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L’exposition « Les Faits du hasard » au Centquatre-Paris

L’exposition « Les Faits du hasard » au Centquatre-Paris

08 décembre 2017 | PAR Victoire Chabert

Pour sa deuxième édition, Némo, la Biennale internationale des arts numériques retrouve, du 9 décembre 2017 au 4 mars 2018, son centre névralgique du Centquatre-Paris à l’occasion de l’exposition « Les Faits du hasard».

Comme pour les précédentes expositions, Trouble makers, sensation versus digital en 2013 et Prosopopées : quand les objets prennent vie en 2015, la direction artistique des Faits du hasard est cosignée par Gilles Alvarez, directeur de la Biennale, et José-Manuel Gonçalvès, directeur du Centquatre-Paris. Un gage de continuité pour une programmation qui s’inscrit cette fois dans la grande thématique du hasard, de l’accident et de la sérendipité.

«Avant le hasard dans l’art, c’était l’erreur. Aujourd’hui, dans un monde de plus en plus prévisible, la place du hasard diminue au même titre que celle de la créativité humaine», confie Gilles Alvarez. Mais «il existe un hasard intentionnel, un outil qui demande à être organisé par le geste artistique», affirme-t-il. Justement dans cette exposition, «ce n’est pas le hasard qui s’impose aux artistes, mais les artistes qui imposent le hasard aux spectateurs. Il ne s’agit pas de hasards accidentels mais bien de hasards organisés par les créateurs», nous explique-t-il. «Les œuvres présentées, de technologies parfois assez pointues, impliquent souvent l’informatique, de ce fait, les artistes ont la possibilité de programmer l’aléatoire ou l’indétermination», ajoute José-Manuel Gonçalvès.

Ruines © Juan Cruz Ibanez
Ruines © Juan Cruz Ibanez

Les vingt-cinq installations numériques présentées dans Les Faits du hasard, témoignent de processus créatifs complexes, où la technologie est contrariée par des caprices artistiques. Le pari d’une telle exposition «est d’exploiter le hasard pour montrer que le résultat d’une œuvre, parfois imprévisible, n’est pas forcément reproductible», précise José-Manuel Gonçalvès. Par exemple, on peut se demander à quoi ressemblera, dans trois mois, l’installation Ruines de Fabien Léaustic, constituée de phytoplanctons. Par son caractère organique, cette œuvre sera en perpétuelle évolution et son résultat indéniablement en proie au hasard. Une autre installation, Semi-senseless Drawing Moduels de So Kanno et yang02, a pour particularité de se dessiner en continu et en fonction de son environnement pendant toute la durée de l’exposition. Le hasard se trouve ainsi dans l’évolution propre de l’oeuvre.

Chaque installation traite du sujet de l’exposition à sa manière, parfois via un système simple et artisanal, d’autre fois au contraire via des systèmes très sophistiqués. Comme le collectif colombien BeAnotherLab qui propose une expérience de body swap avec The Machine to Be Another, un dispositif qui permet de se projeter dans le corps d’un autre à l’aide d’un casque. «Aujourd’hui la Colombie est l’un des pays où la création d’art numérique est la plus puissante», souligne José-Manuel Gonçalvès. D’autres oeuvres, comme celles de Juan et Santagio Crotès ou d’Alba Triena, dévoilent toute la singularité de l’art numérique colombien. Les Faits du hasard étant d’ailleurs l’un des temps fort de l’Année France-Colombie 2017.

TMBA perfomance by Drasshan Steib at Holot detention center 2 Israel 2015
TMBA perfomance by Drasshan Steib at Holot detention center 2 Israel 2015

Ce n’est pas moins de trois artistes québecois qui font également escale au Centquatre pour Les Faits du hasard. Montréal étant l’un des endroits où il y a le plus de création d’art numérique, il n’est pas étonnant que Elektra Montréal s’exporte en France pour la Biennale Némo. On retrouve Alice Jarry et Vincent Evrard avec Lighthouses 2, Martin Messier avec Impulse et Topological Media Lab qui présente Aquaphoneia. Le Japon qui «a une forte image de création numérique», explique José Manuel Gonçalvès, est également mis à l’honneur dans cette exposition. Une installation telle que Chijikinkutsu de Nelo Akamatsu traduit le lien fort entre les choses de la nature et la dimension numérique.

Impulse Martin Messier
Impulse, Martin Messier

L’exposition Les faits du hasard offre ainsi une lecture poétique et contemplative de notre société technologique. Les œuvres sont comme des manifestes du geste artistique et de la personnalité humaine face au règne du numérique.

Elizabeth Saint Jalmes et Cyril Leclerc : Pixel lent

Afin d’inaugurer de manière exceptionnelle cette grande exposition de trois mois, la Biennale Némo et le CENTQUATRE-PARIS vous invitent a découvrir des performances qui seront uniquement présentées lors du vernissage, le 9 décembre de 14h à 21h. Pour vous mettre en jambes, le plasticien Pascal Lièvre vous proposera des séances d’Aérobic philosophique. Pour un temps calme, suivez Pixel Lent, d’Elizabeth Saint-James et Cyril Leclerc. Cette installation propose un ballet performance pour 176 escargots et 2 humains qui évolueront fans une installation plastique et sonore. Tout cela ponctué d’un peu de musique avec PLUG, Objet Musical (encore) Non Identifié, à qui la Biennale a passé commande d’une série de concerts dans plusieurs lieux de la manifestation.

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