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Modigliani à la Tate Modern : une belle et juste rétrospective

Modigliani à la Tate Modern : une belle et juste rétrospective

30 novembre 2017 | PAR Alice Aigrain

Il y a un siècle tout juste, en 1917, s’ouvrait la seule exposition de Modigliani que l’artiste verra de son vivant. Dans la petite galerie Berthe Weill, l’accrochage de ses nus provoque la controverse et une descente de la police mettra fin à celui-ci pour outrage aux bonnes mœurs. Aujourd’hui ce sont dix de ses nues –dont plusieurs inédits sur le sol britannique – qui composent l’une des salles de l’exposition-évènement de la Tate. Montrant ainsi ces corps de femmes qui posent dans des positions lascives ou naturelles, laissant apparaître leurs courbes et leur pilosité, ils constituent désormais le centre de cette rétrospective.

L’exposition démarre lorsque Modigliani quitte son Italie natale pour s’installer à Paris en 1906, alors âgé de 22 ans. En parlant de cette époque, il dit « mes yeux italiens peuvent s’habituer à la lumière de Paris … Une telle lumière qui embrasse tout… Vous ne pouvez pas imaginer quels nouveaux thèmes j’ai imaginés en violet, orange foncé et ocre … » Un changement de lumière qui marque le début de sa production picturale, puisque c’est dans le cercle parisien de la bohème que Amedeo Modigliani évolue, lui et sa peinture et c’est dans ce milieu que nous transporte l’exposition.

La rétrospective va cependant plus loin que les toiles iconiques de Modigliani, au-delà des portraits aux yeux vitreux et absents et des nus sensuels. Elle montre plus d’une centaine de pièces de sa production, cherchant à éclairer le processus créatif de l’artiste à la carrière écourtée par sa mort prématurée en 1920. Se remarquent alors quelques constantes dans son œuvre et son style comme son soin toujours apporté à la représentation des visages et des mains, son intérêt supérieur pour la ligne et la silhouette, mais aussi l’évolution de la facture, selon les rencontres et le temps. Modigliani est un acteur de l’école de Paris, ce cercle d’artiste qui vivent dans le quartier de Montparnasse. Là-bas, il y côtoie Picasso, Juan Gris, ou encore Diego Riviera, qu’il portraiture dans des œuvres qui semblent être des dialogues picturaux entre le style du peintre et de son modèle. Ces échanges, ce regard, il le porte sur ses proches et leurs pentures comme sur la production artistique et artisanale extraoccidentale à laquelle il se confronte lors de ses visites au musée d’ethnographie du Trocadéro ou lorsqu’il va voir son marchant d’art Paul Guillaume qui vend également des objets d’art d’Afrique.

Dans ses sculptures, auxquelles il se consacre quasi exclusivement de 1911 à 1913, se retrouvent les traces de ce regard porté sur les arts extraoccidentaux mais aussi celles de sa rencontre avec Brancusi qui marque un tournant dans sa production à partir de 1909. Cette part plus méconnue de sa carrière fait l’objet d’une salle entière dans la rétrospective qui cherche tant à comprendre l’évolution de son œuvre que ses processus créatifs. En regardant la pluralité des supports explorés, en exposant des peintures au centre des salles afin de montrer l’exploitation par l’artiste des deux côtés de la toile ou encore en montrant ses dessins et esquisses, la Tate tente de compléter les recherches menées sur l’artiste.

Le tout est complété par une scénographie très ingénieuse et sobre qui permet une parfaite observation des œuvres, ainsi qu’un dispositif de réalité virtuelle qui plonge le spectateur en plein cœur de l’atelier de l’artiste.


crédits :

Self- Portrait,1919, huile sur toile, 1000 x 645 mm, MAC USP Collection (Museu de Arte Conemporânea da Universidade de São Paulo, Brazil), Donation of Yolanda Penteado and Francisco Matarazzo Sobrinho

Juan Gris, 1915, huile sur toile, 549 x 381 mm, The Metropolitan Museum of Art, Bequest of Miss Adelaide Milton de Groot

Woman’s Head (With Chignon), 1911-12, Sandstone, 572 x 219 x 235 mm, Merzbacher Kunststiftung

Modigliani in his studio, photograph by Paul Guillaume, c.1915 ©RMN-Grand Palais (musée de l’Orangerie) I Archives Alain Bouret, image Dominique Couto

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Alice Aigrain
Contact : alice.ai@orange.frwww.poumonsvoyageurs.com

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