Expos

Nuit Blanche 2016, La joie venait toujours après la peine

Nuit Blanche 2016, La joie venait toujours après la peine

02 octobre 2016 | PAR Amelie Blaustein Niddam

2016, année carnage, pire encore que 2015 alors que c’était impensable. Depuis janvier 2015 et encore plus depuis novembre 2016, Paris est une forteresse militaire dont on croise les soldats gentils dans les queues des boulangeries. Alors, quand Anne Hidalgo a demandé à Jean de Loisy, le patron du Palais de Tokyo, de penser le parcours de la Nuit Blanche 2016, elle ne s’attendait peut être pas à ce que la joie revienne, symbolisée par le cœur traversé de la Seine de Fabrice Hyber.

Il fallait choisir sa part du poème. Le parcours monstre, découpé en douze chapitres, de la Gare de Lyon à Issy-Les-Moulineaux nous racontait l’histoire de la quête amoureuse de Poliphile à la recherche de Polia. 12 chapitres nous plongeant chacun dans les états d’âme de ce héros aux mille visages.

Nous avons opté pour les parcours 2 et 3, se résumant au Marais et au quartier de Notre Dame de Paris. Dans cette partie de l’histoire, « On me donnait rendez-vous, mais pas vraiment avec quelqu’un — plutôt avec des images, des lieux, des situations à vivre dans Paris » écrit Yannick Haenel dans la nouvelle qui sert de fil conducteur à cette nuit Blanche qui retrouvait enfin sa part de vivant. Depuis plusieurs années, cette longue soirée était faite de belles installations sans prises de risque. Avec Jean de Loisy, il fallait s’y attendre, l’affaire fut toute autre.

Le Marais nous invitait au songe puisque à ce moment de l’histoire  Poliphile ère et rêve, et il est loin de rencontrer sa belle. Aux orgues de l’Eglise Saint Paul Saint Louis Gabriel Bestion de Camboulas nous surprend. Il joue du Satie dans ce monument baroque dont la lumière pensée pour la Nuit Blanche révèle le trompe œil du dôme. Plus loin, c’est enfermé dans la vitrine du Centre Culturel Suisse que Mayat Rochat  compose au clavier, assis au sol, une peinture symphonique verdoyante. Ces hommes là sont enfermés chacun dans leurs drôle de cage. Mais l’espoir arrive et les voix se lèvent. A l’Eglise des Blancs Manteaux les concerts se succèdent toutes les vingt minutes. Pour nous ce fut fou.  Dimitri Tchesnokov est au piano accompagné des voix du chœur Equinox. Il joue devant nous sa dernière création parisienne pour main droite Hexameron. La chef de chœur manie les voix comme un chef d’orchestre et le résultat sonne comme une quête de bonheur. Le collectif Pignon sur rue, agite ses lanternes dans l’obscurité du jardin Lamoignon et dans la cour des archives, les verres de Sophie Lambert semblent chanter. Dans la cour du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, l’abri de Sigalit Landau, confronté à son installation-vidéo fleuri, prend des allures onirique. Et si cet escalier menait au Paradis ?

Mais alors, où est ce garçon cherchant son amoureuse ? Pour Judith Depaule,Julien Fezans, Laurent Golon et Tanguy Nédélec la réponse est dans les machines qu’ils font crier au Centre Simon Lefranc. Quelques mètres plus loin, au Gymnase Saint Merri, Maguelone Vidal mixe en direct les battements de cœur de quatre danseurs chorégraphiés par Fabrice Ramalingom. L’expérience est totale. De façon assez autoritaire, 100 spectateurs sont invités à se taire et à rester allongés ou assis pendant 23 minutes. Le résultat est parfait, une plongée dans les BPM au sens premier du terme. Si leur cœur bat, cela n’est pas un synonyme de vie, mais c’est un bon début pour tomber amoureux.

On admire le lac glacé de Stéphane Thidet qui s’empare du parvis de l’Hotel de Ville au dos duquel les visages de Erwin Olaf apparaissent comme si on les avait rêvés. Il est temps de traverser pour assumer sa volonté assumée de trouver la beauté.

Sur le Pont d’Arcole Des bûcherons débitent des cœurs dans des troncs d’arbres avant de les teindre de rouge sang, de les casser puis de les embrocher. Ce bout de bois endolori est offert au public qui repart avec comme trophée un cœur brisé… le seul qui fascine vraiment ! La performance est signée Estelle Delesalle et Jean-Marc Ferrari. La bande son passe aussi bien du Joe Dassin que du Nancy Sinatra. Le chef Jean Claude Altmayer qui en 2012 au Palais de Tokyo avait créé un sorbet au goût de larmes nous explique que plus loin, sur la passerelle Debilly, « On peut réparer son cœur ». Nous ne sommes pas allés jusque là, après trois heures de marche, on décidera de s’arrêter sur la beauté de l’oeuvre du chorégraphe ici plasticien Christian Rizzo. Dans la cour de l’hôtel Dieu son installation semble faire voler des oiseaux de lumières tandis qu’en vidéo un danseur est pris au piège dans un cercle lumineux. « Avant la nuit dernière » est un appel à la contemplation qui traduit parfaitement les pas de Rizzo en art visuel.

En parallèle certains auront vu Marie Agnès Gillot, Carolyn Carlson ou Yoann Bourgeois sublimer ici et là la beauté.

Merci Jean de Loisy.

[Critique] du film documentaire « Fuocoammare » Un angle discutable pour traiter Lampedusa
Halka par le groupe acrobatique de Tanger : ce spectacle sera politique ou ne sera pas
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *