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Parlons d’amour à Clermont-Ferrand

Parlons d’amour à Clermont-Ferrand

12 novembre 2020 | PAR Laetitia Larralde

Cet hiver, le Festival International des Textiles Extra ordinaires se poursuit à Clermont-Ferrand sur la thématique Love etc. autour de deux grandes expositions au musée Bargoin et au MARQ. Une réflexion ouverte sur un sentiment à la fois simple et multiple.

L’histoire d’amour dramatique de Joël Andrianomearisoa

We were so very much in love est le récit d’un amour, vu depuis sa fin. Les différentes œuvres disséminées dans le musée proposent de remonter le cours du temps de cet amour, de le regarder avant, pendant et après son existence, et de réfléchir à son rapport à la temporalité. On oscille entre la nostalgie de ce qu’on a perdu et l’espoir d’un futur plein de promesses. Le projet initial immersif, abandonné à cause des mesures sanitaires liées au Covid, est l’une de ces ruptures dont nous parle l’exposition. L’artiste, plutôt que d’adapter son œuvre, a préféré en créer une autre entièrement qui parle de regrets mais aussi de la résilience qui permet de reprendre sa vie.

Ses tableaux textiles expriment à la fois le deuil et l’équilibre nécessaire entre des forces opposées, dans un rapport intime au corps. L’artiste évoque la douleur, les larmes et le souvenir, pour terminer sur une note contemplative et apaisée avec sa série de dessins de paysages de la Creuse rythmés par une bande-son de bruits urbains nocturnes. Une fois l’amour parti, reconnectés avec son environnement, il nous restera toujours des souvenirs des temps passés, que Joël Andrianomearisoa nous propose de nous procurer dans sa boutique pleine d’humour de Sentimental products.

De sa formation d’architecte, Joël Andrianomearisoa a gardé une appréhension de l’espace particulière. Il crée un parcours dans le musée Roger-Quilliot qui nous entraîne à la découverte des différentes étapes du récit qu’il a composé comme un opéra, et ainsi fait participer le spectateur à l’œuvre. Mais il ne se limite pas aux salles des expositions temporaires : il rouvre la porte principale de l’ancienne chapelle des Ursulines sur la cour et joue avec les circulations du MARQ, s’infiltre dans les collections permanentes et affiche le titre en lettres de néon sur la façade, comme la lumière d’un phare. Ce néon crée une ouverture sur la ville, et tandis que quelques-uns de ses « linceuls » infiltrent le musée Bargoin, il occupera l’espace public avec des dessins inédits en novembre, pour ce qui aurait dû être la Nuit des musées.

L’amour sous toutes ses formes

Au musée Bargoin se tient la deuxième grande exposition de cette cinquième édition du Festival International des Textiles Extra ordinaires. Car le festival ne dure pas qu’une petite semaine en septembre : il est la concrétisation d’actions de sensibilisation autour du textile durant toute l’année, et sera ensuite exporté au Sénégal en 2021, pays partenaire après le Vietnam, les Philippines, le Mexique et la Roumanie.

C’est donc le thème « love etc. » qui dirige le FITE cette année et que l’on retrouve dans l’exposition éponyme du musée Bargoin. Chaque artiste a été invité à présenter une pièce qui selon lui répond à cette thématique, voulue au sens le plus large, à la fois individuel et collectif. Avec un mélange de pièces patrimoniales et contemporaines, l’exposition aborde des questions aussi variées que la place de la femme, l’amour universel, le lien à la nature, la famille, la sexualité ou encore l’amour des idées.

Le parcours de l’exposition est ponctué de bornes où l’on peut écouter les artistes expliquer leurs œuvres et leur conception de l’amour qu’elles transmettent, remettant ainsi la parole en avant, tel un cercle d’histoires autour d’un feu. Le textile est lui aussi un vecteur de communication important. A la croisée de l’art, de l’artisanat et du design, il est le fruit de la transmission d’un savoir-faire et porte en lui des marqueurs culturels, sociaux, ou même idéologiques.

Les textiles de l’exposition présentent un panorama large de l’amour pour des artistes venant des cinq continents. Dans une ambiance feutrée, on déambule donc entre toutes ces idées de l’amour, sentiment et lien entre les personnes, les choses, la nature ou les concepts, au plus près de l’intimité des créateurs. Ici Carolle Bénitah explore l’ambivalence du lien familial avec ses Photos souvenirs augmentées par la broderie, là les tissus « romantiques révolutionnaires » parlent de l’amour de la patrie du temps de Mao, plus loin Stéphanie Wamytan se réapproprie les robes imposées par les missionnaires aux femmes kanak en les couvrant de motifs liés à la sexualité.

Les matières sont très variées, des fibres végétales de Marinette Cueco aux cannettes et autres déchets recyclés de Prince Toffa, et le traitement de ce fil originel l’est tout autant. Broder, tisser, teindre, nouer, les façons de faire parler les tissus sont aussi nombreuses que les conceptions de l’amour. Ne serait-ce pas au final un fil tendu entre deux, ou plus, existences, comme ce fil de nos vies que déroulent les Parques ? Réponse cet hiver à Clermont-Ferrand.

We were so very much in love – Joël Andrianomearisoa
Du 15 octobre 2020 au 21 février 2021
Musée d’art Roger-Quilliot – Clermont Ferrand
Love etc.
Du 17 septembre 2020 au 28 mars 2021
Musée Bargoin – Clermont Ferrand

Visuels : 1- affiche du FITE / 2- JOËL ANDRIANOMEARISOA, PROMISE ME, 18 DESSINS AU FUSAIN SUR PAPIER BISTRE, 2020 / 3- JOËL ANDRIANOMEARISOA, WE WERE SO VERY MUCH IN LOVE, TEXTILE, 2020 / 4- JOËL ANDRIANOMEARISOA, WE WERE SO VERY MUCH IN LOVE, NÉON, 2020 / 5- JOËL ANDRIANOMEARISOA, VESTIGES, TEXTILE, 2020
IMAGES : JUAN CRUZ IBAÑEZ – COURTESY : JOËL ANDRIANOMEARISOA, SABRINA AMRANI

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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