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ORLAN en capitales, en chair et en sang à la MEP

ORLAN en capitales, en chair et en sang à la MEP

28 avril 2017 | PAR Yaël Hirsch

La Maison Européenne de la Photographie a confié au commissaire Jérôme Neutres l’imposante tâche de faire une coupe en une centaine d’œuvres dans le travail performatif, féministe, libre et charnel de ORLAN. Le résultat est un diptyque parfaitement scénographié qui nous fait passer de la libération d’un corps érotique, libre et créatif à la transformation de cette chair artistique par la chirurgie et l’image. Une proposition thématique efficace qui permet de mesurer l’importance du travail d’ORLAN. 

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ORLAN s’expose donc en capitales à la MEP parce que, comme le rappelle l’artiste, son nom est avant tout un « cri de guerre »; Guerre au patriarcat dans les années 1960 où elle « sort des cadres » et libère son beau corps des carcans en effeuillant littéralement son trousseau de mariage. Dans une mise en scène chiadée où des mannequin en 2D représentent l’artiste jeune et en colère, on se ballade quasiment SUR son corps, à travers des clichés qui n’ont pas pris une ride.  A l’arrière de cette première salle, le fameux « Baiser de l’artiste » est évoqué, avec des photos de ce moment  fou, à la FIAC, en 1977 où ORLAN centralement dévêtue et reliée à une fente à pièces, distribuait des baisers payants, profonds et transgressifs. A noter que dès l’entrée dans ce premier espace, la nudité du corps va avec un jeu subtil sur les masques -maquillage ou fausse tête d’opéra chinois – qui relie ces travaux premiers, libres, sexuels et joyeux à ses dernières recherches.

En retraversant le couloir pour passer dans la seconde moitié de l’exposition, l’on tombe sur ce que l’on admire et que l’on craint : un art qui écorche vraiment pour la liberté. Après le fameux Manifeste de l’Art Charnel (1992, extrait), on trouve les clichés en grand du visage d’ORLAN tuméfié par ses expérimentations chirurgicales des années 1970-80. L’exposition parvient à résumer en un film documentaire et une quinzaine de photos cette partie si marquante de l’oeuvre d’ORLAN et donne une bonne idée des performances littéraires et extrêmes qu’elles ont pu être. Se transformant pour l’art de se recréer et non pour être « plus belle » ORLAN avait 25 ans d’avance sur le transhumanisme et le bon sens de renvoyer la chirurgie esthétique du côté du patriarcat. Le vrai « plus » de cette deuxième partie d’exposition est de montrer que l’artiste n’a pas toujours  eu besoin de passer par la violence du bistouri pour travailler sa chair. On découvre aussi des jeux d’image, en 3D ou en photos où l’identité de l’artiste se mêle avec des traits d’Afrique de l’Ouest ou du Pacifique. De bien belles photos où le travail contemporain de l’imagerie rend ORLAN peut-être encore plus méconnaissable que les armes des chirurgiens.

Même si l’on connaît bien le travail d’ORLAN, l’exposition de la MEP est vraiment passionnante et parvient à faire un travail de synthèse formidable. Seul bémol : on aimerait en savoir plus sur les recherches actuelles de ce caméléon indépassable, comme on en avait eu l’occasion l’an dernier au FRAC Normandie (lire notre article).

visuels : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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