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Peindre les Jeux, peindre les métropoles, peindre sa vision du monde

Peindre les Jeux, peindre les métropoles, peindre sa vision du monde

17 septembre 2019 | PAR Jules Bois

Du 18 septembre au 14 décembre, la Maison de la culture du Japon à Paris expose les œuvres de trois artistes, Oscar Oiwa à l’honneur, avec Makiko Tanaka et Camille Fontaine dans une exposition intitulée Rio, Tokyo, Paris – des villes, des Jeux.

Lorsque l’on entre dans l’espace d’exposition épuré où le blanc domine, ce qui interpelle d’abord c’est la fresque monumentale de l’artiste brésilien d’origine japonaise, Oscar Oiwa. Pièce maîtresse de l’exposition, cette œuvre est composée de trois dessins, dont chaque panneau s’emploie, sur plus de cinq mètres de longueur et trois de hauteur, à présenter une ville olympique ; Rio, Tokyo, Paris. En plus, se trouvent en face de cette fresque, des huiles sur toiles, toujours signées Oscar Oiwa, de dimensions plus modestes, présentant des détails plus intimes de ces métropoles, toujours dans l’univers sportif et citadin. À côté, sont exposées les œuvres de Makiko Tanaka, des aquarelles dont la légèreté et les superbes couleurs composent un univers chaud et onirique dont l’œil a du mal à se détacher. Viennent clore l’exposition les peintures à huile sur toile de Camille Fontaine, qui s’est concentrée sur les espaces sportifs, représentant d’une manière très épurée, les immenses armatures des stades, ou le calme absolu d’un terrain vide.

À la question, « pourquoi avoir choisi les Jeux Olympiques comme thème de l’exposition ? », la réponse reste floue. Pourtant, les artistes ont été choisis en fonction de ce sujet. Leurs œuvres ont d’ailleurs été spécialement commandées pour l’exposition. Outre le talent des artistes, le choix de ceux-ci a été principalement décidé par leur relation personnelle avec au moins l’une des trois villes citées. Les artistes se sont donc exprimés chacun différemment, et en résulte des œuvres qui méritent le détour, mais dont la cohérence de l’ensemble laisse perplexe.

Par exemple, prenons la fresque d’Oiwa. Chacune des trois parties est composée de la même manière. Une partie droite présentant l’idylle de chacune des villes ; la plage de Copacabana au Brésil, un jardin Zen au Japon, et l’île de la Cité à Paris. À gauche, la ville brute, avec ses réalités politiques, son urbanisme, ses symboles. Les favelas de Rio et ses guerres entre narcotrafiquants et forces de l’ordre, le quartier de Shibuya, vitrine des JO de Tokyo de 2020, où les politiques d’exclusion des sans-abris en prévision de l’arrivée des touristes et de l’installation d’infrastructures olympiques sont de mises, et Paris, représentée par son histoire révolutionnaire et contestataire. Pour marquer la frontière entre image d’Épinal et réalités sociales, Zeus, dieu célébré à l’origine lors des jeux olympiques, grimé des atours végétaux propres à chacune des villes. Les deux plans coexistent, mais sont séparés d’une frontière puissante faite d’imaginaire, de culture et de mythologie. La pertinence de la représentation des contradictions de ces métropoles marque.

L’on pourrait s’attendre à retrouver ces sujets abordés dans les œuvres de Makiko Tanaka et de Camille Fontaine, évidemment déclinés, changés, pétris de l’individualité de chacune des artistes. Mais il n’en est rien. Les sujets ne sont pas du tout les mêmes. Cela n’est dommageable qu’à la cohérence de l’exposition bien sûr. Les aquarelles représentant le sport, son histoire et ses disciplines, de Makiko Tanaka restent en elles mêmes magnifiques. Et l’imposante matérialité des infrastructures sportives transparaît parfaitement dans les peintures à l’huile sur toile de Camille Fontaine, qui sort de sa zone de confort. Une grande partie de son travail s’attelant à représenter le monde d’une manière très organique. Mais les liants entre les artistes que sont les métropoles et les Jeux olympiques apparaissent presque artificiel tant leurs manières d’aborder le sujet diffère.

À moins que cette exposition soit une occasion de s’exprimer de manière particulière et différente sur le sujet des Jeux Olympiques, « une fête dans laquelle d’intrépides artistes contemporains, à l’instar d’athlètes face à leurs épreuves, se défient sur un même thème et perfectionnent leur mode d’expression pour questionner le monde » ( mots de Madame Aomi Okabe, commissaire artistique de l’exposition ). Mais alors la fête ne comprend pas que des réjouissances.

Dates : du 18 septembre au 14 décembre 2019
Lieu : Maison de la culture du Japon à Paris, 101 bis, quai Branly 75015 Paris
Plus d’informations sur l’exposition : https://www.mcjp.fr/fr/agenda/oscar-oiwa

Visuels :
© Zeus, dieu de l’Olympe (Tokyo),dessin au feutre et au fusain sur papier,triptyque, 300 x 670 cm
© Boxe, 2019, huile sur toile, 45,5 x 61 cm
© Le toit vers le ciel –Arena 92,2019, huile sur toile, 40 x 50 cm, photo : Kyoko Kasuya
© Une équipe charmante, 2019, aquarelle sur papier, 25 x 21,5 cm

 

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