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Les paysages d’Odilon Redon s’exposent à Bordeaux

Les paysages d’Odilon Redon s’exposent à Bordeaux

15 février 2017 | PAR Maïlys Celeux-Lanval

A l’occasion du centenaire de la mort d’Odilon Redon (1840-1916), le musée des Beaux-Arts de Bordeaux rend hommage à l’enfant du pays en mettant en lumière son attrait pour l’art du paysage, pan méconnu mais néanmoins crucial de son œuvre peint et dessiné. Organisée selon les régions françaises où le regard mélancolique de Redon s’est attardé, de la douce lumière du Médoc au désertique Finistère, La Nature silencieuse s’attarde sur de nombreuses petites œuvres intimes aux sujets plus que modestes, dont tout le sel est de s’attacher à dépeindre d’indifférents détails ; mais ces détails forment, on le découvre avec plaisir, un riche répertoire de formes dans lequel l’artiste puise ensuite avec avidité. Durant tout l’hiver, du 9 décembre 2016 au 27 mars 2017, on se frotte à cet Odilon Redon tour à tour modeste et onirique, sinistre puis éclatant.

Un moulin, une chaumière isolée, un coin de Bretagne pauvre et délaissé : voilà les décors régulièrement peints par Odilon Redon, artiste brillant dont l’enfance sans joie a marqué à jamais l’imaginaire, et notamment les paysages, d’une grisaille à faire pâlir notre bien aimé Utrillo. Tout commence au domaine de Peyrelebade, où il est éloigné de ses parents et de la vie bordelaise pour le bien de sa santé : coincé entre un domaine viticole et une lande désespérément triste, il balade ses jeunes années dans ces paysages plats et guette l’extraordinaire dans le silence, observe la nature avec une attention de biologiste, se plonge avec application dans la reproduction d’une petite feuille de vigne, dont le dessin est le tout premier de l’exposition du musée des Beaux-Arts de Bordeaux.

S’ensuivent un passage par le paysage historique, peu convaincant, et une fascination pour les arbres qu’il représente avec soin, toujours tronqués. Il ne prend d’eux que ce qu’il veut, sélectionne habilement un morceau particulièrement graphique de tronc, un nuage de feuilles, une branche élancée. Là débute le génie d’Odilon Redon, dont le panneau Arbre sur un fond jaune (1901), destiné avec quinze autres à la salle à manger d’un ami, est ici la pièce maîtresse et monumentale de cette exposition principalement constituée de tout petits formats. Enfin Odilon s’évade, enfin il s’engage dans une myriade de couleurs chaudes ; il picore par-ci par-là des détails de feuilles et de branches effilées qui donnent à cette impression d’été un goût japonisant, et les touches de peinture viennent comme des papillons tournoyer dans l’air doré et brillant du Redon heureux, enfin onirique.

On monte ensuite à l’étage découvrir une enfilade de petites toiles modestes, anti-héros absolus de la peinture de paysage, minuscules focus sur des maisons grises et des landes sans relief : gare à l’ennui, bien qu’Odilon ne cesse de voyager et de changer de sujet. Les toiles sont présentées en file indienne pour mettre en évidence la ligne d’horizon commune à toutes, sur des murs aux couleurs peu flatteuses et sous une lumière qui fait malheureusement briller les glacis. On grimace, mais un petit effort permet d’oublier cette scénographie un peu trop sage et nous mène à une contemplation concentrée et silencieuse de cette nature sans éclat, éloge modeste d’une mélancolie de paysage, d’un sentiment de solitude jamais quitté.

Dernière salle, on retrouve le Redon onirique et ses folies pures : couleurs vives, facture emportée, références littéraires et mythologiques, le petit homme sage ose tout et déroute. On ne sait finalement jamais qui est vraiment Odilon Redon, l’artiste aux mille impressions dont le paysage, toujours changeant, dresse le portrait mental d’une méditation toujours renouvelée.

Informations pratiques : 
La Nature silencieuse d’Odilon Redon
Au musée des Beaux-Arts de Bordeaux
Du 9 décembre 2016 au 27 mars 2017
Tarifs : 6,50 (plein), 3,50 (réduit)

Infos pratiques

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Maïlys Celeux-Lanval

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