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« Paris romantique, 1815-1848 », la plus séduisante des expositions sur la plus séduisante époque de l’histoire de Paris.

« Paris romantique, 1815-1848 », la plus séduisante des expositions sur la plus séduisante époque de l’histoire de Paris.

08 août 2019 | PAR Raphaël de Gubernatis

Riche en découvertes, superbement mise en scène, l’exposition se présente comme la plus vivante, la plus divertissante des leçons d’Histoire 1815-1848. De la seconde abdication du premier empereur des Français à celle du premier et dernier roi des Français, ce sont les dates choisies par les commissaires de « Paris romantique » pour circonscrire leur exposition sur le Romantisme à Paris, laquelle occupe le Petit Palais.

Des dates bien sûr arbitraires : à Paris, le Romantisme n’est pas né du jour au lendemain en 1815, et il ne s’est pas davantage éteint brusquement en 1848. Après l’Allemagne, ses premiers frémissements en France avaient été perçus dès le règne de Louis XVI, sinon celui de Louis XV, et il allait perdurer, particulièrement dans les domaines musical ou chorégraphique, jusqu’aux premiers temps du XXe siècle. Mais des dates parfaitement justes aussi, car Paris, de la Restauration des Bourbons de la branche aînée à la chute de la Monarchie de Juillet des Bourbons d’Orléans, aura connu une période d’effervescence artistique à nulle autre pareille dans son histoire.

La capitale de l’Europe

Capitale d’une nation vaincue par les forces coalisées de l’Europe, Paris allait triompher tout de même en devenant la capitale artistique et mondaine de toute l’Europe. Non seulement les grands auteurs français y fleurirent à foison, mais les artistes de tout le continent y affluèrent. Aux yeux du monde, la consécration ne pouvait venir que des Parisiens, même si ces derniers se trompèrent parfois bien lourdement dans leurs choix. Mais l’esprit, l’élégance et les mondanités ne savaient être que de Paris. Et ce n’est pas à Vienne, à Berlin, à Madrid, à Naples, à Varsovie ou à Saint-Pétersbourg, ni même à Londres, qu’il fallait songer les trouver avec la même profusion. Les Parisiens étaient-ils conscients de vivre une époque aussi extraordinaire ? Romanciers et poètes, auteurs de théâtre, compositeurs, maîtres de ballet, peintres, sculpteurs, mais aussi acteurs, danseuses, cantatrices…le nombre des artistes de l’époque romantique établis à Paris et demeurés célèbres jusqu’à aujourd’hui donne le vertige. Chateaubriand, Lamartine, Balzac, Musset, Hugo, Vigny, Dumas, Gautier, Nerval, Stendhal, Mérimée, Mickiewicz, Norwid…. Berlioz, Chopin, Liszt, Vieuxtemps, Thalberg, Rossini, Donizetti, Bellini… Girodet, Géricault, Delacroix, Scheffer, Devéria, Lami, Boilly, Delaroche, Dubufe… Rude, Préault, Barye ou David d’Angers…Taglioni, Grisi, Elssler, Malibran, Viardot, Talma, Mars, George, Dorval, Rachel : la liste des talents, on en omet des dizaines, et des réputations universelles du Romantisme est infinie, et Paris était le réceptacle de ce maelström artistique.

Les grands exilés

Cette vie sociale, mondaine, culturelle, constamment entremêlée de politique, entrecoupée de révolutions, d’émeutes, d’attentats, de changements de régimes, (empire, royautés, république), et où Paris accueille de surcroît de grands exilés venus de Pologne, de Hongrie, d’Italie, d‘Espagne, de Russie, d’Allemagne, de Grèce… cette vie fait donc de la capitale française le phare de la vie européenne, c’est à dire du monde de l’époque. C’est cette fabuleuse épopée qu’abrite le Petit Palais et l’exposition est un enchantement. Pour ceux qui connaîtraient mal cette période essentielle dans l’Histoire et l’histoire des arts, ce sera assurément la plus plaisante des initiations. Pour ceux qui connaissent bien le Romantisme et l’Histoire de la France dans cette période incroyablement riche en péripéties, c’est un parcours jubilatoire. L’art de mettre en scène les expositions est souvent à Paris porté à l’excellence, sinon, parfois, à la perfection. Ici, le parcours n’est que surprises et découvertes heureuses. Et même si l’on connaît pratiquement tout de ce qui est exposé, on a l’immense chance de tout découvrir « en vrai » dans des cadres plein d’imagination. Portraits innombrables, tableaux, sculptures, documents, mobilier, un des pianos de Chopin, la partition originale de la « Symphonie fantastique », vêtements, accessoires de mode, bibelots, vaisselle, objets divers, évocation particulièrement réussie des boutiques de luxe établies au Palais Royal, de la vie élégante sur les grands boulevards ou dans les théâtres, reconstitution du Salon qui se tenait au Louvre, dans l’esprit de l’époque, tout est sujet d’émerveillement ou, au pire, de curiosité.

Des Tuileries aux Grands Boulevards

L’exposition se décline par thèmes. Et la première salle évoque le palais des Tuileries, devenu le centre du pouvoir depuis le retour forcé du roi Louis XVI à Paris et l’abandon de Versailles. Napoléon 1er, Louis XVIII, Charles X, Louis Philippe 1er, tous y ont séjourné, régime après régime, avant que Napoléon III s’y installe à son tour et que la Commune ne le détruise. Et l’on découvre deux évocations particulières : celle de Marie-Caroline de Bourbon-Deux-Siciles, devenue duchesse de Berry, la seule figure sympathique de la branche ainée de la Maison de Bourbon, comme celle de sa cousine germaine, la princesse Marie d’Orléans, sculptrice autant que fille de roi, et sœur d’une tribu de princes, Orléans, Nemours, Aumale, Joinville, Montpensier, Louise, reine des Belges, Clémentine, princesse de Saxe-Cobourg-Gotha, qui furent les étoiles de leur époque. De là, on passe au Palais Royal, centre de la vie publique, avant que celle-ci ne glisse vers les Grands Boulevards, puis au Salon qui chaque année, dans le Salon carré du Louvre, présentait l’essentiel de la production artistique du temps, malgré des critères parfois désastreux. Vient une évocation de Notre Dame de Paris, remise à l’honneur par le roman de Victor Hugo, ainsi que du style gothique-troubadour qui se répand jusque dans les appartements des princesses aux Tuileries. La vie politique apparaît en force avec les espaces consacrés au Paris des révolutions, à celui des émeutes et des attentats, de la chute de cet imbécile couronné qu’était Charles X en 1830, à celle de son cousin Louis-Philippe 1er en 1848. On flâne enfin au Quartier latin, dans le quartier tout neuf de la Nouvelle Athènes où vécut une foule d’artistes de tous bords, sur la Chaussée d’Antin où se réunirent les grands bénéficiaires de la Monarchie de Juillet, sur les Grands Boulevards dont on ne peut plus aujourd’hui s’imaginer la magnificence et l’animation d’alors, avec leurs théâtres innombrables, leurs glaciers, leurs cafés et restaurants, et qui finissaient en beauté avec le Boulevard du Crime.

Documents d’époque et catalogue

Comme en hors d’œuvre, des vitrines présentent tout d’abord un foisonnement de livres édités dans la première moitié du XIXe siècle, mais aussi des écrits sur la vie parisienne et ceux qui l’illustraient, humbles ou illustres. Rédigés avec esprit, autant par des étrangers que par des Français, ils évoquent avec une élégance et un humour exquis un Paris qui avait sans doute un charme aujourd’hui anéanti. Enfin, un catalogue superbe, accompagné d’une iconographie fastueuse, a été édité à l’occasion d’une exposition qui fera date. Tout autant que les salles d’exposition, les divers articles découvrent les aspects les plus divers du Paris romantique. La plupart sont remarquables. Dommage qu’ici et là s’y glissent quelques (rares) erreurs historiques qui laissent cependant rêveur quand ces textes ont été rédigés par des érudits (« Paris romantique, 1815-1848 », 512 pages, 430 illustrations. Editions Paris Musées, 49 euros 90).

Raphaël de Gubernatis

Au cœur de la Nouvelle Athènes, dans la jolie demeure du peintre Ary Scheffer, au Musée de la Vie romantique, l’exposition « Paris romantique » se poursuit dans un tout autre registre. Dans un cadre créé pour l’essentiel sous Louis-Philippe 1er, elle offre une évocation des salons littéraires de la Restauration et de la Monarchie de Juillet. (Musée de la Vie romantique, 16, rue Chaptal, Paris IXe)

Enfin, la superbe exposition de dessins venus du Musée de Weimar et composée d’œuvres collectionnées par les grands-ducs de Saxe-Weimar-Eisenach, offre des merveilles d’Adrian Zingg, de Caspar David Friedrich, Philipp Otto Runge, Franz Josef Kobell, Johann Heinrich Füssli, Johann Heinrich Tischbein, Johann Christian Reinhardt, Moritz von Schwind, Julius Schnorr von Carosfeld…Un prélude fascinant à l’exposition sur le romantisme en France (Superbe catalogue édité par Paris Musées, 252 pages, 141 illustrations, 39 euros 90)

Paris romantique, 1815-1848 – jusqu’au 15 septembre 2019 au Petit Palais

Visuel : © Eugène Lami, Scène de Carnaval place de la Concorde, 1834

Infos pratiques

Les Etoiles
Galerie Argentic
Christophe Dard
Diplômé d'un Master d'histoire contemporaine et d'une école de radio, Christophe est journaliste, passé notamment par Europe 1. Il travaille depuis 2013 pour Toute la Culture. Compte Instagram : https://www.instagram.com/christophe_dard/?hl=fr

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