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Les racines poussent aussi dans le béton : un panorama Kader Attia au MAC/VAL

Les racines poussent aussi dans le béton : un panorama Kader Attia au MAC/VAL

25 mai 2018 | PAR Yaël Hirsch

Alors que son exposition avec Jean-Jacques Lebel L’Un et l’Autre se termine au Palais de Tokyo, le lauréat du Prix Marcel Duchamp 2016 se laisse (re)découvrir tout l’été dans une exposition assez complète sur ses obsessions au MAC/VAL. Incontournable.
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C’est encadré par la figure de Gabin que l’exposition Kader Attia s’ouvre. Figure tutélaire s’il en est, et en même temps passé d’ouvrier à bourgeois en 20 ans de carrière. A grand renforts de collages, de plongée dans l’œuvre de Corbusier et dans sa vie, Attia parvient à démontrer combien l’architecture algérienne a eu un impact sur le modernisme français et européen. Avec humour et tendresse, il ponctue sa démonstration par une installation en semoule ou des formes géométriques font apparaître un plan au sol dans un cercle qui paraît être du sable. La salle suivante contient l’installation qui donne son titre poétique à toute l’exposition Les racines poussent aussi dans le béton et plante pour le visiteur une forêt de structures mises à nues d’architectures en béton. Une petite traversée et c’est le voyage en orient sans quitter Vitry, avec l’odeur du clou de girofle qui nous secoue comme une madeleine dans un grande salle bordée d’un mur de pains ronds, au centre de laquelle trône un sac plastique orange et qui offre ses mignardises d’orient en sculpture, comme autant de souvenirs d’une enfance nourrie d’amour et de souvenirs. Encore un film, un parcours en zigzag où l’on retombe en miroir sur des chaussures reflétées dans une glace et sur des photos de femmes et l’on peut se plonger dans le fameux film sur le « Membre fantôme », celui-là même qui a valu à Kader Attia le Prix Marcel Duchamp et qui est si profond, important et puissant sur le règne de la Mémoire.

En terminant sur une grande installation de grillages traversant une pièce où des performances peuvent avoir lieu, l’on mesure la cohérence de l’artiste, en même temps que sa capacité à investir tous les médias comme terrain de réflexion. Le fondateur de la Colonie, bar et lieu de vie du Xe arrondissement de Paris, poursuit en effet avec brio et sur tous les fronts son enquête sur la culture européenne coupable d’avoir colonisé et fait voler en éclat d’autres cultures. Mais tout en pointant les crimes, les blessures et les fantômes, il ne renonce jamais à trouver de la vie et de la chair pour réparer, reconstruire.

L’œuvre de Kader Attia est importante et même cruciale pour notre civilisation en plein malaise. C’est une excellente nouvelle que les institutions la reconnaissent, la donnent à voir et à interroger. Elle est exposée sous un grand nombre d’angles avec pas mal de pistes d’explications au MAC/VAL. L’occasion indispensable d’aller visiter ce Musée étonnant, immense et pointu.
Visuels : photos de l’exposition ©YH

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