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Neoglobalidad, la belle surprise du Centre Photographique de Genève

Neoglobalidad, la belle surprise du Centre Photographique de Genève

14 novembre 2017 | PAR Maïlys Celeux-Lanval

 

« Ne dites plus : « Les jeunes ne croient plus en rien » ; dites « Merde ! Ils ne gobent plus nos mensonges ». » C’est par ce trait d’humour du Comité Invisible que débutait l’exposition Neoglobalidad au Centre Photographique de Genève, visible du 29 septembre au 1er novembre 2017 et qui regroupait une poignée de jeunes artistes majoritairement suisses et français. Leur point commun ? Être connectés au monde, être critiques, être moqueurs. Visite. 

Car ce sont eux qui forment l’avenir du monde, les regarder prend un sens politique. Les jeunes artistes de Neoglobalidad sont engagés, politisés, et pointent du doigt les anomalies du monde contemporain. Giacomo Banchetti a par exemple enquêté sur une réunion secrète de puissants chefs d’entreprise du monde entier nommée Bilderberg : en photographiant ses abords (ultra-grillagés) et en exposant des livrets précis qui listent les personnalités présentes et les sujets abordés, on comprend que les enjeux contemporains sont aux mains de lobbys sans pitié et de PDG qui papotent entre deux repas fastueux. Bof, bof !

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Gardez toutefois le moral, puisqu’on peut rire de tout, et notamment d’Instagram, application de photographies démiurge que Galaxia Wang explore avec facétie. Son profil personnel compte plus de 39 000 images : il en expose ici 10 000, que l’on regarde à la jumelle à quelques mètres de l’installation. Amis, paysages, vernissages, dîners, toute sa vie défile sous nos yeux qui sont pourtant incapables de saisir la totalité des photos exposées. C’est un peu comme si l’exhibition qu’impose Internet échouait à dévoiler l’essence de notre personnalité, de nos rencontres et de nos secrets. Un espoir ?

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Puis, gros coup de cœur pour la photographe Neige Sanchez, 24 ans et déjà très engagée dans la lutte anti-binarité femme/homme. Elle présente quelques portraits de personnes dont le genre est trouble. Sans titre, sans indication, elle désire perdre le spectateur et, surtout, lui faire oublier la question du genre pour l’inviter dans la véritable personnalité plastique des sujets photographiés. Elle explique que si son travail se veut documentaire et politique, elle prend garde à discuter longuement avec ses modèles, afin de ne prendre aucun ascendant sur eux. Chapeau !

On apprécie ensuite l’installation d’Eva et Franco Mattes, qui ont invité des inconnus à réaliser des performances devant leur webcam ; devant la fantaisie des vidéos reçues, ils ont décidé de placer des écrans de télévision dans toutes sortes de positions farfelues, qui obligent le visiteur curieux à se pencher jusqu’au sol, ou à se mettre sur la pointe des pieds…. Puis, terminons avec le projet dystopique du collectif d’artistes Discipula, qui imagine une entreprise technologique imaginaire totalitaire, dont le pouvoir sur les individus est absolu. Différents panneaux éclairent les intentions pseudo-bienfaisantes d’AURA, qui oblige tout un chacun à entretenir son corps et son esprit ; on frémit devant une telle invention, qui ne semble pas si improbable…

Ainsi, avec poésie et humour, avec sérieux et détermination, cette Neoglobalidad artistique est au centre d’un monde complètement fou, mais elle sait voir les yeux qui brillent dans le noir.

Prochain rendez-vous au Centre Photographique de Genève avec Maya Bösch, dès le 15 novembre : « Ce projet aborde les sujets de la mémoire et de la tragédie dans un lieu d’hybridité où se mêlent installations, photographies, espaces sonores, et arts vivants. »

Le violon russe de Sergej Krylov au Théâtre des Champs Elysées
Olivier Cadiot, épaississeur de présent
Maïlys Celeux-Lanval

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