir l’exposition, visites guidées, rendez-vous du midi, conférences en complément des visites et ateliers pour les groupes scolaires. En novembre, un nouvel atelier, pour adultes cette fois-ci, est organisé pour créer des objets avec de l’argile en s’inspirant des œuvres de Trésors céramiques. Pour la première fois également, nous avons installé dans le parcours céramique, une vitrine d’objets céramiques et contemporains spécialement pour le jeune public. Vous la remarquez facilement car elle est à hauteur d’enfant. C’est un support pédagogique pour l’équipe de médiation, les enseignants comme pour le public familial.

Avez-vous des partenariats avec d’autres musées, notamment en région parisienne? Le MUDO est-il sollicité pour des prêts d’œuvres ?
L’année dernière, le MUDO s’est associé au Musée Condé de Chantilly, au Musée d’Amiens, au Palais de Compiègne et au Quadrilatère de Beauvais pour la grande rétrospective Heures italiennes portée par l’association des conservateurs des musées des Hauts-de-France.
Les peintures de Maurice Denis, Camille Corot et Tamara de Lempicka sont depuis dix ans des ambassadeurs du musée dans de nombreuses expositions. Cette année, une cheminée en grès d’Emile Muller, Les Flammes, a ainsi été prêtée au Musée d’Orsay pour l’exposition En couleurs, la sculpture polychrome en France 1850-1910 qui vient de se terminer. Plus récemment, le MUDO-Musée de l’Oise a été contacté pour prêter douze tableaux du peintre Antonio de La Gandara au musée Lambinet de Versailles pour son exposition Antonio de la Gandara, gentilhomme peintre de la Belle Epoque du 3 novembre 2018 au 21 février 2019.

Visuel :©Carole MICHEL /MUDO-Musée de l’Oise.

Informations pratiques

MUDO – Musée de l’Oise
1 rue du Musée
60000 Beauvais
Tel : 03 44 10 40 50

ENTRÉE GRATUITE
Ouvert de 11h à 18h, fermé le mardi et certains jours fériés

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

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