Expos

Paris Photo 2018 : les coups de cœur de la rédaction

Paris Photo 2018 : les coups de cœur de la rédaction

13 novembre 2018 | PAR David Hanau

Alors que le ciel s’assombrit, et que les premiers frimas apparaissent, les parisiens savent que le temps est venu d’aller chercher la lumière photographique sous la nef du Grand Palais. Paris Photo, la plus grande foire internationale de la photo, était fidèle au rendez-vous pour sa 21e édition, que  68 876 visiteurs ont découvert jusqu’au 11 novembre. Retour sur nos coups de cœur.

Cette nouvelle édition de Paris Photo était résolument placée sous le signe du renouvellement : nouvelles galeries (25 % des 168 galeries présentes n’avaient jamais exposé), apparition de scènes émergentes (Afrique et Amérique Latine), nouveaux parcours (parcours sonore, parcours autour de la photographie féminine, parcours érotique).

C’est donc avec grand intérêt que nous sommes allés découvrir Curiosa, le tout nouvel espace consacré à la Photographie érotique. Sous l’œil de Martha Kirszenbaum, commissaire indépendante qui aura également la charge du pavillon français à la Biennale de Venise en 2019, 13 galeries exposantes livrent une sélection d’œuvres qui interrogent notre regard sur le corps fantasmé et les questions de genre. Nous avons particulièrement aimé le wall d’errances d’Antoine d’Agata proposé par la galerie des Filles du Calvaire (Paris), et les lolitas pas du tout innocentes de l’artiste Natalia LL représentée par la galerie LOKAL_30 (Varsovie). Immanquable également, la confrontation toujours captivante des photographes Kenji Ishiguro et Daido Moryama emmenée par la galerie Akio Nagasawa (Tokyo).

C’est dans ce même espace que vous pouviez expérimenter les Photographies Sonores réalisées en collaboration avec Radio Nova, un audioguide proposant une exploration de certaines œuvres de Curiosa.

L’espace Prismes, dans le Salon d’Honneur du Grand Palais ravissaient les amoureux des grands formats. On se laissait porter par les montages d’Ilit Azoulay de la Braverman Gallery (Tel Aviv). On se laissait aussi surprendre par les quasi-peintures photographiques d’Ellen Carey (Jayne H Baum Gallery, New York.

Le renouvellement à Paris Photo 2018, c’est aussi le renouvellement de genres qui étaient largement en perte de vitesse, à commencer par le paysage, omniprésent cette année.

On a particulièrement aimé les paysages impressionnistes d’Eeva Karhu  chez Talk Persons (Berlin), qui capture des saisons entières à partie de photographies journalières. On se laissait volontiers inquiéter et intriguer par les natures dénaturées de Richard Mosse qui fait un solo show à la galerie Carlier Gebauer (Berlin). On se laissait porter par les paysages fantasmés de Jorma Puranen proposés par Purdy Hicks Gallery (Londres). Et on pouvait difficilement échapper aux grandes mises en scènes mythiques de Miwa Yanagi à la galerie Loock (Berlin).

Cette préoccupation environnementaliste etait également amplifiée par des approches résolument florales. On retrouvait bien sûr les faux herbiers d’Adam Fuss à la Fraenkel Gallery (San Francisco) et à la Pace/MacGill Gallery (New York). Mais on découvrait avec grand plaisir les sublimes compositions florales de Marie-Jo Lafontaine, pièces uniques, chez Caroline Smulders (Paris).

Autre genre qui tente de se réinventer sous de multiples formes, le portrait.

Chez Company (New York), Barbara Hammer nous livrait un solo show à fleur de peau. Tandis que le très cinématographique solo show d’Erwin Olaf chez Magda Danysz (Paris) faisait le portrait de femmes asiatiques fascinantes, qui évoquent immanquablement l’univers de Wong Kar Wai.

William Wegman, qu’on ne présente plus depuis son expo à Arles, continue de nous interroger sur notre humanité avec son chien modèle à découvrir en solo show chez Huxley-Parlour (Londres) ou chez Marc Selwyn (New York).

Les visages anonymisés par Andrea Torres Balaguer à la galerie In Camera (Paris) nous laissaient à penser sur les identités véhiculées par nos attitudes, sincères, ou mises en scène.

La galerie Project 2.0 (La Haye) proposait quant à elle une confrontation entre les portraits-hommages à la peinture flamande de Daniëlle Van Zadelhoff et les magnifiques portraits de sadhu réalisés par Denis Rouvre.

On se laissait également amuser par les non-portraits textuels d’Ethan Levitas à la galerie Jean-Kenta Gauthier (Paris).

La photographie de mode est un peu moins présente cette année. Mais on ne pouvait que s’arrêter pour contempler les magnifiques mouvements capturés par Paolo Roversi à la galerie Camera Obscura (Paris). Et on se laissait facilement séduire par les abstractions mise en scène par Erik Madigan Hecdans dans son solo show chez Christophe Guye (Zurich).

Scène émergente avec 4 galeries présentes, l’Afrique nous offrait de belles découvertes. Nous avons particulièrement apprécié la démarche de la galerie Cécile Fakhoury (Abidjan & Dakar) intitulée La cour, une archéologie entre monde, confrontation entre les photographies de François-Xavier Gbré et celles de Yo-Yo Gonthier.

Pour continuer d’embarquer vers des ailleurs, on pouvait se laisser emmener dans un voyage vers un Moyen Orient éternel, encapsulé dans les grands formats de la grande Lynn Davis chez Karsten Greve (Paris).

Agnès B nous emmènait pour sa part en Russie cette année, une collision entre la Russie contemporaine et kaléidoscopique de Dmitry Markov, et la Russie perestroisée photographiée par Harry Gruyaert en 1989.

Le parcours Elles x Paris Photo, vous permettait de mieux appréhender la photographie féminine d’aujourd’hui. Mais la seule œuvre à faire explicitement référence au mouvement #metoo etait celle Victoria Binschtok à la galerie Klemm’s (Berlin).

Quelques grands noms étaient bien sûr présents et s’amusaient à nous surprendre, à commencer par David Hockney avec ses nouvelles mises en scènes photographiques, capturées dans des espaces d’expositions fictionnels à découvrir à la galerie Lelong & Co (Paris & New York) ou à Pace/MacGill Gallery (New York). Les inédits de Richard Avedon chez Gagosian en hommage à Andy Warhol sont également d’émouvants documents.

Signalons enfin la réédition des 24h dans la vie d’une femme ordinaire de Michel Journiac à l’initiative de la galerie Christophe Gaillard (Paris), présentée de manière très convaincante sur l’ensemble du stand.

La 23e édition de Paris Photo aura lieu du 7 au 10 novembre 2019 au Grand Palais. La foire se tiendra au Grand Palais jusquen 2020 inclus.

Par David Hanau

Visuel : ©DH

Shell Schock, A requiem of war à la Philharmonie
Playlist partenaire – Festival Entrevues Belfort 2018
David Hanau

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *