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Monstres de mode, en avant

Monstres de mode, en avant

21 mars 2013 | PAR Mariska Konkoly

Une exposition qui a fait « AAARRRGGGHHH » et beaucoup d’autres bruits, et qui s’est installée à la Gaité Lyrique jusqu’au 7 avril. Un nom non moins équivoque pour une peinture de la matière métamorphosée en formes, en cris, en géants, détournée à son point le plus culminant en 80 créatures. Comme une métaphore contemporaine de ce que la mode est au-delà de la  représentation, de la figuration, dans un décor sensoriel et joliment monstrueux, à savoureux maintenant.

C’est un couloir presque sombre qui annonce le décor d’une future fresque de l’imagination, parsemé des figures de Carrie Green, emblématiques de l’exposition. Le silence se fait lourd dans ce désert artistique, sourdement marqué par un film défilant aux bruits de pas, de grincements, de tocs. Ces bruits qui nous font peur, presque infantilisants.

Puis, l’envie de descendre dans cette grande salle où la scénographie (de Stamos Fafalios) apparaît comme libérée. Le spectateur défile avec aisance entre les oeuvres comme vivantes, sans êre figées observant à leur tour le visiteur.  Parmi ces extravagances de couleurs, Walter Van Beirendonck trace le décor de costumes pour l’Opéra de Paris à la technique étonnante, imaginés avec beaucoup de fraicheur et d’originalité.  Il est élégamment entouré de créatures signées par la prestigieuse St Martins School mais aussi de Maison Martin Margiela où le blanc s’est fait forme, le vêtement s’est fait suggestion. Charlie Le Mindu en fantasme gothique, rêve de monstres gentils et toujours chevelus tandis qu’Hideki Seo revisitait avec essence l’Arlequin et autres monstres modeux. Manon Kündig, ou la quintessence de l’imprimé, il est animal, il est et devient démultiplié, de la tête au pied, à la fois répétitif et différent. Et Pictoplasma, souriant.

« La mode s’attache moins à exprimer une identité, qu’une expérience »

Le créateur devient plasticien, auteur pour une matière qui  prend vie. Elle est découpée parfois hybride sans rien enlever de sa beauté, la matière devient figurative tantôt monstrueuse mais si avant-gardiste, comme une installation hautement contemporaine où les podiums semblent lointains et impraticables.

Puis, les néons emmêlés, clignotants, comme si les esprits de la mode envahissaient l’espace, des bruits sourds, un brin flippant qui nous emmènent avec douceur et fascination dans une salle noire où les œuvres d’On aura tout vu se révèlent, entourées de fantômes comiques (et cosmiques).  Comme un géant qui se dessine de paillettes et de pierreries, un monstre s’affichant en autel majestueux de l’exposition. Comme un cyclope, l’œil unique et la bouche signature des deux créateurs s’ouvrant sur un sourire non moins charismatique, comme le clou de ce spectacle des métamorphoses.

L’incantation à la matière se termine dans une salle occupée entièrement par l’image vidéo, plongée dans le noir et habitée par les sensations visuelles et auditives. Le rouge d’abord, profond et effroyable fait défiler des corps ballons seuls puis démultipliés, comme pénétrant dans un cauchemar, à l’image d’un esprit artistiquement torturé. Puis les bruits de cages, des hommes nus,  où le corps se fait matière à son tour jusqu’à la naissance ou la main apparaît comme première source de création.

Visuel (c) : affiche de l’exposition

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Mariska Konkoly

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