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[Londres] Frieze et Frieze Masters : une édition 2016 historienne

[Londres] Frieze et Frieze Masters : une édition 2016 historienne

06 octobre 2016 | PAR Yaël Hirsch

Ce mercredi 5 octobre 2016, Toute La Culture était à Londres pour la Preview de la foire d’Art contemporain qui éblouit les londoniens chaque année en octobre, la Frieze. Dans deux architectures flambantes de blancheurs posées dans la verdure de Regent’s Park, Frieze Masters réunit des chefs d’œuvres de l’Antiquité à nos jours tandis que Frieze départage qui sont les maîtres de notre temps. Avec notamment son cycle sur es « Nineties » qui recrée les expositions phares de la période cette édition 2016 est somptueuse, sans être vraiment défricheuse. A voir à Londres du 6 au 9 octobre 2016.
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C’est un grand soleil inattendu qui a accueilli les visiteurs internationaux de la Preview de la Frieze dans la verdure de Regent’s Park. Une lumière qui encourageait à traîner plus longuement sur la distance assez conséquente qui sépare les deux foires et qui donnait envie de s’attarder à Feieze Sculpture, commissionnée par Clare Lilley et montrant des installations outdoors signées Conrad Shawcross, Matthew Monahan ou Goshka Macuga.

A l’intérieur de l’immense tente blanche de la Frieze, 160 galeries internationales ont été réunies. On tranche tout de suite sur cette blancheur avec le orange d’une installation de 2016 de Philippe Parreno, Speech Bubble, à la galerie Pilar Corrias. De toutes grandes galeries nous accueillent : Lisson, Pace ou David Zirner, mais c’est tout au fond de la tente qu’a lieu l’un des grands événements de l’année : la recréation in situ de grandes expositions des « Nineties » sous la houlette du curator suisse Nicolas Trembley : On y retrouve à leurs débuts des solo show de Wolfgang Tillmans ou Dominique Gonzales-Foerster, mais aussi des expositions de groupe mythiques comme Aperto’93 avec Cattelan, Höller et Tiravanija. Il y a aussi des performances comme « Desperately seeking stories ». Très attachée à avoir un œil rétrospectif sur les avant-gardes qu’elle promeut, la Frieze – par ses galeries- met en avant des artistes que l’on connaît et que l’on est ravis de retrouver : Nikki de Saint-Phalle chez Salon 94, les cabinets noir et blancs et hiératiques de Edmund de Waal à plusieurs reprises mais surtout chez Gagosian qui lui dédie un solo show, les inclusions divinatoires de Olafur Eliasson attirent la foule vers la galerie newyorkaise Tanya Bonakdar et côté photo, on retrouve avec plaisir Cindy Sherman et une série sépia de Thomas Ruff chez Sprüt Magers.

La section Focus, ouverte aux galeries qui ont moins de 12 ans, permet un peu plus d’audace et de nouveauté. Seventeen propose notamment une installation interactive de Jon Rafman avec des lunettes pour vivre la réalité augmentée (sur fond jaune canari), et Arcadia Missa met en avant une folle installation de chaises rouges. S’il y a finalement peu de projections et de performances, le rose bonbon du happening mis en scène par Sybille Berg et Claus Richter avec « Wonderland avenue » vaut le détour.

Parmi nos coups de cœur de cette édition 2016, l’on trouve la scénographie du cabinet de l’amateur, fouillis, sublime et très attractif, imaginé par la galerie Hauser & Wirth, l’entrée en blanc nuptial du peuple avec une installation post-soviétique de Meli Ohanian chez Chantal Crouzel et une photo très mélancolique du vidéaste Isaac Julien chez Metro Pictures.

Après un petit quart d’heure de traversée de Parc, nous changeons d’ambiance avec la sélection très intimidante de Frieze Masters. Si la sélection va de l’antiquité à nos jours (l’on trouve un masque de momie égyptienne de la 26e génération chez Adriadne Galleries, un portrait de Gericault ayant appartenu au Duc de Trévise est mis en avant et les galeries de livres rares ont pignon sur rue avec notamment un livre des heures de 1520 à découvrir chez Dr Jörn Gunther rare books), l’histoire de l’art considéré terrain à défricher et discuter, comme en témoigne le souci de faire dialoguer les commissaires internationaux, avec pour la première fois cette année un programme de rencontres. De fait, incarné par l’arrivée de Thaddeus Ropac en son sein, le 20 e siècle triomphe à la Frieze Masters avec au sommet 3 Picasso chez Helly Nahmad et des solo shows très contemporains (les points minutieux de Anni Albers chez Crista ou les grandes figurations colorées de Paula Rego chez Marlborough ou les structures puissantes de Y Saito chez Annely Juda Fine Arts).

Parfois, quand il permet de découvrir de nouveaux talents, le très international programme Spotlight de la Frieze Masters est aussi contemporain que Focus. Et preuve de la proximité contemporanéiste des deux foires : certaines galeries comme Almine Rech présentent des trésors sous les deux pavillons. Pas étonnant donc, que nos coups de cœurs soient plutôt des maîtres d’aujourd’hui avec le surréalisme trop peu connu (aux côtés de Tanguy et Masson magnifiques et d’un Magritte incroyable L’empire des Lumière) de Leonora Carrington chez Dickinson, les compositions ocres de Wolfgang Paalen chez Wendi Norris et puis les clichés shermaniens mais au masculin de Horst P. Horst chez Bernheimer. Enfin, dans les hommages touchants et bien sténographiés de cette édition élégante et soucieuse du passé de la Frieze, on note l’hommage au galeriste Arturo Schwartz chez Eykyn Maclean.

Evidemment, si vous passez par Londres avant le 9 octobre, les deux pavillons de la Frieze sont des événements à ne pas manquer.

visuels : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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