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« L’inca et le conquistador » au quai Branly : regards croisés

« L’inca et le conquistador » au quai Branly : regards croisés

22 juin 2015 | PAR Géraldine Bretault

Dans un effort constant de renouveler les approches sur les cultures extra-européennes, le musée du quai Branly aborde à travers cette exposition la rencontre entre le conquistador Francisco Pizarro et le dernier empereur inca Atahualpa, ainsi que ses répercussions dans leurs cultures respectives.

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Cette exposition n’est ni une présentation ethnographique et artistique de la culture inca, ni une description du Pérou colonial. L’espace temporel est très circonscrit, une vingtaine d’années à peine, de la première expédition des conquistadors au Pérou à la mort des deux principaux protagonistes.

Mais entre ces deux dates (1520-1541), deux mondes diamétralement opposés se sont rencontrés, admirés, toisés et affrontés. Partant du constat que les figures de Pizarro et Atahualpa sont encore très présentes parmi la société péruvienne actuelle, la commissaire de l’exposition nous invite à démêler l’écheveau des différents récits et chroniques de cette conquête. Non pas dans un but légitimiste, mais plutôt dans une tentative – salutaire par son caractère vain – d’approcher la vérité depuis les deux points de vue hispanique et andin.

Très didactique, le parcours s’appuie donc sur des cimaises répondant à un code couleur distinctif : bleu pour le point de vue des Espagnols, et rouge pour le monde des Incas. Accueillis par un cheval sellé et une armure rappelant la supériorité de principe de l’armement des conquistadors, nous pénétrons dans l’exposition en passant entre les portraits de Pizarro d’une part, et d’Atahualpa d’autre part. Mais déjà le regard est faussé, puisque la représentation d’Atahualpa respecte la convention du portrait à l’européenne, alors que la puissance de l’Inca s’imposait par sa seule position divine sur des milliers de sujets peuplant un empire de 4000 km de long…

De nombreuses cartes rythment le parcours et précisent les contours des différentes expéditions d’approche de Pizarro et ses hommes, ainsi que la fragilité de l’empire inca divisé par une guerre civile au moment des premières incursions dans l’empire. Le cœur de l’exposition raconte par le menu l’épisode le plus célèbre : la capture d’Atahualpa par une poignée d’Espagnols dans son repaire à Cajamarca, devant les milliers d’hommes impuissants de sa suite…. Derrière la légende, se dessinent des croyances divergentes et les inévitables quiproquos entre des cultures que tout oppose.

Quant à la troisième partie, elle montre que la mise à mort du fier Inca n’aurait pas suffi à mettre bas l’empire. C’était sans compter les guerres fratricides entre les conquistadors, dont la cupidité n’avait d’égale que les quantités d’or accumulées par les Incas. Il faudra finalement attendre 1548 pour que la Couronne espagnole reprenne la main sur un territoire pacifié, non sans avoir détruit à jamais des milliers d’objets incas fondus pour leur or.

Alors que se poursuit au rez-de-chaussée l’exposition sur les artistes de Côte d’Ivoire, l’art du contrepoint cultivé dans ces expositions laisse penser que le temps des récits monocordes a vécu.

« Nous ne sommes ni des vainqueurs ni des vaincus, nous sommes les descendants des vainqueurs et des vaincus », José Antonio del Busto, historien péruvien.

 

 

 

 

Visuels : ©  musée du quai Branly

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