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Noémie Goudal au Bal : l’art de faire valser nos perceptions

Noémie Goudal au Bal : l’art de faire valser nos perceptions

07 avril 2016 | PAR Christophe Dard

Des sculptures photographiques dans lesquelles d’étranges bâtiments semblent tenir en équilibre sur un horizon aquatique et où des sphères viennent interrompre la cohérence d’un paysage… Pour sa première exposition monographique en France, Cinquième corps, Noémie Goudal livre une réflexion sur la structure de notre univers et sur ses zones d’ombre, la question de l’infini et le pouvoir des éléments naturels sur les constructions humaines.

 

Station II, Noémie Goudal, Courtesy Noémie Goudal / Edel Assanti / Les filles du calvaire
Station II, Noémie Goudal, Courtesy Noémie Goudal / Edel Assanti / Les filles du Calvaire

 

Un café où l’on peut boire un verre avec ses amis (on vous recommande notamment de goûter la bière portugaise), une librairie-bibliothèque où les livres parlent différentes langues et où l’on peut observer des photographies incroyables… Le Bal est l’un de ces endroits où vous prenez une gifle de culture sur une joue et sur l’autre une caresse de convivialité. Car l’objectif du Bal et de son Président fondateur, Raymond Depardon, est de promouvoir avec décontraction la découverte de l’image-document malgré une complexité familière à toutes les notions artistiques. Pour cela, le Bal fourmille d’idées pour mettre au même niveau érudition et accessibilité: des films, des conférences, des concerts, des rencontres, des performances…

A quelques mètres de l’entrée, le Bal ouvre les portes d’une galerie. C’est là, sur deux niveaux, que se tient jusqu’au 8 mai 2016 l’exposition de Noémie Goudal, artiste plasticienne de 32 ans, détentrice de nombreux prix et présentée à de multiples reprises dans des expositions individuelles et collectives.
Son travail consiste à placer des maquettes au cœur de l’espace et à les photographier à une échelle qui déjoue toute rationalité. La maquette, agrandie par l’objectif, devient une installation à part entière et s’impose dans l’espace comme la rivale de toute logique. Seuls les artifices divers, les plis, les imperfections, les cordes et les câbles rappellent que notre perception est fausse et qu’il faut regarder l’œuvre de Noémie Goudal non en surface mais en profondeur.

 

In Search of the First Line IV, Courtesy Noémie Goudal / Edel Assanti / Les filles du Calvaire
In Search of the First Line IV, Courtesy Noémie Goudal / Edel Assanti / Les filles du Calvaire

 

Trois séries d’œuvres de Noémie Goudal sont proposées dans le cadre de cette exposition, Cinquième corps.

Dans Observatoires, des édifices bruts, dont certains sont franchement étranges comme échappés d’un film de science-fiction, des escaliers, des dômes et des tours semblent marcher sur les lignes de flottaison d’océans vierges et infinis.
Photographiées en Allemagne, en France ou au Royaume-Uni, ces constructions insolites, des maquettes en papier, semblent provoquer en duel l’espace naturel, une aire uniquement déstabilisée par l’ombre du bâtiment.

On retrouve les mêmes architectures en béton dans la série In Search of the First Line. Mais les usines désaffectées, ruines modernes d’un monde industriel en déclin, portent sur leurs épaules les fondations de chapelles et d’églises, des colonnes et des voûtes pareilles à des fantômes dont les entrepôts abandonnés sont le prolongement.

 

Station VI, Noémie Goudal, Courtesy Noémie Goudal / Edel Assanti / Les filles du Calvaire
Station VI, Noémie Goudal, Courtesy Noémie Goudal / Edel Assanti / Les filles du Calvaire

 

Enfin, Southern Light Stations prend de l’altitude. On quitte la terre et l’eau pour le ciel. Des sphères gravitent comme des montgolfières au-dessus de forêts, de montagnes ou évoluent dans une dimension inconnue, sorte de système solaire dont les voisins de palier seraient la lune et toutes les planètes. Derrière ces masses circulaires se cache un autre univers, lui aussi inconnu mais lumineux. De son énigme ne s’échappe que les contours de ce qui ressemble à une boule de feu.
Une fois de plus Noémie Goudal joue avec nos regards et s’amuse à voir passer nos imaginations en pleine activité au-dessus de nos têtes.

Christophe Dard

 

INFORMATIONS PRATIQUES :
Cinquième corps
Noémie Goudal
Jusqu’au 8 mai 2016
Le Bal
6 Impasse de la Défense
75018 Paris
Ouvert le mercredi de 12h à 21h, le jeudi de 12h à 22h, le vendredi de 12h à 20h, le samedi de 11h à 20h et le dimanche de 11h à 19h.
www.le-bal.fr
01 44 70 75 50

Laurence Engel, directrice de la Bibliothèque nationale de France
Les vernissages de la semaine du 7 avril
Christophe Dard
Diplômé d'un Master d'histoire contemporaine et d'une école de radio, Christophe est journaliste, passé notamment par Europe 1. Il travaille depuis 2013 pour Toute la Culture.Compte Instagram : https://www.instagram.com/christophe_dard/?hl=fr

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